Myxomatose du lièvre : l’alerte s’étend à plusieurs départements

Lièvre brun

La myxomatose du lièvre suscite une inquiétude grandissante dans le monde cynégétique. Après les cas identifiés en 2025 et un épisode particulièrement sévère en Charente-Maritime cet été, cinq autres départements ont signalé des animaux suspects en octobre. Plusieurs Fédérations des chasseurs appellent désormais à une vigilance renforcée, tandis que certaines sociétés de chasse ont déjà décidé de suspendre leurs prélèvements pour préserver les populations.

Cinq départements concernés par de nouvelles suspicions

La situation sanitaire du lièvre brun inquiète désormais bien au-delà des territoires initialement touchés. Dans une communication publiée le 23 octobre, la Fédération des chasseurs de la Charente relaie une alerte du réseau SAGIR concernant la circulation du virus de la myxomatose chez le lièvre. Au cours du mois d’octobre, des suspicions ont été signalées dans cinq départements : le Rhône, l’Isère, les Pyrénées-Orientales, l’Aude et le Var. Des investigations sanitaires sont actuellement menées afin de déterminer si les animaux concernés ont effectivement été contaminés par le variant ha-MYXV, une forme particulière du virus de la myxomatose capable d’infecter les lièvres. Il convient cependant de distinguer les cas déjà identifiés des nouvelles suspicions. À ce stade, les signalements effectués dans ces cinq départements ne constituent pas une confirmation de la présence du variant responsable de la maladie. La Fédération des chasseurs de l’Hérault a notamment lancé une alerte le 21 octobre, faisant état de suspicions dans les Pyrénées-Orientales et dans l’Aude, particulièrement dans le secteur du Minervois. Bien qu’aucun cas n’ait alors été déclaré dans l’Hérault, elle invite les chasseurs à redoubler de vigilance.

Un virus déjà identifié dans trois départements en 2025

La myxomatose est tristement célèbre parmi les chasseurs pour les ravages qu’elle a provoqués chez le lapin de garenne depuis son introduction en France dans les années 1950. Mais le variant qui préoccupe aujourd’hui les spécialistes présente une particularité importante. Baptisé ha-MYXV, il résulte d’une recombinaison entre le virus classique de la myxomatose et un autre virus de la famille des poxvirus, encore non identifié. Cette modification génétique lui permet d’infecter différentes espèces de lièvres tout en conservant sa capacité à contaminer le lapin. Selon les informations diffusées par le réseau SAGIR, ce variant avait déjà été identifié en 2025 dans trois départements français : le Loir-et-Cher, le Loiret et la Charente-Maritime. Les animaux malades peuvent notamment présenter des gonflements autour des yeux, des lésions cutanées, des pertes de poils et un affaiblissement général. Des troubles suffisamment importants pour compromettre leurs capacités de déplacement et de fuite. La maladie représente donc une menace sérieuse pour les populations locales, même si son impact réel à l’échelle nationale reste encore à déterminer.

En Charente-Maritime, les chasseurs ont suspendu les prélèvements

La Charente-Maritime constitue aujourd’hui l’exemple le plus concret des conséquences de cette maladie sur la gestion du petit gibier. u cours de l’été 2026, un épisode sanitaire particulièrement sévère a touché plusieurs communes situées autour de la baie de l’Aiguillon, notamment Charron, Marans, Andilly, Villedoux et Esnandes. Face à la mortalité observée, des associations locales de chasse ont pris des mesures conservatoires pour protéger les populations encore présentes. Le 13 octobre, un arrêté préfectoral est venu modifier le plan de gestion cynégétique du lièvre brun pour la saison 2026-2027, avec notamment des interdictions de prélèvement dans différents secteurs. Cette décision faisait suite à une demande formulée la veille par le président de la Fédération des chasseurs de Charente-Maritime. L’objectif est simple : ne pas ajouter la mortalité liée à la chasse à celle déjà provoquée par le virus, afin de préserver les reproducteurs survivants et de favoriser le rétablissement des populations.

