Luc Alphand : huit ans après la polémique sur la chasse, il en paie encore le prix »

Huit ans après la polémique autour de ses photos de chasse, Luc Alphand n’a rien oublié. L’ancien champion de ski raconte les insultes, les menaces et les conséquences sur sa vie. Pour So Chasse, il revient aussi sur son départ de France et sa passion, qu’il continue d’assumer.

LS : Huit ans après la polémique autour de vos photos de chasse, quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette période de votre vie ?

Luc Alphand : Tout d’abord, il faut rappeler le contexte. Je n’ai jamais publié de photos de chasse sur mes réseaux sociaux, mais je ne me suis jamais caché d’être chasseur. À l’époque, j’avais participé à des films, des vidéos et même des publicités dans des magazines de chasse. Je n’ai donc jamais cherché à dissimuler cette passion. Au début, je n’ai pas vraiment compris ce qui se passait. Si vous vous cachez, vous vous faites attraper. Mais je n’ai jamais nié mes activités. Ensuite, deux photos sont sorties. L’une me montrait avec un ours que je n’avais pas chassé : c’était un autre chasseur. L’autre avait été prise lors d’une chasse au mouflon en Russie. C’est le guide de chasse qui les a publiées. Puis l’engrenage s’est enclenché. Pour moi, c’est une machine à broyer, une machine à détruire. Certaines associations opposées à la chasse cherchent d’abord à nuire plutôt qu’à informer. L’histoire a commencé sur les réseaux sociaux, avant d’être reprise par la presse écrite et la télévision. Et personne ne m’a appelé pour vérifier les faits. Personne ne m’a demandé si j’avais réellement chassé l’ours. Je ne l’avais même pas tiré. L’information était donc en partie fausse. Je suis bien allé chasser le mouflon, mais pas l’ours.

LS : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette polémique ?

LA : La haine gratuite. Des gens qui ne vous connaissent pas se permettent tout derrière un écran. Pendant plusieurs jours, je me suis retrouvé sous des milliers d’insultes et des menaces de mort. C’est hallucinant. Cela vous touche personnellement, mais cela atteint aussi votre famille et vos partenaires. Mes enfants font de la compétition en ski et ont eux aussi été exposés à des commentaires. Ma femme a également subi des attaques visant notre hôtel, alors que ces personnes n’avaient aucun rapport avec l’histoire. La haine s’étend à tout votre entourage. Certains partenaires vous lâchent aussi très rapidement, parfois sans chercher à comprendre. Pourtant, je n’avais rien fait d’illégal. La chasse est une activité légale et, dans ce cas, les chasses pratiquées en Russie étaient encadrées et faisaient vivre des personnes sur place. Mais il est difficile d’expliquer tout cela à des gens qui ne veulent pas entendre vos arguments. Vous finissez par vous sentir traité comme un meurtrier. C’est très difficile à vivre.

LS : Cette affaire a-t-elle changé votre vie au point de vous faire quitter la France ?

LA : Oui, cela a changé ma vie. Beaucoup de gens me disent que cette histoire est oubliée depuis huit ans, mais moi, je ne l’ai pas oubliée. J’ai vendu plusieurs choses en France, arrêté certaines activités et quitté le pays. Tout cela s’est décidé très rapidement, environ deux ou trois semaines après la polémique. Aujourd’hui, je vis dans un autre pays européen et je m’y sens plus libre, plus tranquille. J’ai vraiment eu le sentiment d’être chassé par une partie de la société. C’est ce qui est le plus grave. Pour autant, je n’ai pas changé. J’ai continué à chasser et je n’ai aucun problème avec cette passion. Avec le recul, je croise aussi beaucoup de chasseurs dans les aéroports ou en voyage qui viennent me témoigner leur soutien. Certains me disent que ce qui m’est arrivé est injuste. À l’inverse, les personnes qui m’ont insulté sur Internet ne sont jamais venues me dire la même chose en face. Une seule personne m’a fait une remarque, mais elle est restée parfaitement respectueuse. Elle m’a simplement expliqué qu’elle ne partageait pas mon point de vue. C’est tout à fait acceptable. On peut être en désaccord sans s’insulter.

LS : Vous avez le sentiment que les opposants à la chasse sont devenus plus extrêmes ?

LA : Je pense que nous arrivons à des formes d’extrémisme qui rendent la communication presque impossible. Je ne suis pas opposé au débat. J’ai des amis qui ne chassent pas et avec lesquels je peux échanger sans problème, parce qu’ils ne sont pas dans l’affrontement. Chacun a le droit d’avoir ses opinions et sa façon de vivre. Mais il existe aujourd’hui une opposition entre deux mondes : la ruralité et les citadins. Et cela dépasse largement la chasse. On retrouve cette fracture dans la manière de vivre l’écologie, entre ceux qui la pensent en ville et ceux qui vivent au quotidien dans les campagnes. Ce qui me choque, c’est de voir des personnes qui parlent de tolérance et de partage faire la morale aux autres sans accepter leurs différences. Je n’ai aucun problème à discuter avec quelqu’un qui n’est pas d’accord avec moi. En revanche, si la personne vient pour m’agresser ou m’insulter, l’échange devient impossible.

