Pourquoi le contrat remporté par Verney-Carron est aussi une bonne nouvelle pour les chasseurs ?

Après avoir remporté un marché public pouvant atteindre 15 millions d’euros pour fournir jusqu’à 6 000 lanceurs de 40 mm au ministère de l’Intérieur, Verney-Carron franchit une étape majeure de sa relance industrielle. Alexandre Van Robais, président du groupe Rivolier, revient sur les coulisses de cette victoire, les conséquences pour l’usine stéphanoise, mais aussi sur l’avenir de la dernière manufacture française d’armes de petit calibre. Un entretien qui montre que ce succès dépasse largement le seul marché de la sécurité.

Un contrat stratégique pour Verney-Carron

BSL : Verney-Carron vient de remporter un marché public estimé à près de 15 millions d’euros. Que représente cette victoire pour vous ?

AR : C’est évidemment une excellente nouvelle. Il s’agit d’un marché à bons de commande. Nous connaissons son potentiel, mais les commandes seront passées progressivement par l’administration. Les premières devraient arriver prochainement. Ce contrat est destiné à équiper les forces de sécurité de l’État : la Police nationale, la Gendarmerie, les CRS ainsi que l’administration pénitentiaire.

BSL : Concrètement, de quel volume parle-t-on ?

AR : Le potentiel du marché est d’environ 6 000 lanceurs, pour un montant pouvant atteindre 15 millions d’euros sur quatre ans. Le rythme des livraisons dépendra des besoins de l’administration. La première année pourra être plus importante… ou au contraire plus progressive. Nous connaissons le volume maximal, mais pas encore le calendrier précis.

BSL : Ce marché remplace les anciens lanceurs utilisés par les forces de l’ordre ?

AR : Oui. Jusqu’à présent, les lanceurs provenaient d’un fabricant suisse. Nous avons développé un nouveau produit spécifiquement pour répondre au cahier des charges du ministère. Il répondait parfaitement aux attentes exprimées.

BSL : Qu’est-ce qui, selon vous, a fait pencher la balance en faveur de Verney-Carron ?

AR : L’administration ne communique évidemment pas sur ses critères précis. En revanche, je pense que notre légitimité historique sur le segment des armes de défense non létales a compté. Le produit répondait totalement aux exigences techniques et notre capacité industrielle, notre fiabilité et notre qualité étaient reconnues.

BSL : Cette commande va-t-elle modifier l’organisation industrielle de Verney-Carron ?

AR : Oui, elle va renforcer notre ligne de production dédiée au non-létal, qui fabriquait déjà notamment les Flash-Ball Compacts. Cela va permettre de rééquilibrer encore davantage notre activité entre les armes de chasse et les armes de sécurité. Nous allons notamment recruter des monteurs spécialisés.

BSL : Ce succès dépasse-t-il finalement le seul marché de la sécurité ?

AR : Complètement. Les investissements profiteront à toute l’entreprise. Les moyens dégagés permettront de renforcer notre recherche et développement et de préparer de nouvelles gammes. Ces investissements bénéficieront aussi bien à la chasse qu’à la sécurité. Nos équipes travaillent pour l’ensemble de la manufacture.

BSL : Pour les chasseurs, cela signifie donc que ce contrat permettra aussi d’accélérer les futurs développements ?

AR : Oui. C’est exactement cela. Ce type de contrat donne de la visibilité et nous permet d’investir davantage dans les produits de demain.

BSL : Où en est aujourd’hui la relance de Verney-Carron sur la partie chasse ?

AR : Notre priorité est désormais simple : produire. Nous avons rempli notre carnet de commandes, ce qui est une excellente nouvelle. Le défi consiste maintenant à bien planifier la production et à sécuriser toute notre chaîne de sous-traitance. Depuis un an, nous travaillons à retrouver un rythme industriel normal. Plus notre portefeuille de commandes se remplit, plus nous gagnons en visibilité, plus nous rassurons nos partenaires et plus nous améliorons notre productivité.

