À 19 ans, Manon incarne la nouvelle génération de chasseresses

Manon, jeune chasseresse de Bretagne

Dans les Côtes-d’Armor, la saison de chasse s’achève mais la passion, elle, ne faiblit pas. À Plougonver, Manon Bouillennec, 19 ans, fait partie de cette nouvelle génération de jeunes chasseurs… et de plus en plus souvent, de jeunes chasseresses. Une passion familiale née très tôt et entretenue depuis l’enfance au fil des battues et des sorties avec les chiens comme la jeune femme l’a expliqué à nos confrères de l’Écho de l’Armor et de l’Argoat

Une passion née dès l’enfance

Chez les Bouillennec, la chasse se transmet de génération en génération. Manon se souvient très précisément de ses premiers pas dans cet univers. « À 5 ans, j’allais au pigeon avec mon papa et mon papy. Et à 6-7 ans, plutôt au lapin. Ils étaient obligés de m’emmener, sinon je râlais ! C’est à ce moment-là que j’ai compris que c’était plus qu’un passe-temps : une passion ». Depuis, les dimanches d’automne et d’hiver se passent souvent dans la campagne bretonne, aux côtés de son père Éric, de son oncle ou de son cousin. Battues, recherche du gibier, travail des chiens : la jeune femme connaît parfaitement les codes de cette pratique rurale. Pour son père, chasseur depuis près d’un demi-siècle, ces moments partagés comptent autant que la chasse elle-même. « Les gens pensent que l’on y va pour tuer. C’est vrai qu’il faut réguler le sanglier ou le chevreuil, mais le plus souvent, c’est pour le plaisir d’être avec les chiens. Avec Manon, ça nous arrive de partir sans fusil ».

Battues, chiens et vocabulaire dinitiés

Aujourd’hui, Manon participe régulièrement aux battues organisées avec la société de chasse de Plougonver ou celle de Calanhel, parfois en entente avec Callac. Rabatteuse, postée ou chargée de surveiller les chiens près des routes, elle occupe volontiers tous les rôles. Comme beaucoup de passionnés de battue, elle apprécie particulièrement les moments de préparation. « Pour une battue, le matin, on fait les pieds, c’est-à-dire qu’on cherche les traces du sanglier, ou parfois du chevreuil. Quand on a trouvé, les rapprocheurs viennent loger la bête ». Un vocabulaire spécifique à notre monde qu’elle explique volontiers à nos confrères ignorant le concept du rembuché. « Ça veut dire que les chiens viennent fixer le gibier à un endroit, et ensuite, la battue vient le lever ». De septembre à mars, les longues journées passées à marcher par tous les temps ne l’effraient pas. « Je me rappelle une saucée de trois heures, alors que j’étais en poste… Mais si je loupe un dimanche, je m’ennuie ensuite, et je regrette ».

Une relation particulière avec les chiens

Autre dimension essentielle de sa passion : les chiens. Manon a d’ailleurs offert à son père un jeune basset fauve, une race bien connue des chasseurs bretons. Comme la jeune chasseresse l’explique aux journalistes, le travail du chien fait partie intégrante de la chasse. « Maintenant il me donne des conseils pour le dressage. Le chien doit être “créancé”, c’est-à-dire dressé à aller sur tel gibier et pas sur tel autre ». Si elle possède son permis de chasser depuis un an, la jeune femme reconnaît ne pas avoir encore tiré de grand gibier. « Quand la bête passe près, mais pas dans l’angle autorisé pour tirer, je l’admire. Mais parfois, si c’est un sanglier, je peux aussi stresser, et je me fais chambrer par les autres ! »

Une féminisation progressive de la chasse française

Comme Manon, les femmes sont de plus en plus nombreuses à rejoindre les rangs des chasseurs. Selon les derniers chiffres de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), la France compte environ 40 000 chasseresses pour près de 950 000 détenteurs du permis de chasser. Cela représente un peu plus de 4 % des pratiquants, une proportion encore modeste mais en progression régulière depuis plusieurs années. Sur le terrain, cette présence féminine est généralement bien acceptée. Manon le constate elle-même. « Ça arrive souvent qu’on me dise : pourquoi tu vas à la chasse ? Tu es une fille ! Moi, je trouve que ce n’est pas une raison. Au contraire, c’est bien d’amener de la mixité. Il y a un bon esprit d’équipe, je suis bien accueillie ». Une évolution que confirme aussi son père, heureux de voir la chasse évoluer avec son temps. Et comme le résume la jeune chasseuse avec un sourire : « Et ça met un peu de féminité dans la chasse ! ».

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