Landes : près de 20 000 sangliers prélevés, mais les dégâts continuent

Sangliers

Présent désormais dans l’ensemble des Landes, le sanglier investit les cultures, les jardins et même les espaces urbains. Malgré près de 20 000 animaux prélevés chaque saison, depuis plusieurs années, les chasseurs doivent encore intensifier leurs efforts pour contenir une espèce particulièrement prolifique et adaptable.

Le sus scrofa colonise tout le département !

Le sanglier n’épargne désormais plus aucun secteur des Landes. Autrefois rare dans certaines parties du sud du département, l’animal a progressivement colonisé les massifs forestiers, les zones agricoles, puis les abords des villes et des villages. « C’est un animal qui a colonisé tout le département », constate Jean-Luc Dufau, président de la Fédération départementale des chasseurs des Landes. Faute de méthode permettant de compter précisément les animaux présents, les chasseurs s’appuient notamment sur l’évolution des prélèvements, des dégâts et des signalements pour mesurer la progression de l’espèce.

Une espèce favorisée par les hivers plus doux

Pour Jean-Luc Dufau, les conditions climatiques jouent un rôle important dans cette dynamique. Les périodes de froid intense, autrefois susceptibles d’affaiblir les animaux et d’accroître la mortalité des jeunes, deviennent plus rares. Il serait toutefois inexact d’affirmer que le sanglier ne se reproduisait auparavant qu’au printemps. Sa reproduction dépend notamment de l’état physique des femelles et de la nourriture disponible. Les hivers doux favorisent surtout la survie des marcassins, tandis que l’abondance des glands et d’autres ressources peut permettre à des femelles plus jeunes de participer à la reproduction. Le changement climatique réduit ainsi certains freins naturels à la progression de l’espèce. En l’absence de prédateurs capables d’exercer une pression significative sur les populations landaises, les chasseurs restent les principaux acteurs de cette régulation.

Les zones non chassées deviennent des refuges

Le sanglier possède également une remarquable capacité d’adaptation. Animal omnivore et opportuniste, il apprend rapidement à profiter des espaces dans lesquels il est peu dérangé. Les abords des routes très fréquentées, les friches, les réserves, les propriétés fermées et certaines zones périurbaines peuvent ainsi devenir de véritables refuges. Le sanglier y trouve de la tranquillité, mais aussi de la nourriture dans les jardins, les espaces verts ou les déchets accessibles. L’Office français de la biodiversité reconnaît que des incursions peuvent se produire en milieu périurbain. Les territoires peu ou pas chassés constituent d’ailleurs une difficulté croissante pour les gestionnaires, car ils peuvent concentrer des animaux qui ressortent ensuite pour se nourrir dans les cultures voisines.

Golfs, stades et ronds-points désormais touchés

Cette expansion ne se traduit plus seulement par des dégâts dans les champs. La Fédération départementale des chasseurs reçoit également des signalements concernant des jardins de particuliers, des golfs, des terrains de sport, des pelouses publiques et même des ronds-points retournés pendant la nuit. Selon Jean-Luc Dufau, environ une centaine d’hectares auraient été détruits au moment des semis cette année. Ces dommages s’ajoutent aux pertes constatées plus tard dans les maïs, les céréales et les prairies. Pour la saison 2024-2025, la FDC 40 a comptabilisé près de 487 000 euros de dégâts agricoles. Malgré la pression exercée par les chasseurs, la facture reste donc lourde pour une fédération qui doit financer la prévention, les estimations et l’indemnisation des exploitants concernés.

Les Landes dans le groupe de tête national

Au cours de cette même saison 2024-2025, 18 889 sangliers ont été prélevés dans les Landes. Un tableau considérable, qui place le département parmi les dix plus importants de France pour cette espèce. À l’échelle nationale, 881 372 sangliers ont été prélevés durant la saison, soit un nouveau record et une hausse de 2,1 % en un an. Les tableaux français ont doublé en vingt ans, démontrant que l’augmentation de la pression de chasse ne suffit pas toujours à enrayer la dynamique de l’espèce. Dans les Landes, aucun quota ne vient limiter le nombre de sangliers pouvant être tirés. « C’est open bar », résume le président de la FDC 40, une formule qui traduit surtout la consigne donnée aux chasseurs : chaque occasion de prélèvement doit être exploitée.

Un département pionnier pour la chevrotine

Les Landes disposent également d’un outil particulier pour chasser dans leur immense massif de pins : la chevrotine. Elle avait été autorisée à titre exceptionnel dès la saison 2009-2010 dans les secteurs ravagés par les chablis, où la végétation couchée et particulièrement dense compliquait les tirs à balle. Une expérimentation plus large a ensuite été lancée en novembre 2016 pour les battues collectives au sanglier. Elle a été prolongée en 2018 puis en 2022. Un arrêté ministériel du 7 juin 2024 autorise aujourd’hui son utilisation dans une trentaine de départements, dont les Landes, pour les saisons 2024-2025, 2025-2026 et 2026-2027. Ses conditions d’emploi sont fixées par le Schéma départemental de gestion cynégétique et concernent uniquement les battues collectives au sanglier. Cette longue expérimentation fait des chasseurs landais des pionniers du retour encadré de la chevrotine en France continentale.

Tous les moyens de régulation mobilisés

Battues, tirs à l’affût ou à l’approche, opérations administratives et piégeage autorisé sont désormais employés selon les territoires et les situations. La chasse du sanglier peut être pratiquée dès le 1er juin dans le département, sous réserve de respecter les formalités prévues pendant la période d’ouverture anticipée. Mais cette mobilisation repose en grande partie sur des chasseurs bénévoles dont le nombre diminue. La FDC 40 comptait 16 906 validations départementales pour la campagne 2024-2025, soit 2 % de moins que la saison précédente. Il leur est pourtant demandé de multiplier les interventions pour protéger les cultures, sécuriser les espaces urbains et compenser l’absence de régulation naturelle. Avec près de 19 000 animaux prélevés sans que les signalements disparaissent, la situation landaise rappelle une évidence : sans l’engagement quotidien des chasseurs, la prolifération du sanglier et les dégâts qui l’accompagnent atteindraient rapidement des niveaux bien plus difficiles encore à supporter.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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