Dans le Var, une nouvelle suspension annoncée le 26 octobre

La vigilance se traduit également par des décisions récentes dans le sud-est de la France. À Pierrefeu-du-Var, la société de chasse locale a annoncé, le lundi 26 octobre, l’interdiction immédiate de la chasse au lièvre jusqu’à nouvel ordre. Le communiqué de son président a été relayé par la municipalité. Cette mesure fait suite à la découverte d’animaux suspects, dont plusieurs ont été transmis à la Fédération des chasseurs du Var afin de procéder à des analyses. Les résultats sont encore attendus. Il n’est donc pas possible, pour le moment, d’affirmer que ces lièvres sont effectivement atteints de myxomatose. Dans son communiqué, le président de la société de chasse évoque également des animaux malades dans le secteur de Ramatuelle et du vallon de Maraval. Là encore, les chasseurs ont choisi de suspendre leur activité par précaution, sans attendre la confirmation définitive du diagnostic. Il ne s’agit toutefois pas d’une interdiction générale de la chasse au lièvre dans tout le Var, mais d’une décision locale concernant Pierrefeu-du-Var.

Le réseau SAGIR mobilisé pour suivre la maladie

Face à ces nouveaux signalements, le réseau SAGIR, animé par l’Office français de la biodiversité avec la participation des Fédérations des chasseurs, constitue un dispositif essentiel pour suivre l’évolution sanitaire de la faune sauvage. Les chasseurs sont invités à signaler toute mortalité inhabituelle, la découverte de plusieurs cadavres dans un même secteur ou l’observation d’un lièvre présentant des lésions cutanées suspectes. Il est également recommandé de ne pas laisser les chiens entrer en contact avec les animaux malades ou retrouvés morts et de ne pas déplacer les cadavres sans consignes adaptées. Lorsqu’une manipulation s’avère nécessaire dans le cadre de la surveillance sanitaire, les recommandations du réseau SAGIR prévoient notamment le port d’une double paire de gants et d’un masque FFP2. Si la myxomatose elle-même n’est pas transmissible à l’homme, les animaux affaiblis peuvent développer des surinfections dues à d’autres agents pathogènes, notamment certaines affections cutanées comme la teigne.

Préserver les populations de lièvres, une priorité pour les chasseurs

La multiplication des signalements ne signifie pas nécessairement que le variant ha-MYXV est désormais installé dans tous les départements concernés. Seules les analyses permettront de connaître précisément son extension géographique. Mais l’inquiétude est réelle pour une espèce dont la gestion constitue déjà un enjeu important dans de nombreux territoires agricoles français. Contrairement au sanglier, dont les effectifs sont particulièrement abondants, le lièvre brun nécessite souvent une gestion prudente, reposant sur des comptages, des plans de prélèvement et une attention constante portée à la reproduction. Une mortalité sanitaire importante peut remettre en cause plusieurs années d’efforts de gestion cynégétique. Les décisions prises en Charente-Maritime et dans le Var démontrent que les chasseurs savent également renoncer aux prélèvements lorsque la situation l’exige. À l’heure où de nouvelles suspicions apparaissent dans plusieurs régions françaises, leur connaissance du terrain et leur participation à la surveillance sanitaire seront déterminantes pour mesurer l’ampleur de cette menace et préserver l’avenir du lièvre brun.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

2 réponses à « Myxomatose du lièvre : l’alerte s’étend à plusieurs départements »

  1. edgard sanders

    In Nederland zijn er ook gevallen van helaas

  2. Normand Philippe

    …Et dire que les instances cynégétiques nationales – qui connaissaient parfaitement (…) l’efficacité du procédé de vaccination des lapins contre la myxomatose, par les puces, n’ont pas levé le petit doigt après le procès de Marseille, pourtant prometteur d’ouverture pour rebondir… le procédé pourrait certainement être repris aujourd’hui au profit des lièvres… Nous allons bien pleurer, quand un jour les sangliers seront victimes à leur tour d’une épizootie… Et que dire à nos enfants sur notre rôle revendiqué de vigiles de la nature ?!…

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