À Belval, dans les Ardennes, la Fondation François Sommer avance vers une nouvelle étape de son histoire. Le domaine va accueillir un centre de formation, de recherche et de création artistique consacré à la biodiversité, aux écosystèmes forestiers et à la gestion durable des territoires. Neuf pavillons doivent être inaugurés le 9 juillet, au cœur d’un projet de 13 millions d’euros financé à 94 % par la Fondation. Pour comprendre ce que ce lieu va changer pour les chasseurs, les forestiers, les propriétaires et les acteurs de la nature, So Chasse a interrogé David Pierrard, responsable de l’École et Domaine de Belval pour en savoir un peu plus sur ce projet.
So Chasse : David Pierrard, d’où vient l’idée de créer à Belval un centre plus vaste que celui qui existe aujourd’hui ?
David Pierrard : L’idée est venue assez naturellement. Il s’agissait d’abord de renforcer ce que nous avions déjà mis en place avec l’École de Belval. Les formations ont pris de l’ampleur, avec de plus en plus de professionnels, de forestiers, de personnes de l’ONF, de chasseurs et de gestionnaires intéressés par cette interface entre chasse, forêt et biodiversité. Nous avons aussi voulu être plus stratégiques sur une problématique centrale : l’équilibre forêt-gibier. Aujourd’hui, en France, ces sujets avancent lentement. Or Belval peut être un acteur utile, parce que nous ne sommes ni un syndicat de chasse, ni un syndicat forestier. Nous sommes des gestionnaires, chasseurs, avec une forêt à faire vivre.

SC : Vous voulez donc vous placer entre les différents mondes ?
DP : Oui, c’est exactement cela. Le plus difficile, dans l’équilibre forêt-gibier, c’est de faire parler ensemble les forestiers, les chasseurs, les propriétaires et toutes les parties prenantes. Chacun peut avoir des intérêts différents. Belval peut offrir une position plus objective, avec un objectif commun : des forêts qui se portent bien. La chasse y tient une place importante, par nécessité, mais aussi parce que c’est notre histoire.
SC : À qui s’adressent vos formations ?
DP : Nous voulons toucher plusieurs publics. D’abord les propriétaires, parce que ce sont eux qui donnent le fil rouge. C’est à eux de dire ce qu’ils veulent faire de leur patrimoine. Ensuite viennent les gestionnaires : forestiers publics ou privés, experts, coopératives, ONF. Et puis les chasseurs, évidemment, parce que la chasse est une composante majeure de la gestion durable d’une forêt. Notre rôle, c’est d’être à l’interface de tout cela.

SC : Justement, qu’est-ce qu’un propriétaire vient chercher à Belval ?
DP : Il vient chercher une approche. Il ne s’agit pas d’en faire un expert forestier ou un spécialiste du martelage. Mais il doit comprendre les grands principes : comment intégrer la chasse dans la gestion de sa propriété, quelles exigences avoir vis-à-vis de son équipe de chasse, comment suivre la réalisation des plans de chasse, comment entrer dans une relation durable avec les chasseurs. Il doit disposer d’un pack technique minimum pour contrôler la bonne exécution des choses.
SC : Et du côté des chasseurs, quels sont les sujets abordés ?
DP : Nous travaillons beaucoup sur la gestion adaptative, le monitoring, les ICE (indicateurs de changement écologique), les impacts sur les milieux et les pratiques de chasse. Il faut que les plans de chasse soient objectivés, puis réalisés. C’est la base. Ensuite, on peut parler des modes de chasse, de leur complémentarité, de l’affût, de l’approche, des calendriers, des zones de réserve. La chasse a un effet létal, mais aussi un effet de dérangement. Tout cela doit être pensé.

SC : Vous insistez aussi sur une certaine éthique de la chasse?
DP : Oui. Un propriétaire peut parfaitement dire : la chasse ne me dérange pas, mais je veux qu’elle soit bien faite. Il peut avoir des exigences sur la qualité du tir, sur le fait que les animaux soient tués proprement. Cela fait partie du sujet. La chasse doit être efficace, mais elle doit aussi être assumée dans sa manière d’être pratiquée.
SC : Vous parlez souvent d’équilibre. Où se situe la responsabilité entre chasseurs et forestiers ?
DP : Il ne faut pas raconter qu’il y aurait le gentil forestier et le méchant chasseur, ou l’inverse. La part de travail est partagée. Si les deux ne font pas correctement leur boulot, cela ne marche pas. Il y a autant d’efforts à fournir sur les pratiques sylvicoles que sur les pratiques de chasse. À Belval, nous voulons montrer qu’on peut renouveler une forêt sans tout enfermer derrière du grillage ou des protections plastiques. Pour moi, le grillage et le manchon plastique sont souvent un constat d’échec.

SC : Les nouveaux bâtiments vont-ils changer votre capacité d’action ?
DP : Oui, clairement. L’ancienne école avait ses limites. Nous avions besoin d’infrastructures cohérentes avec nos ambitions. Les neuf pavillons vont nous permettre d’accueillir davantage, de développer le catalogue, de monter des formations plus spécialisées et d’être aussi une terre d’accueil pour d’autres organismes, à condition que cela reste dans notre thématique.

