En Bretagne, les chasseurs au cœur de la protection d’une forêt

Union forestiers et chasseurs pour la forêt départementale de Beffou (22)

Dans les Côtes-d’Armor, la forêt départementale de Beffou vient d’être labellisée site pilote pour restaurer et maintenir l’équilibre entre les populations de grand gibier et le renouvellement forestier. Une expérimentation qui place les chasseurs au premier plan, puisque leur fédération départementale a elle-même participé à la création de la méthode retenue.

Les chasseurs partenaires de la gestion de Beffou

Le 1er octobre dernier, Christian Coail, président du Conseil départemental des Côtes-d’Armor, a signé une convention technique faisant de la forêt de Beffou, située à Loguivy-Plougras, un site pilote consacré à l’équilibre entre la forêt et le grand gibier. Cette initiative réunit sept partenaires : le Département, l’Office national des forêts (ONF), le Centre national de la propriété forestière (CNPF), le syndicat Fransylva Bretagne, l’association des Amis de Beffou, la Fédération départementale des chasseurs des Côtes-d’Armor (FDC22) et l’Association départementale des chasseurs de grand gibier (ADCGG 22). Les chasseurs qui exercent leur activité sur le massif sont également associés à la démarche. Leur implication est essentielle puisque la réussite de l’expérimentation reposera notamment sur une gestion cynégétique adaptée aux réalités du terrain. L’objectif est de permettre à la forêt de se régénérer naturellement tout en maintenant des populations de grands ongulés compatibles avec ses capacités d’accueil.

Une méthode créée avec les chasseurs costarmoricains

C’est certainement l’aspect le plus remarquable de cette expérimentation : la méthode retenue, dite « Brossier-Pallu », est elle-même le fruit d’une collaboration entre forestiers et chasseurs, initiée précisément dans les Côtes-d’Armor. Elle porte le nom de ses deux concepteurs, Pierre Brossier, ingénieur forestier au CNPF, et Jacky Pallu, membre de l’Association nationale des chasseurs de grand gibier (ANCGG). Développée avec le concours de la Fédération départementale des chasseurs des Côtes-d’Armor, cette démarche propose une approche pragmatique de l’équilibre sylvo-cynégétique, fondée sur des observations mesurables et sur la concertation entre les différents gestionnaires. Elle a notamment donné naissance à un Guide pratique de l’équilibre forêt-gibier, récompensé au Game Fair 2017 par le premier prix des Honneurs de la Chasse Laurent-Perrier Groupama. Depuis, la méthode a dépassé les frontières bretonnes. Soutenue par les ministères chargés de l’Agriculture et de l’Écologie, elle est progressivement déployée dans différentes régions françaises. La labellisation de Beffou constitue donc une reconnaissance supplémentaire du travail accompli depuis plus d’une décennie par les représentants du monde cynégétique et forestier.

Observer les dégâts avant d’adapter les prélèvements

La démarche Brossier-Pallu repose sur un principe simple : avant de modifier les plans de chasse, il faut établir un diagnostic objectif de la situation. Les partenaires procèdent ainsi à des observations de terrain afin de mesurer les conséquences de la présence des ongulés sur les peuplements forestiers. L’abroutissement des jeunes pousses, l’écorçage et les frottis constituent autant d’indices permettant d’évaluer la pression exercée sur la végétation. Ces constats sont complétés par différents indicateurs de changement écologique, destinés à suivre l’évolution des populations animales et de leur environnement. Lorsque les observations mettent en évidence un déséquilibre, les prélèvements cynégétiques peuvent être ajustés en conséquence. Mais il ne s’agit pas de réduire systématiquement les effectifs de cervidés. L’ambition est de parvenir à un niveau de population permettant à la fois le renouvellement des arbres et le maintien d’une faune sauvage en bonne santé. Les chasseurs jouent ici un rôle déterminant. Leur connaissance du territoire, leurs observations régulières et leur capacité à intervenir sur les populations de grand gibier constituent des outils essentiels pour atteindre les objectifs fixés collectivement.

