Passionnée de chiens courants et de chasse au sanglier, Claire-Lise a découvert la chasse à l’adolescence, avant de construire, pas à pas, sa propre meute. Dix ans plus tard, elle porte un regard lucide sur l’évolution des pratiques cynégétiques, la place des femmes et la perte de certaines valeurs. Rencontre avec une chasseresse déterminée, attachée avant tout au travail du chien.

BSL : Quand et comment est née ta passion pour la chasse ?
CL : Ma passion est née il y a douze ans, alors que j’avais seize ans. J’étais en stage agricole chez des éleveurs de brebis qui étaient également chasseurs. Un jour, ils m’ont proposé de les accompagner pour voir leurs chiens travailler dans un parc à sanglier. J’ai immédiatement accroché à cette ambiance particulière, au fait de suivre les chiens derrière cette « bête noire ».
À partir de ce moment-là, la passion ne m’a plus quittée. À dix-huit ans, j’ai pris mes premiers chiens courants, et depuis, je n’ai jamais arrêté.
BSL : À quel âge as-tu passé ton permis de chasse ?
CL : Je viens d’une famille opposée à la chasse. J’ai donc dû attendre mes dix-huit ans pour passer le permis de chasser, il y a maintenant un peu plus de dix ans. C’était une étape importante pour moi, presque un passage obligé pour vivre pleinement cette passion.

BSL : Te souviens-tu de ta première chasse avec une arme, et de ton premier gibier prélevé ?
CL : Oui, très bien. C’était dans le département de l’Aude, lors d’une partie de chasse où j’étais postée. Je chassais avec une carabine en calibre .270 WSM, en version semi-automatique, adaptée à la traque.
Un joli sanglier a été mené par les chiens et il s’est présenté à mon poste. J’ai eu la chance de pouvoir le prélever. C’est un souvenir très marquant, qui reste gravé.

BSL : Quel accueil as-tu reçu à la chasse en tant que femme ?
CL : Les expériences ont été très contrastées. Cela fait maintenant dix ans que j’ai ma propre meute de chiens courants sur sanglier. Dans certaines équipes, je n’ai rencontré aucune différence de traitement, au contraire : j’ai souvent reçu des encouragements et des félicitations pour ma détermination et mon engagement.
Dans d’autres équipes, en revanche, cela a parfois été plus compliqué. Une femme avec sa propre meute, ça ne plaît pas à tout le monde. Cela peut créer des jalousies, notamment lorsque mes chiens permettaient de faire des prélèvements à la place de ceux d’autres piqueurs. J’ai même été exclue d’une équipe pour cette raison.
Aujourd’hui, je m’adapte, je fais le tri, et surtout, je ne me laisse pas décourager.
En tant que juge AFACC, il arrive aussi que ce soit délicat, mais pour moi, chacun a sa place au sein de la chasse.

BSL : Quel type de chasse te passionne le plus, et pourquoi ?
CL : Le sanglier m’a toujours passionnée plus que tout autre gibier. Mais au-delà de l’animal, ce qui me fascine réellement, c’est le travail du chien courant.
Faire le pied le matin, en libre, avec un ou deux chiens. Marcher, accumuler les kilomètres pour trouver des traces de sanglier. Poser les chiens sur la quête, attendre le lancer. Quand cela fonctionne, c’est une sensation extraordinaire.
Le prélèvement du sanglier devient alors une véritable récompense pour les chiens. Cette passion est tellement ancrée que je me suis fait tatouer une tête de sanglier accompagnée d’un de mes chiens sur l’avant-bras.
BSL : Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la chasse en France ?
CL : Après avoir chassé pendant une dizaine d’années dans plusieurs départements – l’Aude, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, la Haute-Savoie ou encore la Dordogne – mon constat est assez clair : la passion du chien courant laisse trop souvent place à une forme de compétition.
La véritable passion que nos anciens nous ont transmise s’est, selon moi, en partie perdue. Cela me déçoit profondément. Je me bats pour préserver ces valeurs, car sans nos chiens, personne ne chasse. Et beaucoup semblent l’avoir oublié. Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet.

BSL : Quel est ton plus grand rêve cynégétique ?
CL : Je n’ai pas de rêve exceptionnel ou spectaculaire. Mon souhait est simplement de continuer à vivre de belles parties de chasse avec mon conjoint et nos collègues, ici dans le département du Lot. Et surtout, pouvoir assurer la relève de nos vieux chiens, transmettre leur travail et leur expérience sur ce territoire magnifique.












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