Né en 1955, le .358 Winchester n’a jamais rencontré le succès commercial qu’il méritait. Pourtant, derrière son allure de grosse cartouche courte se cache un calibre particulièrement intéressant pour la chasse du grand gibier, notamment en battue. Avec ses projectiles de 9,09 mm et une énergie confortable, cet Américain possède de sérieux arguments face à des références bien établies.
Un .308 Winchester qui a pris du coffre
En 1955, Winchester décide de développer une nouvelle cartouche destinée à la chasse du grand gibier nord-américain. Le fabricant reprend alors l’étui du célèbre .308 Winchester, commercialisé trois ans plus tôt, et en élargit le collet pour accueillir un projectile de calibre .358, soit 9,09 mm de diamètre. Le résultat est une cartouche compacte, dotée d’un étui de 51,2 mm, capable d’utiliser des balles sensiblement plus lourdes que celles du .308 Winchester. Le .358 Winchester est initialement proposé dans la carabine à verrou Winchester Model 70 Featherweight, avant d’équiper, dès 1956, la fameuse Winchester Model 88 à levier de sous-garde. Il sera également chambré dans les Savage Model 99, Browning BLR et certaines carabines Ruger. Mais contrairement au .243 Winchester, développé à la même époque sur la même base, le .358 ne parvient pas à séduire massivement les chasseurs américains. À une période où la vitesse initiale et les trajectoires tendues deviennent des arguments commerciaux majeurs, sa vocation de calibre lourd pour les distances modérées joue contre lui.

Ruger Model 77 Hawkeye en calibre .358 Winchester
Près de 3 700 joules avec une balle de 200 grains
Le .358 Winchester n’a pourtant rien d’un calibre anémique. Sa spécialité consiste à propulser des projectiles relativement lourds, généralement compris entre 180 et 250 grains, à des vitesses parfaitement adaptées à la chasse du grand gibier. Prenons l’exemple de la munition Hornady Custom équipée d’une balle InterLock SP de 200 grains, soit 12,96 grammes. À la bouche, celle-ci atteint 754 m/s et développe 3 688 joules. Voici ses performances balistiques annoncées par Hornady :
| Distance | Vitesse | Énergie |
|---|---|---|
| 0 m | 754 m/s | 3 688 J |
| 50 m | 704 m/s | 3 215 J |
| 100 m | 656 m/s | 2 789 J |
| 150 m | 609 m/s | 2 407 J |
| 200 m | 564 m/s | 2 065 J |
Ces valeurs, établies avec un canon d’essai de 61 cm, mettent en évidence les qualités du calibre aux distances habituelles de battue. À 100 mètres, le projectile conserve près de 2 800 joules, tandis que son diamètre important et sa masse constituent des atouts intéressants pour obtenir une expansion efficace et une pénétration suffisante, à condition de choisir une balle adaptée. Avec des projectiles de 225 ou 250 grains, le .358 Winchester privilégie davantage la masse et la pénétration, au prix d’une vitesse initiale plus faible et d’une trajectoire moins tendue.
Un sérieux candidat pour le sanglier
C’est incontestablement en battue que le .358 Winchester présente le plus d’intérêt pour les chasseurs français. Face à un sanglier adulte, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un animal lourd, la combinaison d’un projectile de fort diamètre et d’une masse généreuse prend tout son sens. À des distances de 20 à 100 mètres, une balle expansive de 200 grains correctement placée possède largement les qualités nécessaires pour prélever proprement un sanglier, y compris de belle taille. Le calibre convient également à la chasse du cerf, sous réserve d’employer un projectile suffisamment robuste. La balle Hornady InterLock, par exemple, possède un dispositif destiné à limiter la séparation du noyau de plomb et de sa chemise lors de l’expansion. Attention toutefois à une idée reçue : une balle de gros diamètre ne traverse pas miraculeusement les branches et les broussailles sans dévier. Le .358 Winchester ne dispense évidemment jamais de disposer d’une ligne de tir parfaitement dégagée. Son autre avantage réside dans la possibilité de l’utiliser dans des carabines relativement compactes et maniables, particulièrement appréciables pour la chasse en milieu boisé.
Face au .35 Whelen et au 9,3×62
Pour apprécier les performances du .358 Winchester, il est intéressant de le comparer à deux calibres réputés pour leur efficacité sur le grand gibier : le .35 Whelen et le 9,3×62 Mauser. Le premier utilise exactement le même diamètre de projectile, mais bénéficie d’un étui dérivé du .30-06 Springfield, offrant une capacité supérieure. Le second dispose d’un projectile légèrement plus large, de 9,27 mm, et peut propulser des balles particulièrement lourdes. Voici quelques chargements commerciaux représentatifs :
| Calibre et munition | Balle | Vitesse initiale | Énergie initiale |
|---|---|---|---|
| .358 Win. Hornady InterLock | 200 gr | 754 m/s | 3 688 J |
| .35 Whelen Remington Core-Lokt | 200 gr | 815 m/s | 4 310 J |
| 9,3×62 Norma Oryx | 285 gr | 720 m/s | 4 795 J |
Les valeurs proviennent des fabricants et correspondent à des chargements et des canons d’essai différents. Elles permettent de situer les performances de chaque calibre, sans constituer une comparaison à projectile identique. Le .35 Whelen dispose clairement d’un avantage en vitesse et en énergie à poids de balle égal. Quant au 9,3×62, il conserve une supériorité énergétique sensible avec ses chargements lourds. Mais le .358 Winchester ne cherche pas nécessairement à rivaliser avec eux sur ce terrain. Son intérêt est ailleurs : offrir une puissance déjà très respectable dans une cartouche courte, compatible avec des mécanismes compacts. Pour un chasseur pratiquant essentiellement la battue, cette philosophie conserve toute sa pertinence.

