Dans les jardins du château de Chantilly, un nouvel habitant attire désormais tous les regards. Plumage vert éclatant, cris stridents et vols bruyants : la perruche à collier poursuit discrètement mais sûrement sa progression en Picardie. Et avec elle revient une question devenue presque systématique dès qu’il est question d’espèces exotiques : faut-il attendre qu’il soit trop tard avant d’agir ?
Une espèce venue d’ailleurs désormais bien installée
Originaire d’Asie et d’Afrique, la perruche à collier s’est parfaitement acclimatée à plusieurs régions françaises depuis quelques années. Longtemps cantonnée aux grands centres urbains comme Paris ou certaines métropoles, elle gagne désormais du terrain jusque dans des espaces naturels sensibles. Au château de Chantilly, les équipes chargées de l’entretien des parcs observent attentivement son expansion. Thierry Basset, responsable des jardins du domaine, constate que l’espèce occupe progressivement les cavités naturelles des arbres, au détriment d’oiseaux indigènes déjà fragilisés. Car derrière l’image sympathique du “petit perroquet vert”, la réalité écologique est autrement plus complexe.
Une concurrence bien réelle avec les espèces locales
La perruche à collier ne partage pas seulement les arbres avec les espèces françaises : elle entre directement en concurrence avec elles pour les sites de nidification. Tourterelles des bois, pigeons ramiers, petits oiseaux cavernicoles ou même certaines chauves-souris peuvent se retrouver évincés par cet oiseau particulièrement opportuniste. Et le rapport de force est loin d’être équilibré. « La perruche face à une tourterelle des bois, c’est le double en taille », a expliqué, à nos confrères de France 3 Hauts-de-France, Thierry Basset. « Dans la nature, le plus fort prend souvent la place du plus faible ». Face à cette progression, le gestionnaire du parc ne réclame d’ailleurs pas une destruction massive de l’espèce, mais simplement une possibilité de régulation raisonnée afin de limiter localement la pression exercée sur les autres oiseaux. Une logique de gestion pragmatique déjà appliquée à d’autres espèces exotiques comme la bernache du Canada.
La LPO refuse toujours l’idée même de régulation
Sans surprise, cette approche provoque immédiatement l’opposition de la Ligue pour la Protection des Oiseaux. Pour la LPO Hauts-de-France, les études actuellement disponibles ne permettraient pas de démontrer un impact suffisamment important sur les espèces locales pour justifier un classement en espèce exotique envahissante. Selon ses représentants, la nature finirait par “s’équilibrer d’elle-même”. Un discours désormais bien connu des chasseurs et des gestionnaires d’espaces naturels, qui constatent pourtant chaque année les conséquences très concrètes de l’introduction d’espèces venues d’ailleurs. Car derrière cette position se dessine toujours la même logique idéologique : toute régulation devient suspecte par principe, même lorsqu’il s’agit d’espèces introduites artificiellement par l’homme et n’ayant historiquement rien à faire dans nos écosystèmes. À écouter certains militants écologistes, il faudrait donc attendre patiemment que la nature “s’autorégule”, quitte à voir les espèces locales reculer progressivement.
Une biodiversité défendue à géométrie variable
Le paradoxe devient d’ailleurs frappant lorsqu’on observe le discours tenu sur d’autres espèces. Lorsqu’il s’agit de prédateurs protégés ou d’espèces exotiques visibles et “sympathiques”, toute intervention humaine est immédiatement dénoncée. Mais lorsque les chasseurs évoquent la protection des espèces locales, des habitats ou des équilibres biologiques, leurs alertes sont souvent balayées d’un revers de main. Pourtant, qui finance aujourd’hui une grande partie de la gestion des milieux naturels ruraux en France ? Qui participe aux comptages, aux suivis sanitaires, aux plantations de haies, à la gestion du petit gibier ou aux aménagements favorables à la biodiversité ? Sur le terrain, les chasseurs savent parfaitement qu’un écosystème fonctionne sur des équilibres parfois fragiles, et que certaines espèces introduites peuvent rapidement devenir problématiques lorsqu’aucune régulation n’est mise en place.
Un débat qui ne fait probablement que commencer
Pour l’heure, le ministère de la Transition écologique n’a toujours pas tranché sur le statut de la perruche à collier. Mais pendant que les débats théoriques se poursuivent, l’espèce continue de progresser. Et comme souvent en matière d’espèces exotiques envahissantes, la vraie question reste toujours la même : faudra-t-il attendre qu’il soit trop tard pour enfin reconnaître le problème ?












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