Né en 1920, le .300 Savage a connu une brillante carrière auprès des chasseurs américains avant de contribuer à la naissance du célèbre .308 Winchester. Mais ce calibre centenaire possède également une histoire bien particulière en France, où l’ancienne réglementation sur les armes lui a offert une seconde jeunesse.
Un calibre créé pour rivaliser avec le .30-06
En 1920, le fabricant américain Savage Arms cherche à moderniser sa célèbre carabine à levier de sous-garde, la Savage 1899, rebaptisée cette même année Model 99. L’objectif est ambitieux : proposer une cartouche capable d’approcher les performances du puissant .30-06 Springfield, tout en conservant des dimensions compatibles avec le mécanisme relativement court de cette arme. Le constructeur développe alors le .300 Savage à partir de la famille du .250-3000 Savage. Cette nouvelle cartouche de calibre .30, soit 7,82 mm de diamètre nominal de projectile, remplace avantageusement le vieillissant .303 Savage. Elle permet notamment de propulser une balle de 150 grains (9,72 grammes) à une vitesse de l’ordre de 800 m/s, une performance remarquable pour l’époque. La Savage 99 contribue largement à son succès. Cette carabine possède un magasin rotatif particulièrement ingénieux, qui autorise l’utilisation de projectiles pointus contrairement aux magasins tubulaires traditionnels, dans lesquels les pointes des balles peuvent se retrouver au contact des amorces des cartouches précédentes. Le .300 Savage sera également proposé dans des carabines à verrou, notamment la Savage Model 1920, ainsi que dans plusieurs armes Remington. Pendant plusieurs décennies, il s’impose comme une référence pour la chasse au grand gibier en Amérique du Nord.

Savage mod.99 en 300 Savage
Un étui court aux caractéristiques originales
Le .300 Savage se reconnaît immédiatement à son étui relativement court, son épaulement prononcé et son collet particulièrement réduit. Selon les dimensions officielles de la Commission internationale permanente pour l’épreuve des armes à feu portatives (C.I.P.), son étui mesure 47,52 mm au maximum, contre 51,18 mm pour celui du .308 Winchester. La comparaison de leurs dimensions est révélatrice :
| Caractéristiques | .300 Savage | .308 Winchester |
|---|---|---|
| Longueur maximale de l’étui | 47,52 mm | 51,18 mm |
| Longueur maximale de la cartouche | 66,04 mm | 71,12 mm |
| Diamètre du projectile | 7,85 mm | 7,85 mm |
| Diamètre du culot | 12,01 mm | 12,01 mm |
| Pression maximale C.I.P. | 3 650 bars | 4 150 bars |
Le .300 Savage présente également un épaulement à 30°, contre 20° pour le .308 Winchester. Cette géométrie assez particulière permet d’obtenir une capacité intérieure intéressante malgré la faible longueur de l’étui. Mais cette conception possède aussi ses limites. Son collet très court complique notamment le maintien de certains projectiles longs, tandis que son volume intérieur et sa pression maximale admissible restent inférieurs à ceux de son futur descendant.