35 Whelen et 9,3 x 62 mm Mauser
Pourquoi a-t-il presque disparu ?
Le principal défaut du .358 Winchester n’est pas balistique, mais commercial. Dès son lancement, il doit affronter des calibres déjà solidement implantés, tout en souffrant de la préférence croissante des chasseurs américains pour les cartouches rapides, capables de conserver une trajectoire tendue à grande distance. La production de carabines dans ce calibre s’est progressivement réduite, entraînant à son tour une raréfaction des munitions disponibles. Aujourd’hui, le .358 Winchester demeure un calibre de connaisseurs. Hornady propose notamment une référence Custom de 200 grains, mais sa disponibilité chez les armuriers français est nettement moins évidente que celle des incontournables .30-06 Springfield, .300 Winchester Magnum ou 9,3×62. Les amateurs de rechargement disposent d’un avantage supplémentaire : le .358 Winchester utilise des projectiles de diamètre .358 et son étui peut être obtenu à partir de celui du .308 Winchester, moyennant les opérations appropriées et le respect des données de rechargement éprouvées.
Un calibre qui aurait mérité une autre carrière
Soixante et onze ans après sa naissance, le .358 Winchester demeure une démonstration particulièrement convaincante de ce que peut apporter un calibre de gros diamètre sans recourir à un étui Magnum. Certes, il ne possède ni la polyvalence à longue distance d’un .30-06 Springfield, ni la puissance d’un 9,3×62 avec des projectiles lourds. Mais pour la battue du sanglier et du cerf, aux distances raisonnables auxquelles il a été conçu pour travailler, ses performances restent tout à fait convaincantes. Sa faible diffusion et la disponibilité limitée de ses munitions constituent aujourd’hui ses véritables handicaps. Car sur le plan purement cynégétique, le .358 Winchester n’a certainement pas à rougir de ses capacités. C’est même un calibre qui aurait toute sa place dans les mains de chasseurs privilégiant l’efficacité d’un projectile bien choisi à la seule course aux mètres par seconde.












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