Une nouvelle application vient de voir le jour en Charente pour faciliter la cohabitation entre chasseurs, promeneurs et cyclistes. Baptisée Proxi Chasse, elle permet notamment de signaler une action de chasse et d’alerter les utilisateurs lorsqu’ils s’approchent les uns des autres. L’initiative rejoint une liste déjà longue d’outils numériques développés partout en France. Chassé&Croisé, ChasseInfo, Chasseco, Melckone ou encore Land Share : loin de vouloir s’approprier la nature, le monde de la chasse multiplie depuis des années les solutions pour mieux la partager.
Proxi Chasse vient de Charente
La dernière initiative en date est née à Sireuil, près d’Angoulême. Jonathan Wilkes, informaticien anglais installé en Charente et lui-même chasseur, vient de développer Proxi Chasse avec une idée assez simple : permettre aux différents utilisateurs d’un même espace naturel de savoir qu’ils risquent de se rencontrer. L’application utilise la géolocalisation du smartphone. Un chasseur peut déclarer le début d’une action de chasse et définir la zone concernée. Si un promeneur ou un cycliste utilisant lui aussi Proxi Chasse s’en approche ou y pénètre, une alerte est envoyée aux utilisateurs concernés. Le serveur ne se contente donc pas d’afficher une zone sur une carte : il calcule la distance séparant les personnes et détecte les situations susceptibles de provoquer une rencontre. Une fonction payante permet même à un promeneur d’envoyer un message au chasseur afin de s’assurer que sa présence a bien été repérée. L’application n’en est encore qu’à ses débuts. Selon Ici La Rochelle, environ 80 utilisateurs l’ont téléchargée autour de Sireuil. Elle n’est cependant pas limitée à la Charente et fonctionne déjà également auprès d’utilisateurs situés en Angleterre et en Belgique.
Un système qui repose sur les chasseurs
Jonathan Wilkes ne cache cependant pas la principale limite du dispositif : plus le nombre de chasseurs inscrits sera important, plus l’information proposée sera pertinente. En attendant une diffusion plus large, Proxi Chasse permet également aux promeneurs de signaler eux-mêmes la présence de chasseurs observés sur le terrain afin d’informer les autres utilisateurs. Cette limite n’est d’ailleurs pas propre à Proxi Chasse. Toutes les applications reposant sur une déclaration volontaire des actions de chasse sont dépendantes du nombre de territoires, de responsables de battue et d’utilisateurs qui jouent le jeu. Elles ne prétendent donc pas remplacer la signalisation réglementaire ni la vigilance sur le terrain. Leur intérêt est ailleurs : ajouter une couche d’information en temps réel qui n’existait tout simplement pas il y a encore quelques années.
Chassé&Croisé va beaucoup plus loin
Nos lecteurs connaissent déjà Chassé&Croisé, application née de l’initiative du chasseur périgourdin Michaël Albié. Son principe initial était voisin : permettre aux sociétés de chasse d’activer en temps réel les zones dans lesquelles elles chassent et prévenir les autres utilisateurs lorsqu’ils s’en approchent. L’outil s’est depuis considérablement développé. Les chasseurs peuvent cartographier leur territoire, définir leurs zones de chasse, réserves et secteurs de non-tir, ainsi que différents points importants tels que postes, parkings ou points de vigilance. Lorsqu’une zone est activée, les utilisateurs sont progressivement prévenus à l’approche de celle-ci. L’application annonce actuellement des alertes à un kilomètre, 300 mètres puis à l’entrée de la zone. Le chasseur peut de son côté être averti lorsqu’un autre utilisateur approche du secteur. Chassé&Croisé permet également aux clubs et associations sportives de renseigner leurs propres itinéraires. L’information fonctionne donc dans les deux sens : le randonneur peut connaître la présence des chasseurs, mais les chasseurs peuvent eux aussi savoir qu’un groupe de sportifs doit emprunter un chemin traversant leur territoire.
Déjà adoptée par des fédérations
L’application n’est plus seulement utilisée par quelques sociétés isolées. Plusieurs Fédérations départementales des chasseurs s’y sont engagées. Dans le Gers, la FDC32 a noué un partenariat avec Chassé&Croisé et continue de promouvoir l’outil auprès de ses adhérents. Son rapport d’activité 2024 faisait déjà état de 47 sociétés de chasse utilisatrices. En 2025, la Fédération renouvelait encore son soutien à l’application, notamment pour ses nouvelles fonctions consacrées aux risques routiers et à la protection des chiens. Depuis cette saison, le Jura s’est lui aussi engagé dans l’utilisation de Chassé&Croisé afin de permettre aux autres usagers de connaître les secteurs où des actions de chasse sont en cours. C’est précisément ce développement progressif qui donne tout son intérêt à ces outils : une application de géolocalisation devient réellement pertinente lorsqu’elle n’est plus utilisée par une seule équipe mais par une part importante des territoires d’un département.
L’Isère, précurseur avec Land Share
L’Isère avait été l’un des premiers départements à travailler sérieusement sur la géolocalisation des battues. Dès 2019, la Fédération départementale des chasseurs s’était engagée avec Land Share, développé avec la société Findtech et le Département. Des boîtiers Protect Hunt permettaient d’indiquer en temps réel les zones où se déroulaient des chasses collectives. L’initiative avait surtout une particularité intéressante : elle ne s’était pas construite uniquement entre chasseurs. La Fédération avait travaillé avec des représentants de la randonnée, du VTT ou encore des activités équestres afin de réfléchir collectivement au partage des espaces naturels. Land Share a depuis été remplacé en Isère par ChasseInfo, développé par Géoxys.
