Le 30 juin dernier, le Journal de Saône-et-Loire recevait un courrier de l’Alliance des opposants à la chasse demandant la publication d’un droit de réponse après un article consacré à un concours de trophées de sangliers. Derrière cette lettre se retrouvent la plupart des arguments régulièrement avancés contre la chasse : plaisir de tuer, biodiversité, prolifération des sangliers, pollution au plomb ou encore opinion publique. Nous avons choisi de reprendre ce document point par point pour confronter ces affirmations aux textes, aux données scientifiques et aux informations disponibles. Car si chacun est libre d’être favorable ou opposé à la chasse, le débat mérite de s’appuyer sur des faits.
Le contexte : un droit de réponse adressé à la presse de Saône et Loire
À la suite de la publication d’un article du Journal de Saône-et-Loire consacré à un concours de trophées de sangliers organisé en marge d’une fête de la chasse, l’Alliance des opposants à la chasse a adressé à la rédaction un courrier demandant la publication d’un droit de réponse. Le document, signé par le président de l’association, dépasse largement le cadre de cet événement. En quelques paragraphes, il reprend la plupart des critiques formulées depuis plusieurs années contre la chasse française : une activité présentée comme un simple loisir consistant à tuer des animaux, responsable du déclin de la biodiversité, de la prolifération des sangliers, de la pollution au plomb et rejetée par une majorité de Français.
Ces affirmations sont régulièrement reprises sur les réseaux sociaux, dans certaines tribunes ou lors de campagnes militantes. Certaines relèvent de convictions philosophiques, d’autres avancent des éléments présentés comme des faits. C’est précisément cette seconde catégorie qui mérite d’être examinée.
1. « On ne peut plus en 2026 tuer des animaux sauvages par plaisir »
Ce que dit l’Alliance des opposants à la chasse
« On ne peut plus, en 2026, tuer des animaux sauvages pour le plaisir. »
Cette phrase ouvre le courrier et constitue probablement l’argument le plus souvent utilisé par les mouvements opposés à la chasse. Son objectif est clair : réduire l’ensemble de la pratique cynégétique à un acte motivé uniquement par le plaisir de donner la mort.
Ce que disent les faits
Il faut d’abord distinguer une opinion morale d’un fait vérifiable. Dire que l’on juge moralement inacceptable le fait de chasser est une position parfaitement respectable. En revanche, affirmer que les chasseurs pratiquent uniquement « pour le plaisir de tuer » ne correspond pas à la réalité des motivations exprimées par la grande majorité d’entre eux. Le Code de l’environnement reconnaît la chasse comme une activité légale participant à la gestion durable de la faune sauvage et des habitats. Elle est strictement encadrée : permis de chasser, formation obligatoire, validation annuelle, périodes d’ouverture, espèces autorisées, plans de chasse, plans de gestion, quotas et contrôles administratifs.
De fait, les motivations des chasseurs sont multiples :
- vivre une activité de pleine nature ;
- partager un moment de convivialité ;
- participer à la gestion des populations ;
- consommer une viande sauvage locale
- transmettre un patrimoine culturel et des savoir-faire ;
- contribuer à l’entretien des milieux naturels.
D’ailleurs, de nombreuses études montrent que la venaison occupe aujourd’hui une place croissante dans les motivations des chasseurs, notamment dans un contexte où les circuits courts et l’alimentation locale suscitent un intérêt grandissant.
Notre analyse
Le plaisir existe évidemment dans la chasse, comme dans toute passion : plaisir d’observer un animal, d’être dans la nature, de partager une journée entre amis, de voir son chien travailler ou de cuisiner un gibier. Réduire cette pratique complexe au seul « plaisir de tuer » revient toutefois à ignorer toutes ses autres dimensions. De la même manière, on ne résume pas un pêcheur au plaisir de capturer un poisson, un cueilleur au fait d’arracher un champignon ou un éleveur à l’abattage de ses animaux. La chasse implique bien le prélèvement d’animaux sauvages. C’est une réalité assumée par les chasseurs. Mais présenter ce prélèvement comme l’unique finalité de leur engagement ne reflète ni le cadre juridique dans lequel s’exerce cette activité, ni les motivations exprimées par l’immense majorité des pratiquants.
2. « Les chasseurs sont responsables de la prolifération des sangliers et des cochongliers »
Ce que dit l’Alliance des opposants à la chasse
Dans son courrier, l’association affirme que les chasseurs seraient responsables de la prolifération des sangliers, évoquant notamment les « cochongliers » et laissant entendre que les populations seraient volontairement entretenues afin de préserver une activité de loisir. C’est un argument qui revient régulièrement mais qu’en est-il réellement ?
