Dans plusieurs communes de l’Eure, les chasseurs ont pu commencer à prélever les grands cervidés deux semaines plus tôt que prévu. Une décision prise dans un contexte de forte densité de cerfs et de biches, avec un objectif particulièrement ambitieux : ramener localement la population d’environ 780 animaux à 300. Derrière cette ouverture anticipée, ce sont surtout les dégâts forestiers et agricoles qui inquiètent.
Des dates différentes selon les espèces
Dans l’Eure, la saison du grand gibier s’organise depuis plusieurs mois selon les espèces et les modes de chasse. Le chevreuil pouvait déjà être chassé à l’approche ou à l’affût à partir du 8 juin sous certaines conditions, tandis que le sanglier était ouvert en battue, à l’affût ou à l’approche depuis le 15 août. L’ouverture générale départementale était pour sa part fixée au 27 septembre à 9 heures. Pour le cerf élaphe, l’arrêté initial prévoyait une chasse à l’approche ou à l’affût possible dès le 1er septembre sur autorisation, mais la période générale devait débuter le 11 octobre. Un arrêté modificatif pris le 22 septembre a finalement permis d’avancer de deux semaines les prélèvements de grands cervidés sur quatre communes, dont Romilly-la-Puthenaye. C’est dans ce cadre que les chasseurs locaux étaient sur le terrain dimanche 27 septembre.
De 780 cervidés à 300
Et la raison de cette anticipation est assez facile à comprendre. Selon les chiffres présentés lors d’un reportage de France 3 Normandie, la population locale de grands cervidés aurait atteint environ 780 animaux, alors que l’objectif serait désormais de revenir autour de 300. Cela représente une diminution considérable. À Romilly-la-Puthenaye, David Mouge, administrateur de la Fédération départementale des chasseurs de l’Eure, participait dimanche 27 septembre à une chasse organisée sur environ 25 hectares. Le plan de chasse de la matinée prévoyait notamment deux cervidés : un cerf de moins de dix cors et un faon. Le résultat n’a toutefois pas été celui espéré puisque les chasseurs n’ont prélevé aucun cervidé ce matin-là, même si un sanglier a été tiré. D’autres équipes voisines avaient en revanche réussi à réaliser des prélèvements.
Les jeunes chênes sous pression
La question dépasse très largement le simple nombre d’animaux observés. Une densité trop élevée de cerfs et de biches peut considérablement compliquer la régénération forestière. David Mouge montrait notamment de jeunes chênes issus de régénération naturelle. Lorsque la pression des cervidés devient trop importante, les jeunes pousses sont régulièrement abrouties avant d’avoir le temps de se développer. C’est tout le renouvellement du peuplement forestier qui peut alors être affecté. Le phénomène est particulièrement problématique dans les secteurs où l’on cherche justement à favoriser une régénération naturelle plutôt que des plantations artificielles protégées individuellement. Les dégâts peuvent également prendre la forme d’écorçages ou de frottis sur les jeunes arbres.
Les cultures également touchées
Les agriculteurs connaissent eux aussi les conséquences d’une forte densité de cervidés. Un exploitant interrogé par nos confrères de France 3 indique notamment avoir retrouvé du maïs couché après le passage d’un cerf. Les cervidés peuvent venir consommer directement les cultures, mais aussi les piétiner lorsqu’ils traversent ou stationnent dans les parcelles. Dans des secteurs où cerfs, biches et sangliers sont présents en nombre, les dégâts forestiers et agricoles peuvent donc se cumuler.
La sécheresse complique encore la situation
Cette année, un autre élément est venu renforcer les difficultés : la sécheresse. L’Eure a connu durant l’été plusieurs épisodes de restrictions d’eau, avec des secteurs placés en alerte renforcée voire en crise. Romilly-la-Puthenaye faisait notamment partie du secteur Risle amont, placé en alerte renforcée au mois d’août avant une amélioration début septembre. Lorsque la végétation forestière se raréfie et que les sols s’assèchent, les animaux recherchent naturellement les secteurs où ils trouvent encore humidité et nourriture. Les cultures agricoles deviennent alors particulièrement attractives. D’après des retours locaux, les cervidés seraient davantage sortis des massifs forestiers cet été pour rechercher végétation fraîche et humidité. Lorsque la ressource alimentaire disponible dans le massif diminue, les animaux se déplacent davantage vers les cultures environnantes.
L’équilibre forêt-gibier au centre du problème
L’objectif annoncé de passer de 780 à 300 cervidés peut paraître spectaculaire. Il montre surtout à quel point la notion d’équilibre agro-sylvo-cynégétique devient concrète lorsque la densité animale dépasse ce que le milieu peut supporter sans dégâts importants. Un massif forestier peut héberger des cerfs. Toute la question consiste à déterminer combien il peut en accueillir sans compromettre durablement sa capacité à renouveler ses peuplements. Lorsque les jeunes arbres sont systématiquement consommés et que les animaux reportent en parallèle leur alimentation sur les cultures voisines, la régulation cesse d’être uniquement une question de chasse. Elle devient une nécessité de gestion.
Les chasseurs ont jusqu’au 28 février
La saison est évidemment encore longue. La chasse du cerf pourra se poursuivre jusqu’au 28 février 2027, dans le respect des plans de chasse attribués. À Romilly-la-Puthenaye, la première journée n’aura donc pas permis de réaliser les deux cervidés prévus. Mais lorsque l’objectif est de faire passer une population estimée à près de 800 animaux à environ 300, chaque journée de chasse va compter. Et cette ouverture anticipée montre surtout que, dans certains secteurs de l’Eure, la priorité est désormais de réussir effectivement les plans de chasse nécessaires pour retrouver un équilibre acceptable entre la forêt, les cultures et les populations de cervidés.











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