Plus de 10 000 téléchargements en Isère
ChasseInfo s’appuie directement sur Géochasse, déjà utilisé par les sociétés de chasse. Lorsqu’une société active la zone concernée par une battue, l’information peut être transmise au grand public par ChasseInfo et, en Isère, également par l’application départementale Isère Outdoor. La FDC38 annonce aujourd’hui plus de 10 000 téléchargements et 224 communes couvertes. Les données recueillies donnent également une indication intéressante sur la réalité de l’occupation du territoire : selon la Fédération, les battues déclarées dans le système durent en moyenne 2 h 40 et environ 12 % du territoire est concerné par une action de chasse à un instant donné. Nous sommes assez loin de l’image parfois entretenue d’une nature entièrement « monopolisée » par les chasseurs pendant toute une journée. ChasseInfo peut par ailleurs fonctionner à plusieurs niveaux selon les départements participants : simple calendrier des périodes de chasse, affichage des zones susceptibles d’être chassées ou véritable remontée des actions en temps réel lorsque les outils locaux le permettent.
Chasseco existe depuis dix ans
La Haute-Savoie n’a pas attendu la multiplication récente des applications pour travailler sur le sujet. La Fédération départementale y a lancé Chasseco dès 2016. Cette application permet aux promeneurs, cavaliers, vététistes, skieurs ou autres utilisateurs de se géolocaliser et de consulter les jours de chasse ainsi que les secteurs concernés ou, au contraire, les zones non chassées. La FDC74 revendique plus de 5 000 téléchargements et 30 000 connexions. Des QR codes installés sur certains panneaux au départ des itinéraires de randonnée permettent également au public d’accéder directement aux informations. Ici encore, l’objectif n’est pas d’écarter les autres utilisateurs lorsque les chasseurs sont présents, mais de leur permettre de connaître la situation avant ou pendant leur sortie.
Melckone jusque dans les forêts de l’ONF
Melckone constitue un autre exemple particulièrement intéressant parce que l’application a dépassé le cadre des seules fédérations de chasseurs. Mise en ligne en 2018, elle a notamment été expérimentée puis utilisée en partenariat avec l’Office national des forêts. Le principe reste familier : les territoires et journées de chasse sont renseignés afin que les promeneurs puissent connaître en temps réel les secteurs concernés. Le dispositif a été déployé dans plusieurs grandes forêts très fréquentées d’Île-de-France et de Normandie. Melckone demeure d’ailleurs utilisé pour la saison 2026-2027 dans plusieurs forêts domaniales franciliennes. Des communes riveraines de la forêt de La Grange renvoient par exemple encore cette année les promeneurs vers l’application pour suivre les journées de chasse. La plateforme s’est parallèlement diversifiée. Elle propose aujourd’hui des interfaces destinées aux gestionnaires de chasse, aux associations sportives mais aussi aux activités forestières et agricoles. L’idée dépasse donc progressivement la seule chasse : avertir les différents utilisateurs de la nature des activités susceptibles de se croiser sur un même territoire.
Le téléphone complète le panneau
Proxi Chasse, Chassé&Croisé, ChasseInfo, Chasseco ou Melckone fonctionnent différemment et n’ont ni la même couverture géographique ni le même niveau de déploiement. Mais leur multiplication raconte finalement la même histoire. La signalisation physique reste évidemment indispensable. Les panneaux annonçant une battue sont immédiatement visibles, ne nécessitent aucun téléphone et demeurent la première information rencontrée par celui qui arrive sur le terrain. Le numérique apporte cependant ce que le panneau ne peut pas faire : informer avant d’arriver, suivre l’évolution d’une action de chasse et, dans certains cas, permettre aux chasseurs de connaître à leur tour la présence des autres usagers. Surtout, ces initiatives contredisent assez frontalement l’idée selon laquelle les chasseurs voudraient réserver la forêt à leur seule pratique.
Les chasseurs organisent eux-mêmes la cohabitation
On peut toujours discuter de l’efficacité d’une application particulière, de son nombre d’utilisateurs ou de la nécessité de disposer d’un smartphone. Aucun de ces outils ne supprimera davantage le besoin de discuter avec un promeneur rencontré sur un chemin ou de rappeler les consignes avant une battue. Mais depuis une dizaine d’années, le mouvement est incontestable. Des chasseurs ont imaginé eux-mêmes plusieurs de ces applications. Des Fédérations départementales les financent, les déploient ou alimentent leurs données. Des partenariats ont été noués avec des fédérations de randonnée, des vététistes, des cavaliers, des collectivités territoriales et jusqu’à l’Office national des forêts. Avec Proxi Chasse, une nouvelle initiative vient aujourd’hui rejoindre cette évolution. La technologie ne remplacera jamais le bon sens sur le terrain. Mais à l’heure où plusieurs millions de personnes pratiquent randonnée, vélo, équitation, chasse ou simple promenade dans les mêmes espaces, les chasseurs ont manifestement choisi leur voie : mieux informer plutôt qu’interdire, prévenir plutôt que subir et faire en sorte que chacun puisse continuer à profiter de la nature.










Laisser un commentaire