À l’occasion de l’ouverture générale de la chasse, la Fédération départementale des chasseurs du Jura déploie un nouvel outil destiné à améliorer encore la cohabitation entre chasseurs et autres usagers de la nature. Grâce à l’application Chassé&Croisé, promeneurs, vététistes ou cueilleurs peuvent connaître les secteurs où se déroulent des battues et adapter leur itinéraire. Une initiative loin d’être isolée en France.
Une saison ouverte jusqu’au 28 février
Les chasseurs jurassiens ont retrouvé leurs territoires dimanche 13 septembre pour une nouvelle saison qui s’achèvera le 28 février 2027. Les effectifs restent particulièrement stables. Selon Le Progrès, 6 812 permis avaient été validés la saison dernière dans le Jura et les chiffres de cette année ne devraient varier que de 1 à 2 %. Cette ouverture est également marquée par une situation sanitaire plutôt rassurante. Après les inquiétudes suscitées notamment par l’influenza aviaire la saison passée, aucune pathologie majeure ni alerte sanitaire particulière n’est actuellement signalée dans le département. Mais la principale nouveauté concerne cette année la sécurité et le partage de la nature.
Les battues apparaissent sur le téléphone
La Fédération départementale des chasseurs mise en effet sur le numérique pour mieux informer les autres utilisateurs des espaces naturels. L’application Chassé&Croisé permet aux sociétés de chasse de renseigner et d’activer les secteurs sur lesquels une action de chasse est organisée. Les utilisateurs peuvent ainsi connaître les zones concernées et, lorsque cela est possible, adapter leur parcours. Le fonctionnement ne se limite pas à l’affichage d’une carte. L’application peut prévenir un utilisateur lorsqu’il approche d’une zone de chasse déclarée. Des alertes successives sont prévues à proximité du secteur et les chasseurs peuvent également être avertis de la présence d’un autre usager à proximité immédiate ou à l’intérieur de la zone concernée. L’objectif n’est évidemment pas d’interdire la forêt aux promeneurs lorsque des chasseurs y sont présents, mais de donner à chacun une information supplémentaire permettant d’anticiper une rencontre et de faciliter la cohabitation.
Une application née en Dordogne
Chassé&Croisé n’est d’ailleurs pas née dans un bureau parisien. L’application a été imaginée par Michaël Albié, chasseur périgourdin, avec l’idée de créer un lien entre les différents utilisateurs de la nature. Les sociétés de chasse peuvent cartographier leurs territoires et leurs différentes zones tandis que les promeneurs disposent gratuitement des informations destinées au grand public. L’outil a depuis considérablement évolué. Il permet notamment de programmer les zones chassées, d’envoyer différentes alertes aux utilisateurs et de faire apparaître des chemins permettant de contourner, lorsque la configuration du terrain le permet, une chasse en cours. Le Gers fait partie des départements qui se sont engagés dans son utilisation. La Fédération départementale des chasseurs du Gers indiquait déjà que 47 sociétés de chasse l’avaient adopté, avant de renouveler son soutien au dispositif.
L’Isère avait ouvert la voie dès 2019
Le Jura est cependant loin d’être le premier département à utiliser le numérique pour informer les promeneurs des battues. L’Isère a joué un rôle précurseur dès 2019 avec Land Share, développé en partenariat avec la Fédération départementale des chasseurs, le Département et différents représentants des activités de pleine nature. Le principe était déjà très proche : les responsables de chasse activaient leur secteur et celui-ci apparaissait en temps réel sur l’application destinée au grand public. Land Share s’est ensuite étendu au-delà de l’Isère. La Fédération iséroise indiquait notamment son déploiement en Savoie, dans la Drôme, le Rhône et le Bas-Rhin. Aujourd’hui, l’Isère utilise ChasseInfo, développé par Géoxys et directement alimenté par les informations issues de Géochasse. La Fédération départementale annonce plus de 10 000 téléchargements et 224 communes couvertes, avec une durée moyenne des battues déclarées de 2 h 40.
Chasseco en Haute-Savoie
La Haute-Savoie dispose pour sa part de Chasseco depuis 2016. Là encore, l’application est destinée aux différents utilisateurs de la nature. À partir d’une commune, d’une date ou de sa position GPS, chacun peut consulter les secteurs concernés et notamment identifier les zones non chassées. La Fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie revendique plus de 5 000 téléchargements et 30 000 connexions à cet outil. ChasseInfo propose désormais un principe similaire à une échelle plus large : selon le niveau de participation des départements, l’utilisateur peut consulter les périodes de chasse, les territoires concernés et, dans les secteurs les mieux équipés, les chasses collectives en temps réel.
Melckone dans les Yvelines et les forêts domaniales
En Île-de-France, un autre nom s’est imposé : Melckone. Le Département des Yvelines s’est associé à la société PICTS pour permettre au public de visualiser les zones de chasse situées dans un rayon de dix kilomètres et d’être averti lorsqu’une action de chasse se déroule à proximité. Le dispositif a également été expérimenté et utilisé par l’Office national des forêts. Melckone a notamment été déployé dans plusieurs grandes forêts très fréquentées d’Île-de-France, dont Fontainebleau et Sénart, mais aussi en Normandie, dans la forêt de Roumare.
Le numérique en complément des panneaux
Toutes ces applications ont toutefois un point commun : elles constituent une information supplémentaire et ne remplacent ni la signalisation réglementaire installée sur le terrain, ni la vigilance des différents utilisateurs. ChasseInfo le précise d’ailleurs explicitement : l’absence de battue affichée sur une carte ne signifie pas qu’aucun chasseur ne se trouve dans le secteur. Les chasses individuelles à l’approche ou à l’affût, par exemple, ne sont pas nécessairement représentées. Reste que ces différents dispositifs montrent une évolution importante. Depuis plusieurs années, les Fédérations départementales des chasseurs et les sociétés de chasse multiplient les initiatives pour informer en temps réel les promeneurs, randonneurs, vététistes ou cavaliers. Dans le Jura comme ailleurs, le téléphone portable devient ainsi un outil supplémentaire pour mieux partager la nature, anticiper les rencontres et rappeler qu’activité cynégétique et autres loisirs de plein air ne sont pas condamnés à s’opposer.












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