Quelques jours après avoir alerté sur la situation explosive le long de la LGV Montpellier–Nîmes, où les lapins prolifèrent à l’abri de toute pression de chasse, le phénomène prend une nouvelle dimension dans l’Hérault. Comme un prolongement logique de ce que nous évoquions déjà, la crise s’étend désormais à l’ensemble du territoire, au point de provoquer un appel inédit à l’intervention de l’armée.
Une invasion qui dépasse désormais les zones ferroviaires
Nous l’évoquions récemment : les talus ferroviaires offraient un refuge idéal aux lapins de garenne, favorisant une explosion des populations et des dégâts agricoles majeurs. Aujourd’hui, la situation décrite à l’Est de Montpellier, mais aussi dans l’Ouest du département, confirme l’ampleur du phénomène. Des milliers de lapins ravagent cultures et exploitations, dans ce que certains qualifient désormais de véritable « invasion terrestre ». Les dégâts touchent tous les types de productions : vignes, arboriculture, maraîchage, mais aussi les serres, notamment celles dédiées aux fraises. Les pertes sont considérables et toujours en cours d’évaluation. Comme précédemment observé, les infrastructures ne sont pas épargnées. Les lapins creusent galeries et terriers dans les talus d’autoroutes et de voies ferrées, soulevant à nouveau des inquiétudes sur la stabilité de ces ouvrages.
Une facture déjà colossale et aucune indemnisation
Autour de Mauguio, la situation devient critique. La Cuma (Coopérative d’Utilisation du Matériel Agricole) locale dresse un constat sans appel : les dégâts s’accumulent depuis une dizaine d’années. Le chiffre donne la mesure du problème : plus d’un million d’euros de pertes pour la seule année 2025. Et ce, sans aucun dispositif d’indemnisation, contrairement à ce qui existe pour certains aléas climatiques. Sur le terrain, les observations sont édifiantes. Des caméras infrarouges montrent des centaines de lapins à l’œuvre la nuit, capables de parcourir jusqu’à deux kilomètres pour venir se nourrir avant de regagner leurs terriers. Ils n’hésitent pas à sectionner clôtures et filets de protection pour accéder aux cultures. Un viticulteur du Lunellois résume la situation sans détour : « Un carnage ».
Des communes entières touchées
Le phénomène ne se limite plus à quelques secteurs isolés. De nombreuses communes sont désormais concernées : Mauguio, Baillargues, Saint-Brès, Le Crès, Lansargues, Candillargues, Marsillargues, Saint-Nazaire-de-Pézan, Saint-Aunès, Mudaison ou encore Saint-Just.Dans ces territoires, le lapin est classé « espèce susceptible d’occasionner des dégâts » (ESOD), preuve de l’ampleur du problème. Malgré la mobilisation des élus locaux, comme le maire de Baillargues Jean-Luc Meissonnier, les solutions peinent à contenir efficacement les populations.
L’État enclenche des mesures de régulation
Face à cette situation, la préfecture de l’Hérault a décidé de durcir le ton. Un arrêté pris le 10 mars autorise des opérations de régulation par les lieutenants de louveterie jusqu’au 10 juin 2026 sur plusieurs communes : Capestang, Lespignan, Sauvian, Sérignan, Vendres, Nissan-lez-Ensérune et Colombiers. Les méthodes utilisées combinent capture avec furets et cages, ainsi que des tirs de jour comme de nuit. Cet arrêté vient compléter un plan d’action lancé en octobre 2024, qui prévoit notamment l’extension de la chasse dominicale et la réduction des zones refuges, en particulier le long des voies ferrées où les lapins trouvent des conditions idéales pour se maintenir.
Un appel choc à l’armée
Mais pour certains responsables agricoles, ces mesures restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène. Le président de la FDSEA de l’Hérault, Jérôme Despey, a ainsi lancé un appel particulièrement marquant : « J’en appelle au gouvernement et je demande l’intervention de l’Armée aux côtés des chasseurs, des louvetiers, des communes, des acteurs locaux, des opérateurs en charge de l’entretien des ouvrages et dans les plus brefs délais. C’est une question de sécurité ». Il ajoute également : « J’ai alerté sur la situation d’urgence face à l’invasion des lapins sur notre territoire. Nous avons besoin de toutes les forces disponibles pour enrayer cette situation. Je demande que l’ensemble des analyses puissent être faites sur le lapin, afin de savoir s’il s’agit bien d’un hybride et s’il est résistant aux maladies. »
Le soutien clair des chasseurs
Du côté du monde cynégétique, la mobilisation est totale. Le président de la Fédération départementale des chasseurs de l’Hérault (FDC 34), Max Alliès, apporte un soutien sans ambiguïté au monde agricole. Lors de la commission départementale « petit gibier », l’importance des populations de lapins et les dégâts causés ont été largement abordés. Il précise qu’une réunion avec la Chambre d’agriculture, en présence de la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet, est prévue afin de faire le point sur le plan lapin lancé par son prédécesseur Xavier-François Lauch. Objectif : étudier toutes les pistes possibles pour retrouver un équilibre agro-cynégétique aujourd’hui clairement rompu.
Une situation qui s’aggrave jour après jour
Pendant ce temps, sur le terrain, la réalité ne laisse guère de place au doute. Chaque nuit, des milliers de lapins parcourent les parcelles et détruisent cultures et plantations sur des centaines d’hectares, on parle même de 2000 hectares touchés par le phénomène. Après les alertes lancées sur les infrastructures ferroviaires et les dégâts agricoles, la situation dans l’Hérault franchit un nouveau cap. Entre enjeux économiques, agricoles et désormais sécuritaires, le dossier du lapin de garenne est en train de devenir un véritable sujet de crise comme vous pouvez le découvrir dans cette vidéo réalisé par la Cuma de Mauguio:












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