Salon de la Chasse et de la Faune Sauvage : Charles-Henri Bachelier promet une édition exceptionnelle

À 18 jours du Salon de la Chasse et de la Faune Sauvage de Mantes-la-Jolie, son directeur Charles-Henri Bachelier revient pour So Chasse sur quatorze années d’aventure. Derrière l’organisateur, il y a un homme qui voit la chasse comme un art de vivre, un univers qu’il entend défendre sans le dénaturer, et un salon pensé comme un immense magasin de jouets pour chasseurs passionnés. Entretien.

BSL : Charles-Henri, avec quatorze années de salon derrière vous, est-ce qu’il y a une édition qui vous a particulièrement marqué ?
CHB :
 Oui, même plusieurs. La première, évidemment, parce qu’elle correspondait à un sauvetage. Il y avait énormément de doutes sur notre capacité à reprendre le flambeau, sur le site, sur le savoir-faire, sur la légitimité même du projet. Et voir cette première édition se terminer sous les applaudissements spontanés des exposants, c’était très fort. Il y avait aussi l’année suivante, parce que le matin de l’ouverture, ma première fille est née. Là, on n’était plus seulement dans le sauvetage, on était dans le renouveau. Et puis il y a eu 2024, qui reste peut-être pour moi l’aboutissement. 2025 a été au même niveau, un peu plus gros encore, mais 2024, c’était vraiment l’explosion.

BSL : Et à l’inverse, le moment le plus difficile ?
CHB :
 Sans hésiter, l’annulation liée au Covid. Là, il n’y a même pas de débat. On était montés, les structures étaient pratiquement prêtes, tout le chantier était lancé, et il a fallu tout arrêter. Ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas seulement la violence économique pour nous, ce sont les appels des exposants. Certains artisans, certains créateurs, certains commerçants vivent presque à l’année avec ce salon en ligne de mire. J’ai encore en tête des coups de fil très durs, de gens qui me disaient qu’ils ne savaient plus comment ils allaient tenir. À ce moment-là, vous comprenez que le salon n’est pas seulement un événement : c’est tout un écosystème.

« Cette année, la pression sur les stands n’a jamais été aussi forte »


BSL: À dix-huit jours de l’ouverture, dans quel état d’esprit êtes-vous ? Comment se présente cette édition ?
CHB :
 Très franchement, il y a un vrai élan. Nous n’avons jamais connu une telle pression sur les demandes de stands. C’est un signal fort. Cela veut dire qu’au-delà des inquiétudes ou des discours ambiants, l’activité cynégétique reste dynamique. Le salon est devenu le rendez-vous où il faut être. Et cela vaut aussi bien pour les grandes maisons que pour des acteurs plus spécialisés, des artisans, des artistes ou des marques qui veulent aller à la rencontre d’un public très engagé.

BSL : Cette dynamique, vous la lisez comme un signe de bonne santé du secteur ?
CHB :
 Oui, même si tout n’est jamais simple pour tout le monde. Mais le fait est là : il y a une vraie envie d’être présent. Cela veut dire que la chasse reste un marché, bien sûr, mais surtout un univers vivant, structuré, qui continue à mobiliser. C’est ce que raconte aussi notre devise : la passion absolue de l’art de vivre cynégétique.

« Je n’ai jamais voulu faire un salon aseptisé »

BSL: Depuis plusieurs années, le salon met fortement en avant les artistes animaliers. Pourquoi cette place est-elle si importante à vos yeux ?
CHB :
 Parce que la chasse ne se résume pas à l’acte de chasse. Pour beaucoup d’entre nous, elle structure la vie entière. Elle façonne l’année, les territoires, les chiens, les habitudes, les rencontres, les repas, l’entretien de la nature. Et dans cette pratique, il y a une dimension esthétique immense. Nous sommes témoins de scènes de nature d’une beauté incroyable. Il est donc logique que des artistes soient là pour les saisir, les fixer, les transmettre. La chasse est aussi un monde de culture, de mémoire, de regard. Ce n’est pas un supplément décoratif : c’est une part du cœur du sujet.

BSL : Vous parlez souvent du salon comme d’un lieu à part. Quelle est votre ligne, au fond ?
CHB:
 Quand j’ai imaginé ce salon, je l’ai pensé comme un immense magasin de jouets pour chasseurs. Je voulais qu’on y trouve le beau, la nouveauté, la diversité, l’excellence, mais sans perdre l’âme. Je n’ai jamais voulu faire un salon aseptisé ou un salon qui renierait ce qu’est vraiment la chasse. On nous a parfois collé l’étiquette de salon de privilégiés. C’est faux ou, disons, très réducteur. Oui, il y a de belles choses, parfois très haut de gamme. Mais ce qui rassemble les visiteurs, ce n’est pas la fortune. C’est la passion. Beaucoup de gens viennent parce qu’ils vivent la chasse intensément, parfois même au-delà du raisonnable. C’est cela qui fait l’identité du salon.