SC : Vous développez déjà de nouvelles formations très ciblées. Lesquelles ?
DP : Nous avons par exemple travaillé avec les régulateurs de faune de la SNCF, autour des collisions avec les TGV. Les grillages n’arrêtent pas tout. Il faut parler maîtrise des armes, choix des munitions, piégeage, capture, échappatoires. Nous développons aussi des formations pour les louvetiers, notamment sur le tir de nuit et le thermique. Ce sont des missions de régulation qui deviennent nécessaires avec l’augmentation de la grande faune.

SC : La connaissance de la faune sauvage prend-elle une place plus importante ?
DP : Je ne fais pas une formation sans parler de chasse. Même lorsqu’on travaille avec l’ONF sur des sujets très forestiers, comme la gestion à couvert continu, il faut parler d’animaux, d’éthologie, de chasse. Le meilleur forestier du monde, s’il ne comprend pas un minimum les animaux et la chasse, sera vite limité. Nous avons aussi développé une formation sur la gestion des zones humides, à partir de notre expérience à Belval avec les étangs, les prairies humides et les mares forestières.
SC : Belval devient donc un lieu de passage entre chasse et environnement ?
DP : Oui. Nous sommes catalogués chasse, et nous l’assumons parfaitement. Mais cela ne nous empêche pas de travailler avec des naturalistes, l’OFB, l’ONF, des fédérations de chasse, des conservatoires d’espaces naturels ou des collectivités. Il y a beaucoup de points communs et d’intérêts communs. L’idée est de devenir une interface, un endroit où chacun peut venir se former, échanger, avancer.

SC : Vous accueillez aussi du grand public et des scolaires ?
DP: Oui, même si pour les scolaires nous travaillons avec une association spécialisée dans l’animation nature. Nous mettons le site à disposition. Nous accueillons aussi le public lors de journées thématiques, par exemple autour des zones humides, de la forêt, de la biodiversité ou de la gestion forestière. L’idée est d’emmener les gens en forêt, de leur expliquer pourquoi on coupe des arbres, pourquoi ce n’est pas forcément un sacrilège, pourquoi une forêt gérée peut abriter une belle biodiversité et pourquoi, à un moment, la régulation par la chasse devient nécessaire.
SC : Vous préférez donc amener le public vers la chasse par la gestion forestière ?
DP : Oui, parce que commencer directement par la chasse peut braquer. En revanche, quand on explique la forêt, le renouvellement, la grande faune, les équilibres, les gens comprennent. À la fin, certains disent eux-mêmes : en fait, il faut chasser. Quand la conclusion vient d’eux, la chose devient évidente.
SC : Belval est aussi un territoire expérimental pour le suivi du sanglier. Que cherchez-vous à comprendre ?
DP : Belval est entré dans des réseaux d’étude sur la dynamique des populations de sangliers. Il y a eu des captures, des recaptures, des suivis de fructification, tout un protocole scientifique. L’objectif est de mieux comprendre les facteurs qui influencent les populations. Sur les cervidés, nous avons des outils de gestion adaptative. Sur le sanglier, c’est beaucoup moins vrai. Nous voulons donc développer des outils de monitoring objectivés.

SC : Quels types d’outils pourraient être utiles aux chasseurs et gestionnaires ?
DP : Il faut essayer d’objectiver l’impact du sanglier sur les milieux. Par exemple sur les rejets, sur la consommation des fruits forestiers. Les sangliers ont évidemment le droit de manger des glands, mais il faut qu’ils en laissent assez pour permettre la régénération. Nous réfléchissons aussi à des indicateurs du bien-être des sangliers. Ce n’est pas simple, parce que leurs périodes de naissance sont très étalées. Un animal né en janvier n’a pas la même trajectoire qu’un animal né en juillet. On regarde donc des pistes comme le parasitisme, les couches de graisse, l’état corporel.
SC : Certains disent que la Fondation François Sommer se serait éloignée du monde de la chasse. Que leur répondez-vous ?
DP : Je réponds par les faits. À Belval, je ne crois pas qu’il existe une seule formation où l’on ne parle pas de chasse. Nous formons des personnels de fédérations de chasse, notamment sur le tir. L’an dernier, plusieurs formations complètes ont accueilli des techniciens de fédérations, chargés de la formation au permis de chasser ou du développement d’installations de tir. Cette année encore, nous en recevons. Nous travaillons correctement avec les fédérations.
SC : Que doit devenir Belval dans les prochaines années ?
DP : Un lieu qui fait avancer les pratiques. Un lieu où les propriétaires comprennent mieux leur rôle, où les chasseurs disposent d’outils plus précis, où les forestiers intègrent davantage la faune sauvage, où les acteurs de l’environnement peuvent travailler avec nous sans caricature. Belval doit rester un domaine de terrain, mais un terrain qui transmet, qui expérimente et qui fait bouger les lignes.
Domaine de Belval
https://domaine-belval.org/
03 24 30 01 86
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