Italie : 18 loups retrouvés morts, la “cohabitation modèle” sérieusement écornée

Loups gris

Alors que certains présentent régulièrement l’Italie comme un exemple de cohabitation réussie avec le loup, une affaire survenue ces derniers jours dans les Abruzzes vient sérieusement nuancer ce discours. En l’espace d’une semaine, 18 loups ont été retrouvés morts dans un parc naturel pourtant emblématique de la protection de la faune.

Une série de découvertes inquiétantes

Les faits se sont déroulés dans le parc national des Abruzzes, du Latium et de Molise, au cœur de l’Italie. Le 22 avril, trois loups ont été retrouvés morts près du village de Pescasseroli. Une découverte qui s’ajoute à une série déjà préoccupante : plusieurs autres carcasses avaient été recensées dans les jours précédents, dont quatre loups, mais aussi des renards et une buse. Un autre loup a également été retrouvé sans vie à proximité du village de Barrea. Au total, selon le WWF Italie, 18 loups ont été découverts morts en une semaine dans cette zone protégée.

La piste de l’empoisonnement privilégiée

Les premières analyses toxicologiques ont mis en évidence la présence de substances chimiques. Selon l’Agence nationale de protection animale italienne, des traces de pesticides utilisés en agriculture auraient été retrouvées sur plusieurs carcasses, ce qui accrédite la piste d’appâts empoisonnés. Si aucun appât n’a encore été formellement retrouvé sur le terrain, les enquêteurs privilégient clairement la thèse de l’empoisonnement. Une enquête a été ouverte par le parquet de Sulmona pour déterminer les circonstances exactes de ces décès en série.

34 loups morts depuis le début de l’année

Cette affaire ne surgit pas de nulle part. Selon l’Observatoire italien du loup, 34 loups sont déjà morts au cours des seuls mois de janvier et février en Italie. Une mortalité qui interroge forcément dans un pays souvent cité en exemple pour sa prétendue cohabitation apaisée avec le prédateur. Début avril, deux autres loups avaient également été retrouvés décapités au bord d’une route près de Pise, en Toscane. L’affaire avait provoqué une forte émotion en Italie et confirmé que les tensions autour du loup ne se limitent pas aux Abruzzes.

Un risque pour toute la faune sauvage

Au-delà du loup, ces empoisonnements pourraient avoir des conséquences bien plus larges. D’autres espèces ont déjà été touchées, notamment des renards et une buse. Les organisations environnementales s’inquiètent également pour l’ours brun marsicain, une population extrêmement fragile limitée à quelques dizaines d’individus dans cette région montagneuse. Les autorités italiennes ont condamné ces faits, qualifiés d’actes graves, dans un pays où le loup bénéficie d’un statut d’espèce spécifiquement protégée.

Un contre-exemple qui interroge

Cette affaire intervient dans un contexte où l’Italie est souvent citée comme un modèle de coexistence avec le loup, notamment dans le débat français. Un argument régulièrement avancé pour relativiser les difficultés rencontrées par les éleveurs et les territoires confrontés à l’expansion du prédateur. Pourtant, ces empoisonnements en série, comme les cas de loups décapités ou braconnés, traduisent une réalité bien plus complexe. Lorsqu’une espèce protégée continue de susciter de fortes tensions sur le terrain, certains en viennent à des pratiques illégales, avec des conséquences lourdes pour l’ensemble de la biodiversité. Un rappel, en creux, que la question du loup ne se résume pas à des slogans angéliques sur une cohabitation fantasmé avec les grands prédateurs. Elle se joue d’abord dans les territoires, au contact direct des réalités humaines, rurales et pastorales.

Des politiques de gestion très différentes

Avec une population estimée entre 3 000 et 3 500 loups, l’Italie autorise chaque année un nombre très limité de prélèvements encadrés 169 prévus pour 2026). À titre de comparaison, la France prévoit un plafond d’environ 19 % de sa population, soit plus de 200 loups sur un effectif estimé autour de 1 100 individus. Deux approches radicalement différentes. D’un côté, une régulation très encadrée mais assumée en France ; de l’autre, un cadre beaucoup plus restrictif en Italie.

Quand la pression monte sur le terrain

Sans établir de lien direct, ces écarts interrogent. Dans les territoires où la présence du loup progresse fortement, les tensions avec le monde rural restent vives. Lorsqu’elles ne trouvent pas de réponse jugée suffisante par les acteurs locaux, elles peuvent parfois déboucher sur des actes illégaux, comme semblent l’illustrer les cas d’empoisonnements et de braconnage observés récemment en Italie. En France, le système de tirs encadrés, bien que régulièrement jugé insuffisant par les éleveurs et une grande part des ruraux, vise justement à contenir ces tensions en apportant une réponse réglementaire à la présence du super prédateur.

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