Ce que disent les faits
Il est vrai que, dans certaines régions françaises, des introductions de sangliers ont eu lieu au cours du XXᵉ siècle afin de reconstituer des populations localement faibles. Des hybridations avec des porcs domestiques ont également existé dans quelques élevages ou enclos, donnant naissance à ce que l’on appelle communément les « cochongliers ». Ces pratiques ont cependant disparu depuis longtemps et sont aujourd’hui interdites par la réglementation française.
En revanche, les scientifiques s’accordent sur les principales causes de l’explosion des populations de sangliers observée depuis une quarantaine d’années. Plusieurs facteurs se cumulent :
- des hivers plus doux qui favorisent la survie des jeunes ;
- l’augmentation des surfaces cultivées en maïs et autres cultures très nourrissantes ;
- une forêt française plus vaste et plus favorable qu’il y a cinquante ans ;
- la remarquable capacité de reproduction du sanglier ;
- la diminution de certains prédateurs naturels sur une grande partie du territoire.
Ces facteurs sont largement documentés par les travaux de l’Office français de la biodiversité (OFB), de l’INRAE et de nombreux chercheurs spécialisés dans la gestion de la grande faune.
Notre analyse
Attribuer la prolifération actuelle des sangliers aux seuls chasseurs est une simplification qui ne correspond pas à l’état des connaissances scientifiques. D’ailleurs, cette augmentation n’est pas propre à la France. L’ensemble de l’Europe est confronté à une forte progression des populations de sangliers, y compris dans des pays où les modes de chasse, la réglementation et l’organisation cynégétique sont très différents. Paradoxalement, les chasseurs sont aujourd’hui les premiers sollicités pour tenter de limiter cette expansion. Chaque saison, près d’un million de sangliers sont prélevés en France, un niveau jamais atteint auparavant. Malgré cet effort considérable, les populations continuent de progresser dans de nombreux secteurs, preuve que leur dynamique est avant tout liée aux conditions écologiques actuelles.
Les conséquences sont bien connues : augmentation des dégâts agricoles, multiplication des collisions routières, risques sanitaires liés notamment à la peste porcine africaine et pression croissante sur certains milieux naturels. Le véritable débat n’est donc pas de savoir si les sangliers sont aujourd’hui trop nombreux mais de déterminer les méthodes les plus efficaces pour contenir leur expansion. Réduire cette problématique complexe à une prétendue volonté des chasseurs de « fabriquer du gibier » ne reflète ni l’histoire récente de l’espèce, ni les connaissances scientifiques disponibles, ni les enjeux auxquels sont aujourd’hui confrontés agriculteurs, forestiers, collectivités et chasseurs eux-mêmes.
3. « Les chasseurs polluent les campagnes avec le plomb »
Ce que dit l’Alliance des opposants à la chasse
Dans son courrier, l’Alliance des opposants à la chasse dénonce l’utilisation du plomb dans les munitions de chasse, estimant que celui-ci contamine durablement les sols, les zones humides et la faune sauvage. Le sujet est réel et fait d’ailleurs l’objet de nombreux travaux scientifiques ainsi que de débats au niveau européen.
Ce que disent les faits
Le plomb est effectivement un métal lourd dont les effets sur l’environnement et certaines espèces, notamment les oiseaux d’eau, sont connus depuis plusieurs décennies. C’est précisément pour cette raison que son utilisation a progressivement été encadrée. Depuis 2006 en France, les cartouches à grenaille de plomb sont interdites dans les zones humides. Cette réglementation a ensuite été harmonisée à l’échelle européenne avec une interdiction généralisée dans les zones humides de l’Union européenne entrée en vigueur en 2023. Dans le même temps, les fabricants de munitions ont fortement développé des alternatives performantes en acier, en bismuth ou en tungstène, aujourd’hui largement utilisées par les chasseurs de gibier d’eau. Concernant les balles utilisées pour le grand gibier, le débat se poursuit au niveau européen. La Commission européenne travaille depuis plusieurs années sur une réduction progressive du plomb dans les munitions civiles, mais aucune interdiction immédiate des balles de chasse n’a été décidée. Les industriels développent déjà des projectiles sans plomb dont l’offre ne cesse de s’élargir. Autrement dit, la transition est déjà engagée.