Rendre la forêt plus accueillante pour le gibier

L’un des intérêts de cette méthode réside également dans le fait qu’elle ne repose pas exclusivement sur les prélèvements. La gestion forestière peut elle-même contribuer à limiter les dégâts en améliorant les ressources alimentaires accessibles aux animaux. Certains aménagements sylvicoles permettent notamment de favoriser le développement d’une végétation diversifiée et de répartir davantage les ressources nourricières dans les peuplements. L’objectif est d’éviter une concentration excessive de la pression alimentaire sur les jeunes plantations et les secteurs en régénération. Ces mesures préventives doivent cependant être adaptées à la situation locale. Lorsqu’une population d’ongulés exerce une pression trop importante sur la végétation, l’amélioration des ressources alimentaires ne saurait remplacer une régulation cynégétique appropriée. C’est précisément cette complémentarité entre la chasse et la sylviculture qui fait l’intérêt de la démarche qui conduit forestiers et chasseurs à travailler sur un diagnostic commun et à rechercher ensemble les solutions les plus efficaces.

Plus de 630 hectares de patrimoine forestier

Avec plus de 630 hectares, Beffou constitue la plus grande forêt départementale des Côtes-d’Armor. Acquise par le Département en 1951, elle possède un patrimoine naturel et historique remarquable. Elle abrite notamment le Pavé, point culminant du Trégor à 322 mètres d’altitude, ainsi que l’allée couverte du Brohet, l’une des plus longues de Bretagne. Son histoire témoigne également d’importants efforts de restauration forestière. Au XIXe siècle, le massif était constitué en grande partie de taillis de faible valeur. Plusieurs générations de gestionnaires ont progressivement contribué à façonner la forêt actuelle. Les tempêtes de 1987 et de 2023 ont toutefois rappelé sa vulnérabilité face aux événements climatiques. Aujourd’hui, les périodes de sécheresse, les épisodes de chaleur et les difficultés de régénération imposent d’adapter les pratiques de gestion. Dans ce contexte, maintenir un équilibre entre la végétation et les populations animales devient une condition essentielle pour assurer l’avenir du massif.

Une reconnaissance du rôle des chasseurs

Au-delà de la seule forêt de Beffou, cette labellisation possède une portée symbolique importante. Elle illustre le rôle que peuvent jouer les fédérations de chasseurs et les associations spécialisées dans la recherche de solutions concrètes aux problèmes de gestion de la faune sauvage. Les chasseurs ne sont pas de simples exécutants chargés d’appliquer des plans de prélèvement décidés par d’autres. Dans cette démarche, ils ont participé à la conception même de la méthode, à l’élaboration des outils de diagnostic et à la construction d’une gestion concertée avec les forestiers. Le Département entend également profiter de cette expérimentation pour poursuivre la mise en œuvre de modes de chasse alternatifs, destinés notamment à améliorer la cohabitation entre les différents usagers de la forêt. Beffou aura enfin une vocation pédagogique, avec des actions d’expérimentation, d’échange et de formation pour les chasseurs, les forestiers et le public. Les enseignements recueillis pourraient ensuite bénéficier à d’autres forêts départementales. À l’heure où le rôle de la chasse dans la préservation des milieux naturels est régulièrement contesté, cette initiative apporte un exemple particulièrement parlant. Non seulement les chasseurs participent à la protection des forêts, mais ils contribuent aussi à concevoir les méthodes scientifiques et techniques permettant d’en assurer durablement l’équilibre. La forêt de Beffou démontre ainsi une réalité fondamentale : la chasse constitue un maillon essentiel de la gestion durable des espaces forestiers. Par leur connaissance du terrain, leur participation au suivi des populations animales et leur action régulatrice, les chasseurs contribuent directement à la préservation de la biodiversité et au renouvellement des peuplements. Leur implication dans cette expérimentation bretonne confirme une fois encore qu’ils sont des acteurs incontournables de la protection et de l’avenir de nos forêts.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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