Née de la passion d’un couple de chasseurs, Pro Caccia s’est imposée en quelques années comme l’une des armureries les plus dynamiques de Corse. Fondée par Léa Anziani et Petru Santucci, l’entreprise familiale a d’abord fait ses armes dans l’équipement des chiens de chasse avant de devenir une référence nationale autour des carabines Blaser et des optiques Swarovski. Pour So Chasse, Petru et Léa reviennent sur cette aventure entrepreneuriale guidée par une seule idée : proposer aux chasseurs un accompagnement personnalisé, fondé sur l’expérience du terrain, la passion et la confiance.
So Chasse : Petru, comment est née l’aventure Pro Caccia ?
PS : Au départ, Pro Caccia n’était pas une armurerie. Nous avons commencé en 2022 avec des accessoires destinés aux chiens de chasse. Notre première grande aventure a débuté avec les gilets de protection FP.Concepts, une marque qui nous a fait confiance dès nos débuts et avec laquelle nous avons construit une véritable relation de partenariat. Nous fabriquions également des colliers gravés et développions différents équipements canins. Petit à petit, les chasseurs nous demandaient de plus en plus de conseils sur les armes, les optiques, les réglages ou encore les munitions. Ils nous poussaient constamment à aller plus loin. Comme je suis passionné par les armes depuis toujours, cette évolution s’est faite très naturellement. Nous vendions déjà des crosses carbone, nous accompagnions des clients dans leurs projets et, au final, nous réalisions de plus en plus de montages de carabines. À un moment, nous avons eu envie d’être totalement autonomes. C’est là que Léa a passé le CQP d’armurier afin que nous puissions ouvrir officiellement notre armurerie. Aujourd’hui, si Pro Caccia s’est développée aussi rapidement, c’est grâce au travail que nous fournissons, mais aussi grâce à la confiance que nous accordent nos clients depuis le premier jour.

So Chasse : Léa, quel a été votre rôle dans cette aventure ?
LA : J’ai toujours dit à Petru qu’il devait travailler dans le monde de la chasse. C’est sa passion depuis toujours. La vie l’avait conduit vers un autre métier, mais après un accident, beaucoup de choses ont changé. Lorsqu’une première opportunité s’est présentée dans le domaine de l’équipement canin, je l’ai poussé à se lancer. Je lui ai simplement dit : « Tu n’as rien à perdre, essaie. » Au départ, je gérais toute la partie administrative, les commandes, la relation avec les fournisseurs et les réseaux sociaux. Puis, lorsque l’activité a pris de l’ampleur, j’ai profité de mon congé parental pour suivre la formation d’armurier à Compiègne. Cette formation est principalement axée sur la réglementation, indispensable pour exercer notre métier. Aujourd’hui encore, nous sommes uniquement tous les deux à faire tourner Pro Caccia. Petru est au contact permanent des clients tandis que je gère toute la partie administrative, le site internet et la communication.

So Chasse : Votre armurerie est installée à Castellare-di-Casinca dans un petit village de Haute-Corse, sous votre maison. C’était un pari ?
PS : Complètement. Beaucoup nous disaient qu’une armurerie devait être implantée dans une grande ville ou en bord de route. Nous avons fait un autre choix. Nous sommes à seulement quelques minutes de la route nationale, mais dans un environnement calme où les clients viennent volontairement. Au départ, nous avions un espace beaucoup plus petit. Puis nous avons agrandi une première fois, puis une deuxième, et cette année encore nous poursuivons les aménagements avec de nouveaux espaces et bientôt un parking dédié. Finalement, ce choix nous correspond parfaitement. Les personnes qui viennent chez nous ne passent pas par hasard. Elles viennent parce qu’elles recherchent un conseil, un projet ou une expertise. Nous pouvons prendre plusieurs heures avec un client sans être dérangés, parfois uniquement sur rendez-vous. Cette disponibilité fait aujourd’hui partie de notre identité.
So Chasse : Justement, qu’est-ce qui différencie selon vous Pro Caccia d’une armurerie plus traditionnelle ?
PS : Nous sommes avant tout des chasseurs de terrain. Nous ne cherchons pas à vendre un produit à tout prix. Notre premier objectif est de comprendre la pratique du client. Dans certaines enseignes, la première question que l’on pose est souvent : « Quel est votre budget ? » Chez nous, ce n’est pas comme cela que nous travaillons. Nous voulons d’abord savoir où le client chasse, quelles sont ses habitudes, quelles distances il tire, quels sont ses projets. Il m’arrive de passer deux heures au téléphone avec quelqu’un sans rien vendre. Trois mois plus tard, cette personne revient parce qu’elle a apprécié qu’on ait pris le temps de l’écouter.