.308 Winchester et .300 Savage
Des performances toujours intéressantes pour la chasse
Un siècle après sa naissance, le .300 Savage conserve des qualités balistiques tout à fait honorables pour un calibre de grande chasse. Avec une balle de 150 grains, les chargements manufacturés classiques affichent généralement une vitesse initiale voisine de 800 m/s, correspondant à une énergie d’environ 3 120 joules à la bouche. Avec une balle de 180 grains (11,66 grammes), la vitesse descend autour de 715 à 720 m/s, pour une énergie proche de 3 000 joules. Ces chiffres restent suffisamment sérieux pour envisager la chasse du sanglier, du cerf ou du chevreuil avec un projectile correctement choisi et une distance de tir adaptée. En comparaison, un .308 Winchester chargé d’une balle de 150 grains peut atteindre environ 850 à 860 m/s avec certaines munitions manufacturées classiques. L’avantage du .308 existe donc bel et bien, mais il ne rend pas pour autant son prédécesseur obsolète sur le terrain. Le .300 Savage conserve également l’avantage d’un recul généralement modéré dans une arme de poids comparable, une qualité appréciable pour conserver le confort de tir et faciliter la répétition des tirs.
Le calibre qui a ouvert la voie au .308 Winchester
C’est certainement l’aspect le plus remarquable de son histoire. Le .300 Savage a joué un rôle important dans les recherches américaines visant à remplacer la cartouche militaire .30-06 Springfield par une munition plus compacte. À partir des années 1940, les ingénieurs américains travaillent sur une cartouche de calibre .30 destinée aux nouvelles armes militaires. Le .300 Savage constitue alors une référence particulièrement intéressante en raison de ses dimensions réduites et de son rendement balistique. Les recherches aboutissent progressivement à la série expérimentale T65, dont les étuis présentent une géométrie modifiée et une longueur supérieure à celle du .300 Savage. Il ne s’agit donc pas d’une simple copie de ce dernier, mais bien d’un développement distinct qui s’en inspire. En 1952, Winchester commercialise la version civile de cette nouvelle munition sous la dénomination .308 Winchester. Deux ans plus tard, en 1954, la cartouche militaire correspondante est adoptée par l’OTAN sous l’appellation 7,62 × 51 mm. Ironie de l’histoire : le .308 Winchester, auquel le .300 Savage avait contribué à ouvrir la voie, finira par le supplanter presque totalement sur le marché des armes de chasse.
Une étonnante seconde carrière en France
L’histoire française du .300 Savage mérite également d’être racontée. Pendant des décennies, notre ancienne réglementation, en vigueur jusqu’en 2013, distinguait notamment les calibres d’origine militaire, classés en première catégorie, des calibres civils de chasse. Le .308 Winchester, le .30-06 Springfield ou encore le 7,5 × 54 MAS étaient concernés par ces restrictions, tandis que le .300 Savage bénéficiait d’un statut civil beaucoup plus favorable. Cette particularité réglementaire a conduit des armuriers français à transformer diverses armes militaires pour les chambrer en .300 Savage. Des MAS 36, mais également des MAS 49/56 et d’autres armes de surplus, ont ainsi été proposés dans ce calibre. Certaines transformations utilisaient une chambre rapportée, dont la qualité d’exécution pouvait varier considérablement selon les intervenants. Ces armes anciennes appellent aujourd’hui une vigilance particulière. Avant toute utilisation, une transformation de ce type doit faire l’objet d’un contrôle sérieux par un armurier compétent, notamment concernant l’état de la chambre et la conformité de l’ensemble. La réforme de la réglementation française intervenue en septembre 2013 a profondément modifié cette situation, notamment en permettant l’accès civil à plusieurs calibres auparavant soumis au régime des munitions de guerre. Le .300 Savage a alors perdu une grande partie de son intérêt réglementaire.

Mas 36 rechambré en .300 Savage
Un calibre oublié, mais certainement pas dépassé
Aujourd’hui, le .300 Savage est devenu relativement rare dans les armureries françaises. Les armes neuves qui l’utilisent sont peu nombreuses et le choix des munitions manufacturées reste limité par rapport aux calibres les plus répandus. Il conserve pourtant de véritables qualités cynégétiques. Ses performances permettent d’envisager aussi bien l’affût et l’approche que la battue, avec des balles adaptées au gibier recherché. Il ne possède évidemment ni la trajectoire ni les réserves énergétiques des calibres magnum modernes, mais ce n’était pas sa vocation. Les chasseurs qui possèdent encore une Savage 99 ou une carabine à verrou en .300 Savage disposent d’une munition parfaitement utilisable, à condition de respecter ses limites balistiques et de pouvoir s’approvisionner en cartouches adaptées. Plus d’un siècle après son apparition, le .300 Savage rappelle surtout qu’une cartouche n’a pas besoin d’afficher des vitesses spectaculaires pour être efficace à la chasse. Et lorsqu’on sait qu’il a contribué à la naissance de l’un des calibres les plus populaires au monde, son histoire mérite assurément de ne pas tomber dans l’oubli.












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