Notre analyse
Contrairement à ce que laisse entendre le courrier, le sujet n’est ni ignoré, ni minimisé par le monde de la chasse. Depuis plusieurs années, chasseurs, armuriers et fabricants adaptent leurs pratiques à l’évolution de la réglementation et aux progrès techniques. Les cartouches sans plomb sont désormais devenues la norme pour de nombreuses pratiques, tandis que les balles monométalliques gagnent chaque année du terrain chez les chasseurs de grand gibier. Cela ne signifie pas que le problème est entièrement résolu. La question du coût des nouvelles munitions, de leur disponibilité ou encore de leur compatibilité avec certaines armes anciennes reste régulièrement évoquée. Mais présenter les chasseurs comme refusant toute évolution ne correspond pas à la réalité observée sur le terrain. L’immense majorité des pratiquants applique aujourd’hui les réglementations en vigueur et suit les évolutions techniques proposées par les fabricants. Le débat porte désormais moins sur l’existence d’alternatives que sur le rythme auquel cette transition peut être menée sans pénaliser les chasseurs ni remettre en cause la sécurité ou l’efficacité des munitions. En définitive, le sujet du plomb mérite d’être abordé avec rigueur. Il s’agit d’un enjeu environnemental réel, auquel les pouvoirs publics, les industriels et les chasseurs apportent progressivement des réponses. Réduire cette question à une simple accusation contre les chasseurs ne permet pas de comprendre les évolutions déjà engagées ni les défis qui restent à relever.
4. « Les chasseurs détruisent la biodiversité »
Ce que dit l’Alliance des opposants à la chasse
Dans son courrier, l’Alliance des opposants à la chasse affirme que la chasse serait incompatible avec la préservation de la biodiversité et que les chasseurs contribueraient au déclin des espèces sauvages. Il s’agit d’un reproche récurrent qui mérite d’être replacé dans son contexte.
Ce que disent les faits
La biodiversité est aujourd’hui confrontée à de nombreuses pressions : artificialisation des sols, urbanisation, intensification agricole, fragmentation des habitats, pollution, changement climatique ou encore développement de certaines infrastructures. Les scientifiques s’accordent pour dire que ces facteurs constituent les principales causes de l’érosion de la biodiversité en France et en Europe. Dans ce contexte, les chasseurs interviennent sur une partie seulement de la faune sauvage et dans un cadre très réglementé. Les espèces pouvant être chassées sont fixées par la réglementation nationale ou européenne, les périodes de chasse sont limitées et certaines espèces sont soumises à des plans de chasse ou à des plans de gestion qui déterminent précisément le nombre d’animaux pouvant être prélevés. En parallèle, les fédérations départementales des chasseurs consacrent chaque année une part importante de leurs moyens à des actions en faveur des milieux naturels.
Parmi les actions les plus fréquentes figurent :
- la plantation de haies favorables à la faune sauvage ;
- la création ou la restauration de mares ;
- l’entretien de zones humides ;
- l’implantation de cultures à gibier et de jachères favorables aux insectes et aux oiseaux ;
- la restauration de friches et de corridors écologiques ;
- le suivi scientifique de nombreuses espèces en partenariat avec l’Office français de la biodiversité, les services de l’État, des universités ou des associations naturalistes.
Ces actions concernent bien souvent l’ensemble de la faune sauvage, qu’elle soit chassable ou non.
Notre analyse
Dire que les chasseurs détruisent la biodiversité revient à ignorer une partie importante de leur activité quotidienne. Comme d’autres activités humaines, la chasse a évolué. Les prélèvements sont aujourd’hui beaucoup plus encadrés qu’il y a plusieurs décennies et s’appuient de plus en plus sur des suivis scientifiques permettant d’adapter la gestion des populations. Dans de nombreux territoires, les chasseurs figurent parmi les premiers gestionnaires d’espaces naturels privés. Ils entretiennent des milliers d’hectares de haies, de bosquets, de friches, de zones humides ou de plaines agricoles aménagées, dont profitent également de nombreuses espèces protégées. La question de la biodiversité ne peut donc pas être résumée à une opposition entre chasseurs et protecteurs de la nature. Aujourd’hui, la préservation de la faune repose sur une multitude d’acteurs : agriculteurs, forestiers, scientifiques, collectivités, associations environnementales… mais aussi chasseurs. Le véritable enjeu consiste moins à désigner un responsable unique qu’à faire travailler ensemble tous ceux qui interviennent sur les territoires.