Nous préférons également reconnaître lorsqu’un domaine n’est pas notre spécialité. Par exemple, je pratique peu la chasse au petit gibier au fusil. Si un client me pose une question très technique sur certains chargements de cartouches et que je ne maîtrise pas parfaitement le sujet, je préfère le lui dire plutôt que d’inventer une réponse pour conclure une vente. Cette honnêteté fait partie de notre façon de travailler.
So Chasse : Vous êtes aujourd’hui devenus le premier vendeur de Blaser en France. Comment expliquez-vous cette réussite ?
PS : Tout simplement parce que je suis passionné par cette marque. J’apprécie sa modularité, sa précision, sa fiabilité et tout ce qu’elle permet aux chasseurs de faire évoluer leur arme au fil des années. Nous avons fait le choix de nous spécialiser plutôt que de vouloir représenter toutes les marques de la même manière. Nous consacrons énormément de temps à Blaser, aussi bien en termes de stock que de formation ou de service après-vente. Aujourd’hui, lorsqu’un client rencontre un problème sur une Blaser, même si l’arme n’a pas été achetée chez nous, nous faisons le maximum pour lui apporter une solution rapidement. Cette réactivité est très appréciée. Nous avons également eu la chance d’être accompagnés par des personnes qui nous ont fait confiance dès nos débuts, aussi bien chez Blaser que chez Swarovski. Sans cette confiance mutuelle, nous ne serions probablement pas là où nous sommes aujourd’hui. C’est aussi cette relation de long terme qui nous permet de continuer à développer des projets ambitieux autour de ces marques. Nous développons également les vêtements MARKHOR. Nous avons eu l’honneur d’en être le revendeur exclusif en Corse grâce à la confiance d’Anthony Ovini et de Guillaume Ruel. C’est une marque qui correspond parfaitement à notre vision d’un équipement technique destiné aux chasseurs exigeants.

So Chasse : Vous êtes très présents sur les réseaux sociaux et vous participez à de nombreux salons. Est-ce une étape importante dans votre développement ?
PS : Les réseaux sociaux nous permettent surtout de montrer qui nous sommes réellement. Beaucoup de personnes découvrent Pro Caccia grâce à Internet, mais si elles se déplacent jusqu’à notre armurerie, il faut que la réalité corresponde à ce qu’elles ont vu en ligne. Quand un client arrive chez nous, il découvre un véritable stock, des vitrines remplies, des armes, des optiques, mais surtout des personnes qui prennent le temps de l’écouter. Les réseaux sociaux ne servent à rien si derrière il n’y a pas un vrai service.

Nous participons également à plusieurs salons, en Corse comme sur le continent, notamment au Game Fair et au Salon de Mantes-la-Jolie. Cela nous permet de rencontrer des chasseurs de toute la France. Certains viennent ensuite passer leurs vacances en Corse et profitent de leur séjour pour venir nous rendre visite. C’est une immense satisfaction de voir que des personnes rencontrées sur un salon ou sur Internet deviennent ensuite des clients fidèles.
So Chasse : Vous semblez attacher beaucoup d’importance à la relation humaine avec vos clients.
PS : C’est probablement ce qui nous définit le mieux. Nous ne voulons pas simplement vendre une arme. Nous voulons accompagner un projet. Chez nous, lorsqu’un client achète une carabine, il repart avec un matériel parfaitement adapté à sa pratique, réglé, expliqué dans les moindres détails et avec la certitude de pouvoir nous appeler à tout moment s’il a la moindre question. Nous voulons connaître nos clients, comprendre leur façon de chasser et suivre leurs évolutions. Beaucoup deviennent des amis. Cette proximité, on ne peut pas la créer dans une grande surface où tout doit aller vite. Notre métier ne consiste pas uniquement à vendre du matériel, mais aussi à transmettre notre expérience de chasseurs.

