Installée depuis plus d’un siècle dans l’industriel française, la maison Elless s’est imposée comme une référence dans la fabrication artisanale de trompes, piboles et sifflets destinés à la chasse, au sport ou encore aux administrations. Fragilisée ces dernières années, l’entreprise vient d’être reprise par le groupe familial industriel MADIA VG, basé dans l’Oise. Derrière cette relance, une ambition assumée : préserver un savoir-faire rare tout en modernisant la marque pour lui offrir une nouvelle dimension en France comme à l’international. Interrogé par So Chasse, Max Van Goethem revient sur cette reprise, la vision du groupe et les ambitions portées autour de Sampic.
SC : Max, Sampic est une entreprise historique. Qu’est-ce qui vous a poussé à reprendre cette marque centenaire ?
MG: Notre ADN, c’est l’industrie et la préservation des savoir-faire. Lorsque l’opportunité de reprendre Sampic s’est présentée, nous avons immédiatement vu qu’il existait une vraie complémentarité avec nos métiers historiques. Le groupe MADIA VG s’est construit autour de la société ERODE, spécialisée dans la transformation du métal, notamment pour le luxe, le médical, l’aéronautique ou encore l’automobile. Or ERODE était déjà fournisseur historique de Elless depuis plusieurs années pour certaines pièces métalliques. Au-delà de cette proximité industrielle, nous avons surtout découvert une marque avec une histoire forte, un savoir-faire artisanal rare et un vrai potentiel de développement. Nous avions la conviction qu’il y avait une belle histoire à faire perdurer et à transmettre.
SC : Dans quel état se trouvait l’entreprise au moment de la reprise ?
MG : Lorsque nous avons repris Elless au 1er novembre dernier, l’entreprise traversait une période compliquée. Il n’y avait quasiment plus de stock et certaines commandes ne pouvaient plus être honorées. Notre première mission a donc été très concrète : relancer la production, réinjecter des moyens financiers et remettre l’outil industriel en mouvement. Nous avons également fait le choix de conserver l’ensemble des salariés. Les cinq collaborateurs historiques nous ont rejoints sur notre site principal de Verberie, dans l’Oise. Cette décision était essentielle pour préserver et transmettre le savoir-faire artisanal qui fait l’identité de la marque Elless depuis plus d’un siècle.

SC : Justement, comment fabrique-t-on aujourd’hui une trompe Elless ?
MG : Aujourd’hui, la fabrication reste largement manuelle. Les flancs en laiton sont découpés, mis en forme puis soudés. La pièce est ensuite débosselée, polie et assemblée avec ses différents éléments (embout, attache, pavillon), avant un dernier polissage de finition. Chaque étape demande une véritable maîtrise artisanale. Une vidéo détaillant le processus est d’ailleurs disponible sur notre nouveau site internet Elless-sampic.com.
Une trompe nécessite environ une heure et demie de fabrication. Chaque produit est ensuite contrôlé individuellement sur la qualité sonore avant validation. Ce sont des instruments conçus pour durer toute une vie. Certains clients nous renvoient d’ailleurs leurs trompes plusieurs années après l’achat pour une remise en état ou un nouveau polissage.
SC : Vous évoquez une modernisation de certains procédés. Jusqu’où souhaitez-vous aller ?
MG : L’objectif n’est absolument pas de supprimer l’aspect artisanal du produit. Toute la valeur de Elless réside dans ce savoir-faire manuel. En revanche, certaines étapes pourraient être industrialisées afin d’améliorer la productivité, de réduire la pénibilité de certains gestes et surtout de sécuriser la transmission de l’activité sur le long terme. Aujourd’hui, certains métiers sont devenus extrêmement difficiles à recruter. Moderniser certaines opérations permet aussi de garantir la pérennité de la fabrication française des trompes et des sifflets.

SC : Quelle place occupe aujourd’hui Elless-Sampic sur le marché français ?
MG : Nous sommes aujourd’hui le seul fabricant français de piboles, et probablement l’un des derniers en Europe. La concurrence provient principalement de produits importés, souvent fabriqués au Pakistan. Notre ambition est donc claire : défendre un produit français, durable et de qualité. Nous pensons qu’il existe dans l’univers de la chasse un véritable attachement au Made in France et à l’artisanat. Une trompe Elless, ce n’est pas un produit jetable. C’est un objet que l’on peut conserver toute sa vie et transmettre.

SC : Vous préparez justement une nouvelle collection. Que va-t-elle apporter ?
MG : Nous allons présenter plusieurs nouveautés au Game Fair, avec une montée en gamme importante. Nous travaillons désormais également le cuivre et nous développons tout un univers de personnalisation : gravures, écussons, gainages ou finitions spécifiques. Nous voulons proposer des produits encore plus qualitatifs, mais aussi permettre aux chasseurs de posséder une trompe véritablement unique. Cette personnalisation sera l’un des grands axes de développement de Sampic dans les prochaines années.

SC : Les produits Elless ne concernent pas uniquement la chasse ?
MG : Non, loin de là. Historiquement, les sifflets et instruments de signalisation sonore ont toujours eu de nombreux usages. Nous travaillons beaucoup dans le secteur ferroviaire, mais aussi avec des administrations comme la police, la gendarmerie ou certains corps militaires. Nous sommes également présents dans plusieurs disciplines sportives : football, rugby, basket, athlétisme ou encore biathlon. C’est un axe de développement important pour nous et nous souhaitons nous rapprocher davantage des fédérations sportives afin de gagner en visibilité.
SC : Quelle est votre vision pour Sampic dans les prochaines années ?
MG : Notre ambition est de faire de Elless une marque forte et reconnue dans l’univers de la chasse, avec des produits allant du moyen haut de gamme jusqu’au très haut de gamme. Mais nous voulons aussi conserver une gamme accessible. Beaucoup de chasseurs se tournent aujourd’hui vers des produits étrangers uniquement pour des raisons de prix. Si nous parvenons à moderniser certains procédés industriels, nous pourrons proposer une trompe française de qualité à un tarif plus compétitif, tout en conservant la durabilité et la qualité sonore qui font la réputation de Sampic.

SC : Derrière cette reprise, il y a aussi une dimension presque patrimoniale ?
MG : Oui, totalement. Nous travaillons déjà pour de grandes maisons françaises qui revendiquent le Made in France. Préserver le tissu industriel et artisanal français fait partie de notre vision. Nous pensons qu’un groupe familial industriel peut justement permettre à de petites structures historiques de survivre et de se développer. En réunissant plusieurs savoir-faire complémentaires, on crée un écosystème plus solide et plus durable.

SC : Comment imaginez-vous Elless dans dix ans ?
MG : J’aimerais qu’Elless soit devenue la référence européenne des trompes et piboles de chasse. Nous voulons développer la marque en France mais aussi à l’international, notamment à travers des salons, des distributeurs spécialisés et des partenariats avec des médias ou des acteurs influents du secteur cynégétique. Nous avons déjà commencé à développer de nouveaux produits autour de l’univers de la chasse : médailles canines, plaques pour trophées, objets de décoration ou bijoux personnalisés. L’idée est de construire un véritable univers autour de la marque Elless , tout en restant fidèles à son histoire et à son identité française. Nous vous invitons à venir nous voir au Game Fair! (Stand J34)
















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