Affaire Pilarski : Elisa est morte et 50 000 personnes veulent sauver Curtis

Six ans après la mort d’Elisa Pilarski, enceinte de six mois et tuée en forêt de Retz, le procès de son compagnon Christophe Ellul s’est tenu à Soissons. La chasse à courre a été définitivement disculpée. Mais une autre réalité est apparue au grand jour : une mobilisation massive pour sauver le chien Curtis, au point de reléguer au second plan la mort d’Elisa.

Rappel des faits : une affaire qui a bouleversé la chasse

Le 16 novembre 2019, Elisa Pilarski se promène en forêt de Retz, dans l’Aisne. Elle est enceinte de six mois et promène Curtis, le pitbull de son compagnon Christophe Ellul. Dans la même zone, une chasse à courre est en cours. Quelques heures plus tard, la jeune femme appelle au secours et évoque des chiens. Lorsque les secours arrivent, Elisa Pilarski est morte. Son corps porte de nombreuses morsures. Immédiatement, une hypothèse s’impose dans le débat public : celle d’une attaque de chiens de chasse. Pendant des mois, cette version circule largement. Les veneurs sont désignés comme responsables dans l’opinion publique, sur les réseaux sociaux et dans certains médias. L’enquête judiciaire, elle, suit son cours. Expertises génétiques, analyses vétérinaires et reconstitution des morsures conduisent progressivement à une conclusion claire : les morsures proviennent du chien Curtis. La chasse à courre n’est pas impliquée. Cette réalité scientifique n’empêchera pourtant pas l’affaire de rester longtemps un symbole médiatique pour les opposants à la chasse.

Le procès de Christophe Ellul : la fin d’un doute judiciaire

Début mars 2026, le tribunal correctionnel de Soissons juge Christophe Ellul pour homicide involontaire par négligence. L’accusation lui reproche d’avoir laissé un chien dangereux dans des conditions qui ont conduit à la mort d’Elisa Pilarski. Au cours de l’audience, la procureure rappelle les conclusions du dossier et les incohérences de la défense. « Toute l’audience n’a servi qu’à démontrer que vous avez menti », lance-t-elle à Christophe Ellul. Les réquisitions sont lourdes : quatre ans de prison avec sursis et l’euthanasie du chien Curtis. La décision du tribunal sera rendue le 11 juin. Pour la chasse à courre, ce procès marque surtout la fin d’une accusation qui a pesé pendant des années. Pour Maître Guillaume Demarcq, avocat de la Société de Vénerie, une première satisfaction existe : « La première satisfaction, c’est que la famille Pilarski n’a plus aucun doute sur ce qui s’est passé. C’est l’essentiel. » Mais à peine le procès terminé, un phénomène inattendu prend de l’ampleur.

Pourquoi parle-t-on désormais davantage de Curtis que d’Elisa ?

Dans les jours qui suivent l’audience, deux pétitions apparaissent sur internet. Leur objectif est d’empêcher l’euthanasie du chien Curtis. En quelques jours, elles recueillent plus de 50 000 signatures. Des associations de protection animale proposent même d’accueillir l’animal. Le discours est simple : Curtis aurait déjà payé six années de sa vie en chenil et mériterait une seconde chance. Mais pour Maître Demarcq, ce renversement est profondément troublant. « Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est que ce n’est plus l’affaire Elisa. C’est l’affaire Curtis. » La victime disparaît peu à peu derrière le sort du chien. « C’est terrible pour la famille », observe l’avocat.

L’une des grandes surprises du procès tient à un détail révélateur. Malgré l’ampleur médiatique de l’affaire, très peu de personnes se sont déplacées pour assister aux audiences. « Il y avait un dispositif médiatique énorme autour du procès, mais dans la salle il y avait très peu de monde », explique Maître Demarcq. Selon lui, beaucoup de personnes ont un avis tranché sans avoir pris connaissance du dossier. « On leur dit : venez voir les preuves, venez voir le dossier. Et ils ne viennent pas. » Dans le même temps, les réseaux sociaux continuent de produire des théories alternatives. Certains affirment par exemple qu’un chien de ce poids n’aurait pas pu provoquer autant de blessures. Pourtant, les experts ont été clairs : le corps d’Elisa Pilarski présentait 56 plaies. « Les experts démontrent que c’est possible, et même que c’est ce qui s’est produit », rappelle l’avocat.

Une affaire révélatrice d’un nouveau militantisme animaliste

Au-delà du procès lui-même, l’affaire Pilarski révèle aussi un phénomène plus large : l’évolution du militantisme animaliste. Pour Maître Demarcq, une partie de ce mouvement repose aujourd’hui sur une vision très idéalisée de l’animal. « Il y a une vision à la Walt Disney du rapport à l’animal. On ne conçoit plus qu’un chien reste un animal. » Cette perception conduit parfois à des raisonnements étonnants. Certains militants refusent tout simplement l’idée qu’un chien puisse être responsable d’une attaque mortelle, même lorsque les expertises scientifiques l’établissent. L’avocat pointe également une dérive qu’il juge préoccupante. « Les gens sont prisonniers de leur idéologie. » Selon lui, certains militants refusent tout simplement d’examiner les faits. « Les preuves sont sur la table. Le procureur représente la société. Et malgré cela, des milliers de personnes disent : “Moi je ne veux pas ça.” » Pour Maître Demarcq, cette attitude pose une question démocratique. « Ce n’est pas comme ça que fonctionne la justice. »

Une affaire révélatrice de notre époque

Au-delà du dossier judiciaire, l’affaire Pilarski agit comme un révélateur. Elle montre d’abord la puissance des réseaux sociaux dans la construction d’un récit collectif. Pendant des années, une partie de l’opinion publique a été convaincue que la chasse à courre était responsable du drame. Aujourd’hui, alors que cette thèse a été écartée par l’enquête et par le procès, un nouveau récit prend le relais : celui d’un chien victime. Mais dans cette bataille des émotions, une réalité demeure. Une femme de 29 ans est morte. Elle était enceinte de six mois. Son enfant n’est jamais né. Et pourtant, des dizaines de milliers de personnes se mobilisent pour empêcher l’euthanasie du chien impliqué dans sa mort. Ce renversement interroge profondément notre époque. Il ne s’agit pas de nier l’attachement que l’on peut avoir pour les animaux. Les chasseurs eux-mêmes vivent au quotidien avec leurs chiens et connaissent mieux que quiconque la relation qui peut unir un homme et un animal. Mais un principe simple devrait rester intangible : la vie humaine ne devrait jamais devenir secondaire dans le débat public. Or dans l’affaire Pilarski, une partie du débat semble avoir oublié cette évidence. C’est peut-être la leçon la plus troublante de ce procès.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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