BSL : Les nouvelles armes présentées ces derniers mois semblent avoir été très bien accueillies. Quels retours avez-vous obtenus des armuriers et des chasseurs ?

AR : Les retours sont très positifs. Les évolutions que nous avons apportées correspondaient exactement aux attentes du marché. Il existait un véritable besoin de moderniser les produits Verney-Carron et cela a été immédiatement perçu. Nous l’avons également constaté sur le terrain puisque nous avons fortement réimplanté la marque chez les armuriers qui, pour certains, s’en étaient progressivement éloignés. La force commerciale de Rivolier a également beaucoup contribué à cette dynamique.

BSL : Peut-on s’attendre à de grandes nouveautés pour 2027 ?

AR : Nous continuerons à innover, c’est certain. En revanche, lancer une innovation majeure demande du temps. Nous aurons de nouveaux produits dans les deux ou trois prochaines années, mais il est encore trop tôt pour parler de révolution. Aujourd’hui, le marché est exigeant. Il faut constamment proposer de nouvelles configurations, améliorer le design ou apporter des innovations. L’immobilisme n’est plus une option.

BSL : Malgré un contexte économique compliqué, restez-vous confiant pour les mois à venir ?

AR : Oui. Le marché reste fluctuant, notamment dans le commerce de détail où beaucoup de facteurs extérieurs influencent les ventes : le prix du carburant, la météo ou encore le contexte général. Malgré cela, plusieurs de nos catégories continuent à très bien performer. Nous avons également connu un très fort succès avec le lancement de notre nouvelle caméra, qui a enregistré un niveau de précommandes extrêmement important.

Au-delà des 15 millions d’euros potentiels de ce marché, cette victoire constitue un véritable tournant pour Verney-Carron. Un an seulement après sa reprise par Rivolier, la manufacture stéphanoise démontre qu’elle est capable de reconquérir des marchés stratégiques et de retrouver une crédibilité industrielle. Mais l’information la plus intéressante pour les chasseurs se trouve peut-être ailleurs. Alexandre Van Robais confirme que les investissements générés par ce contrat permettront également d’accélérer la recherche et développement sur les futures armes de chasse de la marque. Une manière de consolider durablement l’avenir de la dernière manufacture française d’armes de petit calibre et de poursuivre la modernisation de Verney-Carron, engagée depuis plusieurs mois.

Partager cet article


Baudouin est journaliste spécialisé dans le monde de la chasse depuis plus de quinze ans et rédacteur en chef de So Chasse. Titulaire d'une carte de presse, il a publié plus de 5 000 articles et réalisé plus de 1 500 reportages vidéo consacrés à la chasse, à la faune sauvage, aux chiens, aux armes, à la réglementation et aux territoires. Il a notamment interviewé plusieurs candidats à l’élection présidentielle en 2017 et 2022 sur leur vision de la chasse et de la ruralité. Ses reportages l’ont également conduit en Italie, en Espagne, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, au Bénin et au Mozambique. Chasseur depuis son plus jeune âge, il pratique aussi bien l’approche, l’affût, la battue que la chasse du petit gibier avec son springer. À travers So Chasse, il défend un journalisme de terrain fondé sur l’expérience, la vérification des faits et la rencontre avec les acteurs du monde cynégétique.

2 réponses à « Pourquoi le contrat remporté par Verney-Carron est aussi une bonne nouvelle pour les chasseurs ? »

  1. Kerviloti

    Bonjour,
    Ce sont mes petits-enfants qui descendront bientôt dans la rue pour réclamer le retour à un minimum de démocratie. Je suis modérément réjoui à l’idée d’enrichir la société qui arme aujourd’hui l’ordre à venir.

    1. Chasse78

      À vaincre sans péril on triomphe sans gloire. au contraire, réjouissez vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou....

Découvrez d'autres articles

Retour en haut