Sangliers : une étude du CNRS bouscule les idées reçues

Compagnie de sangliers (

Alors que les dégâts causés par les sangliers dans les jardins, les cultures et parfois même au cœur des zones urbaines alimentent régulièrement les débats, les chasseurs sont souvent accusés d’avoir favorisé la prolifération de l’espèce. Pourtant, les travaux scientifiques les plus récents invitent à regarder ailleurs. Selon une étude relayée par le CNRS, le réchauffement climatique et l’abondance alimentaire naturelle jouent aujourd’hui un rôle majeur dans la dynamique des populations de sangliers.

Des sangliers de plus en plus présents près des habitations

Comme le relatait récemment nos confrères de France 3 Nouvelle Aquitaine, à Ussac, près de Brive, un retraité voit son terrain régulièrement retourné par les sangliers. Comme dans de nombreux secteurs ruraux ou périurbains de France, les animaux profitent de zones où ils trouvent à la fois nourriture, tranquillité et abris. Le phénomène n’est pas isolé. En Corrèze, les secteurs proches de Brive mais également les environs de Tulle connaissent depuis plusieurs années une présence croissante de sangliers. Une situation qui suscite l’incompréhension de nombreux habitants, parfois convaincus que les chasseurs ne parviennent plus à contenir les effectifs. Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire. Rien qu’en Corrèze, plus de 8 000 sangliers ont été prélevés l’an dernier, un record absolu pour la fédération départementale (FDC 19).

Le réchauffement climatique favorise la reproduction

Pour David Murat, directeur de la Fédération départementale des chasseurs de la Corrèze, le changement climatique constitue aujourd’hui l’un des principaux moteurs de cette progression. Les années riches en glands, châtaignes ou faînes offrent aux laies des conditions idéales pour se reproduire. Plus la nourriture est abondante, plus les portées sont importantes. À cela s’ajoutent des hivers devenus nettement moins rigoureux. Autrefois, le gel et la neige limitaient naturellement les effectifs en compliquant l’accès à la nourriture et en augmentant la mortalité des jeunes animaux. Désormais, les longues périodes de froid deviennent plus rares dans de nombreuses régions françaises, améliorant considérablement les chances de survie des marcassins.

Le CNRS confirme le rôle des conditions climatiques

Les observations des fédérations de chasseurs trouvent aujourd’hui un écho dans les travaux scientifiques. Dans une étude publiée en 2023 dans la revue The American Naturalist, une équipe dirigée par la chercheuse du CNRS Marlène Gamelon s’est intéressée aux conséquences des cycles de production des glands sur les populations de sangliers. Les chercheurs ont montré qu’une alternance régulière d’années de forte et de faible fructification des chênes favorise la croissance des effectifs. Or, les scientifiques soulignent que le réchauffement climatique pourrait justement accentuer ce type de phénomène, avec des printemps plus chauds et plus secs favorisant certaines productions de glands à l’automne. L’étude conclut que l’enchaînement des conditions environnementales influence directement l’évolution des populations sauvages et doit être pris en compte pour comprendre leur dynamique.

Une réalité observée bien au-delà du monde de la chasse

Cette analyse scientifique rappelle une évidence souvent volontairement occultée par nos opposants dans le débat public : l’augmentation des populations de sangliers n’est pas un phénomène limité à quelques territoires français ni à certaines pratiques cynégétiques. Partout en Europe, y compris dans des pays où les modes de gestion de la faune diffèrent fortement, les effectifs progressent depuis plusieurs décennies. Les chercheurs évoquent plusieurs facteurs complémentaires : abondance alimentaire, évolution des paysages agricoles, déprise rurale et désormais effets du changement climatique. Dans ce contexte, attribuer la prolifération actuelle des sangliers aux chasseurs (agrainage massif, croisement avec des porcs domestiques, lâchers de sangliers provenant d’élevages) apparaît désormais comme une vue de l’esprit, mue par un biais idéologique issu de la pensée anti-chasse la plus primaire. Les travaux du CNRS confirment au contraire que les mécanismes naturels liés au climat et à la disponibilité alimentaire jouent aujourd’hui un rôle déterminant, sinon essentiel, dans l’expansion de l’espèce.

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