LS : Selon vous, le débat sur la chasse a-t-il évolué depuis huit ans ?

LA : C’est difficile à dire. Je regarde les articles et les réseaux sociaux d’assez loin, mais j’ai parfois l’impression que les réactions restent les mêmes. En revanche, je pense que les chasseurs ont envie de davantage débattre et qu’ils communiquent un peu mieux. Nous n’avons pas toujours été très bons dans ce domaine. Mais on voit désormais des publicités à la télévision pour faire découvrir la chasse, et certaines initiatives sont positives. Il faut notamment permettre aux jeunes et aux non-chasseurs de découvrir cette activité, de voir ce qui s’y passe et de mieux la comprendre. On ne peut donc pas dire que rien n’a changé. Il y a des efforts et ils vont dans le bon sens.

LS : Avec le recul, regrettez-vous ces photos ou la manière dont elles ont été utilisées ?

LA : Je ne regrette pas les photos, parce que je continue à chasser et que je n’ai aucun problème avec cela. En revanche, je regrette la manière dont elles ont été sorties et utilisées. Je ne les avais pas publiées moi-même. C’est le guide de chasse qui les avait mises en ligne, puis elles ont été reprises et l’histoire a pris une ampleur que je n’avais pas anticipée. C’est surtout cette façon de procéder que je regrette.

LS : Cette affaire a-t-elle modifié votre manière de vivre votre passion pour la chasse ?

LA : Un tout petit peu. Je ne dirais pas que je me cache, car ce n’est pas le mot, mais je fais davantage attention. Quand je marche en montagne et que je croise des gens sur un sentier, je peux sortir du chemin pour aller discuter avec eux. Je n’ai pas envie de me faire insulter à nouveau si quelqu’un me reconnaît. Mais je pense que les chasseurs devraient tous faire cet effort de dialogue. Récemment, j’ai croisé un traileur alors que je me promenais seul. Je suis allé lui dire bonjour et nous avons finalement eu un échange très agréable. Je lui ai expliqué que la montagne était à tout le monde et que chacun pouvait y trouver sa place. Je pouvais partir de mon côté et lui du sien, sans que personne ne dérange personne. Il faut apprendre à partager cet espace. C’est aussi une responsabilité des chasseurs : aller vers les autres et montrer que la cohabitation est possible.

LS : Vous êtes un homme de montagne. Comment expliquez-vous que l’on puisse aimer profondément la nature et la faune tout en étant chasseur ?

LA : La chasse à l’approche permet justement de développer cette connaissance de la montagne et des animaux. Je pratique cette chasse dans environ 80 % des cas. On choisit un animal, on l’observe, on l’approche et on décide si l’on va tirer ou non. Il faut connaître ses habitudes, comprendre son comportement et savoir comment il évolue dans son environnement. On peut aussi prendre des photos et profiter simplement de ce moment. Mais la finalité reste la chasse. Je pense que ceux qui veulent comprendre peuvent voir qu’elle ne se résume pas à tirer sur tout ce qui bouge. Elle demande de l’observation, de la connaissance et une vraie sélection des animaux.

LS : Vous défendez depuis longtemps une certaine éthique de la chasse, notamment sur la sélection des animaux et la consommation du gibier. Est-ce toujours votre conception aujourd’hui ?

LA : Pour moi, le respect du gibier va jusqu’au bout. Quand je prélève un animal, je m’occupe ensuite de la viande. Je l’apporte à un professionnel pour la découpe, puis je nettoie et prépare les morceaux. C’est une partie importante de la chasse. Il faut respecter l’animal et ne pas considérer que tout s’arrête au tir. Bien sûr, tous les chasseurs ne fonctionnent pas de la même manière. Il peut y avoir des excès et certains sont dans une logique de prélèvements à répétition. Mais, personnellement, je veux aller de A à Z, du prélèvement à la consommation. C’est ainsi que je conçois cette pratique.

LS : Votre notoriété vous a exposé d’une manière particulière. Comprenez-vous aujourd’hui les chasseurs qui hésitent à dire qu’ils chassent ou à le montrer publiquement ?

LA : Exactement, je les comprends. Ils n’ont pas forcément envie de vivre ce que j’ai vécu. Je fréquente des milieux très différents, que ce soit le sport ou la télévision, et je constate qu’il existe encore des endroits où dire que l’on est chasseur peut déclencher des réactions très fortes. Dans certains milieux, les gens préfèrent ne pas en parler, de peur d’être jugés ou pris à partie. Je comprends cette prudence, même si je trouve dommage qu’une activité légale doive parfois être vécue comme un sujet à cacher. On devrait pouvoir parler de ses passions et en débattre sans craindre les insultes ou les attaques personnelles.

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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