Chasse du Grand Tétras : des députés dénoncent une décision brutale

La suppression du Grand Tétras et du Lagopède alpin de la liste des espèces chassables crée une vive polémique. Les députés du groupe chasse montent au créneau et interpellent directement le gouvernement sur une décision jugée précipitée et sans concertation.

Une décision qui secoue le monde de la chasse

Le retrait du Grand Tétras et du Lagopède alpin de la liste des espèces chassables ne passe pas. Dans un courrier adressé au Premier ministre, plusieurs députés membres du groupe d’études « chasse et pêche » dénoncent une décision qu’ils jugent à la fois brutale et mal expliquée. Si l’objectif affiché reste la préservation de la biodiversité, la méthode interroge. Pour ces élus, la décision apparaît comme déconnectée du terrain et des dispositifs déjà en place, notamment les moratoires qui encadraient strictement la chasse de ces espèces.

Des espèces déjà sous surveillance scientifique

Les parlementaires rappellent que le Grand Tétras et le Lagopède alpin faisaient déjà l’objet de mesures fortes. Les prélèvements étaient suspendus dans le cadre de moratoires, accompagnés d’un suivi scientifique rigoureux. Ce système reposait sur des données de terrain, une observation continue et une gestion adaptative reconnue. Autrement dit, un cadre structuré, validé par la communauté scientifique, qui permettait d’ajuster les décisions en fonction de l’évolution des populations. Dans ce contexte, passer à une interdiction définitive sans bilan clair soulève de nombreuses interrogations.

Un manque de concertation pointé du doigt

Autre point de tension : l’absence de dialogue. Les députés insistent sur la nécessité d’une concertation avec les acteurs de terrain, notamment les chasseurs, impliqués depuis longtemps dans le suivi des espèces et la gestion des habitats. La réaction de la Fédération nationale des chasseurs illustre ce malaise. Derrière cette décision, c’est toute la question de la gouvernance de la chasse et de la gestion de la faune sauvage qui est posée.

Les députés demandent des explications

Dans leur lettre, les élus ne contestent pas le principe de protection, mais réclament de la transparence. Ils souhaitent comprendre les fondements scientifiques de cette décision et connaître les perspectives de gestion à long terme pour ces espèces emblématiques des massifs montagneux.

La lettre adressée au Premier ministre

Monsieur le Premier ministre,

Députés membres du groupe d’études « Chasse et pêche » de l’Assemblée nationale, nous nous permettons d’attirer votre attention sur la décision récente de Madame la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, de retirer le Grand Tétras et le Lagopède alpin de la liste des espèces chassables. Cette décision, dont nous comprenons qu’elle s’inscrit dans un objectif de préservation de la biodiversité, suscite néanmoins une réelle incompréhension. Elle apparaît en effet comme non concertée, isolée dans sa méthode, et surprenante au regard du cadre de gestion qui prévalait jusqu’à présent.

En effet, ces deux espèces faisaient déjà l’objet de moratoires, traduisant précisément la volonté de suspendre les prélèvements tout en maintenant un cadre exigeant de suivi scientifique et de gestion adaptative. Ce cadre n’était ni accessoire ni transitoire : il constituait au contraire un outil structurant, fondé sur l’observation de terrain, l’accumulation de données et l’évaluation régulière des dynamiques de population. Il nous semble dès lors difficile de considérer que ce dispositif puisse être écarté sans une analyse approfondie et partagée de ses résultats, lesquels ont, jusqu’à présent, été reconnus par la communauté scientifique. Dans ce contexte, le passage à un retrait définitif apparaît, aux yeux de nombreux observateurs, comme une évolution significative qui mériterait d’être pleinement explicitée, notamment au regard des données scientifiques disponibles et des perspectives de gestion à long terme.

Par ailleurs, nous sommes particulièrement attachés à la qualité du dialogue avec l’ensemble des parties prenantes. Celui-ci constitue un élément essentiel de l’acceptabilité et de l’efficacité des politiques publiques en matière de biodiversité. Or, sur un sujet aussi sensible, impliquant des acteurs engagés de longue date dans le suivi des espèces, la gestion des habitats et l’observation de terrain, une concertation approfondie apparaît indispensable. Les réactions exprimées par la Fédération nationale des chasseurs traduisent à cet égard un besoin réel d’écoute, de clarification et de partage des fondements de la décision.

Dans un esprit constructif et respectueux des prérogatives de l’exécutif, nous serions reconnaissants de pouvoir disposer d’éléments complémentaires sur les fondements de cette décision, ainsi que sur les modalités envisagées pour poursuivre les efforts de conservation de ces espèces emblématiques de nos massifs montagneux. Nous vous remercions par avance pour l’attention que vous porterez à ces observations et vous prions d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre haute considération.

Copie : Madame la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut

Daniel Labaronne et Christophe Blanchet
Co-présidents du groupe d’études chasse et pêche de l’Assemblée nationale

Députés co-signataires

Valérie Bazin-Malgras
Emmanuel Blairy
Jean-Michel Brard
Danielle Brulebois
Eddy Casterman
Caroline Colombier
Pierre Cordier
Sandra Delannoy
Christian Girard
Daniel Grenon
Julien Guibert
Jordan Guitton
Sébastien Huyghe
Hélène Laporte
Delphine Lingemann
Marie-France Lorho
Philippe Lottiaux
David Magnier
Pascal Markowsky
Yaël Menache
Marie-Agnès Poussier-Winsback
Angélique Ranc
Julien Rancoule
Emeric Salmon
David Taupiac

Partager cet article


Rédacteur en chef, SoChasse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Depuis la proposition de loi du sénateur Patrick Chaize visant à « améliorer la sécurité à la chasse », le...

Découvrez d'autres articles

Retour en haut