À quelques jours du procès de Christophe Ellul, prévu le 3 mars prochain pour homicide involontaire dans l’affaire de la mort d’Elisa Pilarski en forêt de Retz le 16 novembre 2019, une nouvelle offensive militante tente de relancer la polémique autour de la chasse à courre. La PACCT Fontainebleau (Pour l’Abolition des Chasses à Courre et Traditionnelles) évoque un « point de bascule » et un « document déterminant » qui mettrait en cause la vénerie. Une lecture vivement contestée par plusieurs observateurs du dossier, dont Benoît Blanc, spécialiste de l’affaire.
Un drame atroce impliquant le chien du compagnon de la victime
Pour mémoire, Elisa Pilarski, enceinte de six mois, avait été retrouvée morte dans la forêt de Retz, victime de multiples morsures de chien. L’instruction judiciaire a conduit au renvoi de Christophe Ellul devant le tribunal, les expertises ayant mis en évidence la présence de l’ADN de son chien Curtis sur le scalp de la victime, support considéré comme particulièrement discriminant.
Une relecture militante du dossier
Dans sa publication, la PACCT évoque des « zones d’ombre », insinue des contradictions, remet en cause la probité des expertises vétérinaires et va jusqu’à suggérer qu’un document officiel serait entaché de manipulation concernant l’écartement dentaire du chien Curtis. Le procédé est connu : accumulation d’interrogations, rapprochements suggestifs, mise en avant d’éléments périphériques et élévation du niveau d’exigence jusqu’à réclamer une « preuve indiscutable » excluant toute autre hypothèse. L’ensemble vise à installer le doute sur les conclusions judiciaires et, en filigrane, à renvoyer la responsabilité vers les chiens de la chasse à courre présente ce jour-là. Or plusieurs points avancés méritent d’être examinés avec méthode comme nous allons le voir….
La question de l’ADN
Le délai d’un an pour certaines analyses est présenté comme suspect. En réalité, les expertises génétiques impliquant de multiples comparaisons et prélèvements peuvent nécessiter des délais longs, sans que cela constitue en soi une anomalie. Surtout, le point central reste inchangé : l’ADN de Curtis a été identifié sur le scalp d’Elisa Pilarski. Aucun ADN attribué aux chiens de chasse n’a été mis en évidence sur ce support majeur. Évoquer un « ADN inconnu » sans préciser sa localisation exacte ou sa pertinence contextuelle ne suffit pas à inverser la cohérence des traces établies.
Écartement dentaire : accusation grave, démonstration fragile
La PACCT affirme que la photographie de l’empreinte dentaire de Curtis révélerait un « montage grossier » et que l’écartement réel serait de 4,05 cm au lieu des 3,6 cm mentionnés dans le rapport. Une telle accusation, visant un document d’expertise judiciaire, est particulièrement lourde. Or une estimation visuelle à partir d’une photographie ne saurait se substituer à une mesure scientifique réalisée au vernier ou au pied à coulisse. Perspective, angle de prise de vue et distorsions optiques peuvent modifier la perception des distances. Contester une expertise nécessite une contre-expertise indépendante et contradictoire, pas une interprétation sur écran.
Attaque fulgurante et hypothèse de meute
L’argument selon lequel une attaque mortelle en quelques minutes ne pourrait être le fait d’un seul chien ne repose pas sur une base scientifique établie. Des cas documentés démontrent qu’un seul animal peut infliger des lésions graves en un laps de temps très court. Quant à l’hypothèse d’une meute de chiens de chasse, elle pose une question génétique simple : une attaque collective laisserait logiquement des signatures multiples cohérentes sur les lésions et les vêtements. Or le support le plus discriminant ne révèle que l’ADN de Curtis. Présence n’est pas participation.
Une stratégie de communication
Benoît Blanc souligne également un point révélateur : toute contradiction technique serait systématiquement écartée des espaces de discussion liés à la publication militante. Un argument solide ne redoute pourtant pas le débat contradictoire. À l’approche du procès, la séquence ressemble davantage à une tentative de pression médiatique qu’à un véritable apport scientifique nouveau. La justice, elle, se prononcera sur la base d’éléments matériels objectivés, non sur l’accumulation de soupçons ou d’émotions.
Un drame humain avant tout
Au-delà des joutes idéologiques, il convient de rappeler qu’un drame humain s’est joué ce 16 novembre 2019 : une jeune femme et l’enfant qu’elle portait ont perdu la vie. La recherche de la vérité judiciaire ne gagne rien à être instrumentalisée. Le tribunal tranchera le 3 mars. Les faits, eux, ne se discutent pas à coups de slogans.











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