« La chasse n’est pas un loisir parmi d’autres »

BSL: Dans votre discours, on sent que vous refusez de réduire la chasse à un simple loisir.
CHB :
 Oui, totalement. Comparer la chasse à une sortie au cinéma ou à un dîner entre amis, cela ne correspond pas à ce que vivent la plupart des chasseurs. La chasse, pour beaucoup, n’est pas un passe-temps interchangeable. C’est une activité qui structure l’existence, qui implique un engagement, une préparation, une connaissance, des responsabilités. C’est aussi un rapport au sauvage, à la nature, à la nourriture, à la transmission. On entretient des territoires, on soigne des chiens, on prépare des saisons, on pense une pratique. Cela va beaucoup plus loin qu’un simple loisir de week-end.

« Les jeunes reviennent vers les chasses les plus authentiques »

BSL : Après quatorze ans d’observation, quelles tendances voyez-vous émerger dans le monde de la chasse ?
CHB :
 Il y a selon moi trois chasses qui recrutent particulièrement : la chasse des migrateurs, la vènerie et le grand gibier. Et ce n’est pas un hasard, ce sont celles qui sont le plus attaquées. Ce sont aussi des pratiques très incarnées, très identitaires, très authentiques. Je pense qu’à l’heure où tout devient virtuel, artificiel, accéléré, les jeunes qui viennent à la chasse cherchent justement quelque chose de réel. Ils veulent du vrai, du concret, du sens. Certains arrivent par héritage familial, mais d’autres viennent de nulle part. Ils se tournent vers la chasse parce qu’ils y voient un lien profond avec quelque chose d’ancien, de réel, de structurant.

Bsl : Est-ce que cela change aussi le profil du chasseur ?
CHB :
 Oui, énormément. On est sortis du vieux modèle du chasseur occasionnel du dimanche. Aujourd’hui, le chasseur est plus formé, plus exigeant, plus connaisseur, plus équipé aussi. Cela change tout, y compris dans le rapport au matériel, à la sécurité, à la pratique. C’est aussi pour cela que, malgré la baisse du nombre de permis sur le long terme, l’industrie continue de progresser. On a affaire à des passionnés beaucoup plus investis qu’avant.

BSL : Comment la chasse doit-elle évoluer dans les prochaines années pour mieux tenir sa place dans la société ?

CHB : D’abord, il ne faut pas se renier. Je crois que ce serait une erreur de vouloir rendre la chasse invisible, honteuse, aseptisée, comme si elle devait s’excuser d’exister. Nos opposants les plus déterminés ne veulent pas une chasse améliorée, ils veulent une chasse disparue. Donc il ne faut rien céder sur l’essentiel. En revanche, il faut continuer à progresser, à se former, à être irréprochables sur la sécurité, sur la connaissance, sur la valorisation de la venaison, sur l’ouverture aussi.

BSL : Quand vous parlez d’ouverture, vous pensez à quoi concrètement ?
CHB :
 Je pense qu’il faut davantage faire découvrir la chasse, la montrer telle qu’elle est, sans caricature. J’aimerais qu’on imagine un jour de vraies journées du patrimoine cynégétique, par exemple. Ce serait une manière forte de rappeler que la chasse fait partie de notre patrimoine vivant, culturel, rural, gastronomique et humain. Nous avons des atouts immenses : l’authenticité, la beauté, la convivialité, l’art de la table, le lien au terroir. Il faut les assumer pleinement. C’est d’ailleurs la ligne de notre président national Willy Schraen qui défend une chasse heureuse et fière !

BSL: Le salon est-il appelé à rester durablement à Mantes-la-Jolie ?
CHB :
 C’est une vraie question, mais aujourd’hui le site offre tellement d’avantages qu’il serait difficile de trouver mieux. La Mairie est fière d’accueillir cet événement. Il y a ici un cadre singulier, avec l’eau, les ponts, l’ouverture, l’accessibilité. Le lieu a une âme. Et puis il faut aussi être lucide : si vous vous rapprochez davantage de Paris, vous vous exposez probablement à des tensions inutiles. Je n’ai pas envie de transformer cet événement en lieu d’affrontement. Aujourd’hui, le salon fonctionne, il a trouvé sa place, son public, son identité. Il faut aussi savoir préserver ce qui marche.

« Cette édition sera encore plus dense »

BSL: Sans tout dévoiler, à quoi faut-il s’attendre pour cette édition ?

CHB: À une édition très dense, très complète, encore plus riche. Il y aura bien sûr toutes les grandes nouveautés de l’industrie, beaucoup de belles choses chez les armuriers, les opticiens, les équipementiers, les artisans. Certaines marques préparent de très belles surprises. Pour la première fois sur le territoire français, la RS3 de Walther sera présentée. Il y aura aussi des services appréciés, comme chez Leica, qui proposera des audits et interventions sur le matériel. Et puis il y aura surtout ce qui fait la force du salon : la diversité, la qualité de l’offre, la rencontre directe entre exposants et passionnés, et cette atmosphère particulière qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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