Le chiffre donne le vertige. Selon des données préliminaires publiées par le gouvernement japonais, plus de 14 600 ours ont été capturés puis abattus au Japon durant l’exercice budgétaire achevé le 31 mars 2026. Un record absolu pour l’archipel, où les autorités font désormais face à une explosion des attaques et des intrusions de grands prédateurs dans les zones habitées. En moyenne, ce sont près de 40 ours qui ont été détruits chaque jour pendant un an. Le précédent record, établi en 2023 avec un peu plus de 9000 prélèvements, est désormais largement dépassé.
Des attaques mortelles qui se multiplient
L’année dernière, les attaques d’ours ont provoqué la mort de 13 personnes au Japon, soit plus du double du précédent record national. Et l’année 2026 semble malheureusement repartir sur les mêmes bases puisque les autorités japonaises ont déjà confirmé une attaque mortelle depuis janvier, tandis que deux autres décès pourraient également être liés à des ours. Au cours des derniers mois, les médias japonais ont multiplié les reportages sur des scènes devenues presque banales dans certaines régions rurales. Des ours ont été aperçus près d’écoles, d’autres ont pénétré dans des habitations ou se sont introduits dans des supermarchés et des stations thermales. Dans certaines provinces du nord du pays, les signalements explosent à mesure que les animaux sortent d’hibernation et se rapprochent toujours davantage des zones habitées. Les autorités ont recensé plus de 50 000 signalements d’ours sur l’ensemble du territoire japonais en un an, soit plus du double du précédent record observé deux ans plus tôt.
Une explosion des populations de prédateurs
Selon les scientifiques japonais, cette situation résulte directement de l’augmentation très importante des populations d’ours au cours des dernières décennies. Le Japon compterait aujourd’hui environ 42 000 ours noirs d’Asie sur l’île principale d’Honshu, tandis que la population d’ours bruns atteindrait désormais près de 12 000 individus après avoir doublé en l’espace de trente ans. Les spécialistes expliquent également que la déprise rurale joue un rôle majeur dans cette expansion. Avec la disparition progressive des habitants dans certaines zones montagneuses, les grands prédateurs recolonisent des territoires autrefois fortement occupés par l’homme. Les ours profiteraient aussi d’une abondance de nourriture, notamment grâce aux populations de cervidés et de sangliers, elles aussi en forte progression dans plusieurs régions du pays. De plus, la quasi disparition de la population de chasseurs, qui maintenait pendant des siècles un certain équilibre, aggrave bien sûr cette situation. Résultat : les animaux quittent désormais massivement les zones forestières pour se rapprocher des habitations humaines.
Un sujet qui rappelle forcément l’Europe
Difficile, en lisant ces chiffres venus du Japon, de ne pas penser à la situation européenne et notamment française. Chez nous aussi, les grands prédateurs poursuivent leur expansion. Le loup colonise désormais la quasi-totalité du territoire national tandis que l’ours continue d’être strictement protégé dans les Pyrénées malgré les inquiétudes croissantes du monde rural et des éleveurs confrontés aux attaques. Bien sûr, la situation française n’a rien de comparable avec les dizaines de milliers d’ours présents au Japon. Mais le débat de fond reste exactement le même : jusqu’où une société moderne est-elle prête à accepter la présence croissante de superprédateurs à proximité immédiate des zones habitées ? Car derrière les discours idéologiques souvent portés loin des campagnes par nos chers écolos bobos, la réalité de la nature finit toujours par reprendre le dessus. Lorsque les attaques se multiplient, lorsque les animaux perdent progressivement leur crainte de l’homme et lorsque les habitants ruraux ont le sentiment d’être abandonnés, les gouvernements finissent généralement par revenir à une logique beaucoup plus pragmatique de régulation. Le Japon en apporte aujourd’hui une illustration spectaculaire.












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