So Chasse : Vous allez même encore plus loin avec un concept original destiné aux chasseurs venant du continent…
PS : Oui, nous avons voulu créer quelque chose qui ne ressemble à aucune autre armurerie. À partir d’un certain niveau de projet, nous proposons à nos clients de venir passer un week-end complet avec nous en Corse. Le samedi est entièrement consacré à leur future carabine. Nous travaillons ensemble sur le choix de chaque élément : l’arme, la crosse, l’optique, les accessoires… Si tout est disponible, nous nous rendons ensuite au stand afin d’effectuer les premiers tirs et de régler l’ensemble. Mais nous voulons aussi leur faire découvrir notre île.

Le midi, nous partageons un véritable spuntinu corse avec de la charcuterie, des fromages et des spécialités locales. Le soir, nous dînons ensemble afin d’apprendre à mieux nous connaître. Le lendemain matin, je les emmène dans mes montagnes. Nous partons observer les sangliers, découvrir les paysages et marcher dans le maquis. Si la chasse est ouverte et que les conditions le permettent, ils peuvent être invités à partager une journée avec nous. Il ne s’agit jamais d’une chasse vendue, mais bien d’une invitation, dans le respect de la réglementation corse. Nous voulons que les gens repartent avec bien plus qu’une arme. Nous voulons qu’ils repartent avec un souvenir de la Corse et avec une véritable relation humaine.

So Chasse : Vous êtes vous-même un chasseur très actif. En quoi cette expérience influence-t-elle votre métier d’armurier ?
PS : Elle change tout. Je teste énormément de matériel dans mes propres conditions de chasse. Je règle les armes, j’essaie différentes munitions, différents montages et différentes optiques. Cela me permet ensuite de conseiller les clients avec des arguments concrets. Quand je recommande une munition ou une configuration, ce n’est pas parce que je l’ai lue dans un catalogue. C’est parce que je l’ai utilisée sur le terrain. Je chasse principalement le sanglier dans la région de la Castagniccia avec une petite équipe et des chiens de ferme. Nous privilégions une chasse très mobile où nous suivons les chiens en permanence. Je pratique également beaucoup la chasse à longue distance, ce qui m’amène à tester en permanence différentes configurations d’armes, d’optiques, de montages et de munitions. Cette double expérience, entre battue et tir à longue distance, me permet d’apporter des conseils très précis aux chasseurs qui nous font confiance.

So Chasse : Vous accueillez également de nombreux jeunes chasseurs. Quel est votre rôle auprès d’eux ?
PS : Nous essayons avant tout de les accompagner intelligemment. Beaucoup arrivent avec un budget limité. Notre objectif n’est pas de leur vendre ce qu’il y a de plus cher, mais de leur proposer un matériel évolutif qui pourra les accompagner pendant de nombreuses années. Nous leur expliquons les différentes possibilités, nous leur faisons manipuler les armes, essayer les optiques et observer en extérieur puisque notre armurerie s’y prête parfaitement. Nous prenons également le temps d’expliquer comment une arme peut évoluer au fil du temps. Une carabine modulaire permet, par exemple, de changer de canon ou de configuration sans devoir remplacer l’ensemble quelques années plus tard. Nous voulons qu’ils réalisent un investissement durable plutôt qu’un achat qu’ils pourraient regretter.

