Réautorisée dans une trentaine de départements pour certaines chasses collectives au sanglier, la chevrotine continue de diviser le monde cynégétique. Entre partisans et opposants, les débats sont souvent nourris par des convictions plus que par des données objectives. Le bilan 2025-2026 de l’Office français de la biodiversité apporte justement les premiers chiffres disponibles depuis son retour. Des statistiques encore limitées, qui invitent à la prudence dans les conclusions comme dans les pratiques.
Une réintroduction très encadrée
Depuis deux saisons, l’utilisation de la chevrotine est de nouveau autorisée pour le tir du sanglier lors de chasses collectives dans 30 départements français. Cette réintroduction ne s’est toutefois pas faite sans conditions. Dans la majorité des départements concernés, son usage est strictement encadré par des restrictions définies localement : distances de tir, types de territoires ou encore modalités particulières d’utilisation. Pour autant, le sujet reste sensible. Les opposants dénoncent un risque accru pour la sécurité, tandis que ses défenseurs rappellent qu’elle est utilisée depuis longtemps dans plusieurs pays européens et qu’elle peut présenter un intérêt dans certaines situations.
Les premiers chiffres disponibles
L’OFB souligne d’abord une limite importante : il ne dispose pas encore de données sur le taux réel d’utilisation de la chevrotine. Impossible donc de savoir quelle proportion des chasseurs concernés choisit effectivement cette munition. En revanche, les accidents recensés depuis sa réintroduction peuvent déjà être analysés. Sur les deux dernières saisons, hors auto-accidents, 25 accidents sont survenus lors de tirs de sangliers réalisés avec un fusil à canon lisse, contre 21 accidents impliquant des armes à canon rayé. Ces chiffres permettent de dresser un premier état des lieux, mais ils ne suffisent pas à établir une comparaison précise entre les deux types d’armes, faute de connaître leur fréquence réelle d’utilisation sur le terrain.
Cinq accidents impliquent la chevrotine
Parmi les 25 accidents recensés avec un fusil à canon lisse, 5 concernent des tirs à la chevrotine, soit 20 % de ces accidents. L’un d’entre eux a été mortel. L’analyse de l’OFB montre également que ces cinq accidents se répartissent entre :
- 2 tirs directs ;
- 3 accidents liés à un ricochet.
Là encore, les chiffres doivent être interprétés avec prudence. Sans connaître le nombre de cartouches de chevrotine effectivement tirées pendant ces deux saisons, il est impossible d’en déduire un niveau de risque supérieur ou inférieur aux autres munitions.
Des incidents matériels également recensés
Au-delà des blessures corporelles, l’OFB recense également plusieurs incidents matériels impliquant la chevrotine.
Trois ont été enregistrés depuis son retour :
- un ricochet ayant atteint une habitation située à environ 150 mètres du lieu du tir ;
- un tir direct ayant touché un véhicule stationné ;
- un tir direct ayant atteint un chien de chasse.
Ces situations rappellent que, quelle que soit la munition utilisée, la maîtrise de son environnement reste une condition indispensable avant toute décision de tir.
Plus que la munition, le comportement reste déterminant
À la lecture du bilan, un enseignement apparaît clairement : l’OFB ne désigne pas la chevrotine comme la principale cause des accidents. Comme pour les autres armes et munitions, les accidents trouvent le plus souvent leur origine dans une erreur humaine : mauvaise appréciation de l’environnement, tir mal maîtrisé, non-respect des règles de sécurité ou ricochet insuffisamment anticipé. D’ailleurs, pour l’ensemble des accidents de chasse au grand gibier, 92 % résultent d’une faute humaine, tandis que seulement 8 % surviennent malgré le respect des règles de sécurité.
Des données qui devront être suivies dans le temps
Après seulement deux saisons d’utilisation, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur l’impact de la chevrotine en matière de sécurité. Les statistiques publiées par l’OFB constituent une première photographie, mais elles devront être complétées au fil des prochaines saisons, notamment par une meilleure connaissance du taux réel d’utilisation de cette munition dans les départements où elle est autorisée. En attendant, une certitude demeure : quelle que soit la munition employée, la sécurité repose avant tout sur le comportement du chasseur. Identification parfaite du gibier, prise en compte de l’environnement, respect des angles de tir et parfaite maîtrise de son arme restent les meilleurs moyens de prévenir les accidents. C’est d’ailleurs cette vigilance permanente qui a permis à la chasse française d’atteindre, cette saison, son plus faible nombre d’accidents mortels jamais enregistré.












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