5. « Les trophées glorifient la mort des animaux »
Ce que dit l’Alliance des opposants à la chasse
Le courrier adressé au Journal de Saône-et-Loire réagit à l’organisation d’un concours de trophées de sangliers. Pour l’association, ce type d’événement participerait à la banalisation, voire à la glorification de la mise à mort des animaux sauvages. L’image d’un trophée est en effet souvent perçue de manière très différente selon que l’on soit chasseur ou non.
Ce que disent les faits
Depuis plus d’un siècle, les trophées font l’objet de méthodes de cotation internationales qui ne visent pas uniquement à distinguer les plus grands animaux. Elles permettent également de suivre l’évolution des populations, d’apprécier la qualité des habitats et de conserver une mémoire de certains prélèvements. Chez le cerf, par exemple, les bois peuvent aider à connaître l’âge approximatif de l’animal, son développement et, plus largement, l’état de la population (confirmé évidemment avec la dentition). Les expositions de trophées organisées par certaines fédérations départementales servent d’outil pédagogique. Elles permettent d’observer les classes d’âge, d’échanger sur la gestion des populations et de sensibiliser les chasseurs aux objectifs de prélèvement.
Notre analyse
Il est évident qu’un trophée peut choquer une personne qui ne pratique pas la chasse. Mais il convient également de comprendre ce qu’il représente pour celui qui le conserve. Pour beaucoup de chasseurs, il ne s’agit pas d’un objet destiné à célébrer la mort d’un animal, mais du souvenir d’un moment vécu dans la nature, parfois après des années d’observation d’un territoire. Cette pratique s’inscrit dans une tradition ancienne, commune à de nombreuses cultures cynégétiques à travers le monde. Elle n’empêche d’ailleurs pas le respect de l’animal prélevé, bien au contraire. Dans la culture cynégétique française, le respect du gibier passe aussi par la valorisation de sa viande, le prélèvement raisonné et la connaissance des populations. Réduire le trophée à une simple démonstration de domination ne permet donc pas de comprendre la place qu’il occupe réellement dans l’univers de la chasse.
6. « Les Français sont majoritairement opposés à la chasse »
Ce que dit l’Alliance des opposants à la chasse
Le courrier affirme que « près de 75 % des Français sont opposés à la chasse ». Ce chiffre est régulièrement repris dans les campagnes des associations opposées à la chasse.
Ce que disent les faits
Les sondages d’opinion sur la chasse existent depuis de nombreuses années. Mais leurs résultats varient fortement selon plusieurs critères :
- la question posée ;
- le contexte dans lequel elle est posée ;
- les pratiques évoquées (chasse en général, chasse le dimanche, chasse à courre, chasse des oiseaux migrateurs…) ;
- l’organisme qui commande l’enquête.
Autrement dit, il n’existe pas un chiffre unique permettant de résumer l’opinion des Français sur la chasse. Certaines enquêtes mettent en évidence une forte opposition à certaines pratiques spécifiques. D’autres montrent au contraire qu’une partie importante de la population distingue les différentes formes de chasse et reconnaît son rôle dans la gestion de la faune ou des territoires. Plus récemment, une étude IFOP réalisée pour la Fédération nationale des chasseurs indiquait que 38 % des Français se déclaraient favorables à la chasse, tandis que 17 % se disaient curieux de découvrir cette activité. Ces chiffres ne traduisent évidemment pas une adhésion majoritaire, mais ils montrent que l’opinion est beaucoup plus nuancée que ne le laisse entendre le courrier.
Notre analyse
Utiliser un seul chiffre pour résumer l’avis de près de 70 millions de Français est toujours délicat. La chasse est un sujet qui suscite des sensibilités très différentes. Certaines personnes y sont totalement opposées. D’autres y sont favorables. Entre les deux, une large partie de la population exprime des positions plus nuancées, souvent dépendantes des pratiques évoquées ou des enjeux locaux. Le débat mérite donc mieux qu’un pourcentage sorti de son contexte.
Conclusion
Le courrier adressé au Journal de Saône-et-Loire n’aura sans doute convaincu ni les chasseurs, ni les opposants les plus convaincus. En revanche, il illustre parfaitement la polarisation qui entoure aujourd’hui la chasse en France. D’un côté, certains militants présentent les chasseurs comme les principaux responsables des atteintes à la biodiversité et considèrent que cette pratique n’a plus sa place dans notre société. De l’autre, les chasseurs rappellent qu’ils évoluent dans un cadre réglementaire particulièrement strict, qu’ils participent à la gestion de nombreuses espèces, financent des actions en faveur des milieux naturels et voient leur pratique évoluer au fil des connaissances scientifiques et des attentes de la société.












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