So Chasse : Depuis quelques années, constatez-vous une évolution des habitudes des chasseurs corses en matière d’armes ?
PS : Oui, il y a une véritable évolution. Quand j’ai commencé à chasser, la majorité des chasseurs utilisaient encore des fusils chargés à la chevrotine. Aujourd’hui, les jeunes générations s’orientent beaucoup plus vers les carabines à verrou linéaire. Je pense que cette évolution va encore s’accentuer. Les chasseurs recherchent davantage de polyvalence, de précision et de sécurité. Nous avons d’ailleurs fait le choix de développer une offre importante autour des carabines linéaires, ce qui n’était pas forcément courant en Corse il y a encore quelques années. Cette évolution accompagne naturellement celle des pratiques de chasse et des équipements modernes.
So Chasse : Les chasseurs corses ont-ils des attentes particulières lorsqu’ils choisissent une arme ?
PS : Bien sûr. Le territoire conditionne énormément les choix. En Corse, nous évoluons dans un maquis parfois très dense. Beaucoup de chasseurs recherchent donc des armes robustes, fiables et faciles à utiliser dans des conditions difficiles. Nous proposons par exemple beaucoup de crosses synthétiques ou polymères, parfaitement adaptées aux traques dans le maquis. Elles résistent très bien aux rayures et aux conditions parfois exigeantes de nos montagnes. Mais il ne faut pas croire que les chasseurs corses ne s’intéressent qu’au côté pratique. Beaucoup sont aussi passionnés par les belles armes. Ils apprécient les beaux bois, les gravures et les finitions haut de gamme. Certains possèdent de magnifiques carabines simplement parce qu’ils aiment les beaux objets. Au final, ce que recherchent nos clients, c’est avant tout une arme fiable, capable de les accompagner pendant de longues années.
So Chasse : Existe-t-il de grandes différences entre les chasseurs du nord et du sud de la Corse ?
PS : Pas vraiment. Ce qui change surtout, c’est le territoire. Chaque vallée, chaque massif possède ses particularités. Certains secteurs sont constitués d’un maquis très fermé, d’autres alternent châtaigneraies, chênes verts, landes ou zones plus ouvertes. Les chasseurs adaptent donc leurs chiens, leur arme et leur façon de chasser au terrain qu’ils fréquentent. La chasse au sanglier reste largement dominante sur toute l’île, mais chacun développe sa propre manière de pratiquer en fonction de son environnement et de sa passion. Ce qui est certain, c’est que la chasse fait véritablement partie de la culture corse. Ici, c’est presque un sport national.

So Chasse : Quels sont désormais les grands projets de Pro Caccia ?
PS : Nous avons énormément d’idées. Nous sommes actuellement en train de finaliser un showroom entièrement dédié à Blaser. Ce sera un véritable espace d’exposition où les chasseurs pourront découvrir toutes les possibilités de personnalisation de leurs armes, manipuler les différentes configurations et construire leur projet sur mesure. Nous poursuivons également le développement de la marque HIKMICRO, dont nous apprécions les performances, la fiabilité et les innovations constantes. L’imagerie thermique évolue très rapidement et nous souhaitons accompagner les chasseurs avec des produits que nous connaissons parfaitement et que nous utilisons nous-mêmes sur le terrain.

Nous revenons également d’Allemagne où nous avons eu la chance de travailler directement au Custom Shop Blaser. Ce séjour nous a permis de créer nos propres Blaser Customs, des carabines entièrement personnalisées, réalisées avec des matériaux et des finitions d’exception. Nous allons prochainement recevoir une trentaine de modèles uniques qui illustrent parfaitement notre volonté de proposer à nos clients des configurations exclusives, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Notre objectif reste finalement le même qu’au premier jour : proposer quelque chose que les autres ne proposent pas, tout en conservant la proximité et la disponibilité qui font aujourd’hui l’identité de Pro Caccia.
So Chasse : Si vous deviez résumer l’ADN de Pro Caccia en quelques mots, lesquels choisiriez-vous ?
PS : Je dirais d’abord la passion. Ensuite, la confiance. Nous avons construit toute notre entreprise sur la confiance de nos clients, de nos partenaires et des grandes marques avec lesquelles nous travaillons. Enfin, je parlerais de proximité. Nous voulons que chaque personne qui pousse la porte de Pro Caccia ait le sentiment d’être accompagnée comme un ami, et non comme un simple client. Nous sommes chasseurs avant d’être commerçants. Nous vivons cette passion tous les week-ends, nous testons le matériel, nous échangeons avec nos clients et nous cherchons toujours à leur proposer la solution la plus adaptée à leur pratique. Au fond, vendre une arme n’est jamais une finalité. Ce qui nous motive, c’est d’accompagner un projet, de partager notre expérience et de voir un client repartir satisfait parce qu’il sait qu’il pourra compter sur nous dans les années qui viennent. C’est cette philosophie qui nous anime depuis le premier jour et qui continuera de guider Pro Caccia dans son développement.












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