Général François-Xavier Poisbeau : « Les chasseurs ont toute leur place dans la réserve opérationnelle »

La Fédération nationale des chasseurs et la Garde nationale viennent de signer une charte de partenariat destinée à mieux faire connaître la réserve opérationnelle auprès des chasseurs. Pourquoi ce rapprochement ? Quelles qualités les chasseurs peuvent-ils apporter à la réserve ? Comment s’engager concrètement ? François-Xavier Poisbeau, secrétaire général de la Garde nationale et secrétaire général du Conseil supérieur de la réserve militaire, répond aux questions de So Chasse.

BSL : Avant d’aborder ce partenariat avec les chasseurs, pouvez-vous rappeler à nos lecteurs ce qu’est concrètement la réserve opérationnelle ?

FXP : La réserve opérationnelle rassemble aujourd’hui des femmes et des hommes âgés de 17 à 72 ans qui choisissent volontairement de consacrer une partie de leur temps au service des armées ou des forces de sécurité intérieure. Contrairement à l’ancienne réserve qui existait avec le service national, il s’agit désormais d’un engagement volontaire. Les réservistes viennent renforcer les forces de sécurité lors de nombreuses missions, qu’il s’agisse de la protection du territoire, des grands événements ou encore de situations de crise. La réserve est appelée à se développer fortement, avec un objectif de passer de 90 000 à 160 000 réservistes. Au-delà des missions, elle contribue aussi à renforcer l’esprit collectif, la cohésion nationale et permet à chacun d’acquérir de nouvelles compétences.

BSL : Pourquoi avoir souhaité conclure un partenariat avec la Fédération nationale des chasseurs ?

FXP : Cette charte s’inscrit dans une démarche plus large que nous menons avec de nombreuses fédérations professionnelles. Nous recherchons des partenaires qui disposent d’un fort ancrage territorial et dont les membres possèdent des compétences utiles à la résilience du pays. Les chasseurs répondent pleinement à ces critères. Ils connaissent parfaitement les territoires, participent à la préservation des milieux naturels et possèdent une véritable culture de l’engagement. Il nous paraissait donc naturel de nouer ce partenariat afin de renforcer la résilience et la cohésion nationale.

BSL : Quelles sont justement les qualités que vous retrouvez chez les chasseurs et qui pourraient en faire de bons réservistes ?

FXP : Les chasseurs sont des personnes habituées à observer, anticiper, protéger et agir sur le terrain. Au-delà de la pratique de la chasse, ils développent des qualités humaines et comportementales particulièrement intéressantes pour la réserve opérationnelle. D’ailleurs, la gendarmerie comme la police travaillent déjà avec eux dans de nombreux territoires. Cette charte permet simplement de valoriser davantage cet engagement et d’encourager ceux qui souhaitent aller plus loin.

BSL : Comment un chasseur peut-il rejoindre la réserve opérationnelle ?

FXP : La meilleure solution reste d’aller à la rencontre des réservistes déjà engagés. Les régiments, les brigades de gendarmerie ou les services de police sont également là pour informer les personnes intéressées. Il existe bien entendu des informations disponibles en ligne, mais rien ne remplace les échanges avec ceux qui vivent déjà cet engagement au quotidien.

BSL : Une expérience militaire est-elle nécessaire pour devenir réserviste ?

FXP : Absolument pas. La réserve est ouverte à tous les Français qui remplissent les conditions d’engagement et réussissent les différentes étapes de sélection et de formation. Il n’est absolument pas nécessaire d’avoir effectué une carrière militaire auparavant. Beaucoup de réservistes découvrent cet univers en rejoignant la réserve.

BSL : Les chasseurs sont régulièrement sollicités lors de recherches de personnes disparues ou lors de catastrophes naturelles grâce à leur parfaite connaissance du terrain. Est-ce aussi cette réalité qui a renforcé votre intérêt pour ce partenariat ?

FXP : Bien sûr, cette connaissance du terrain constitue un véritable atout. Mais au-delà de cet aspect, ce sont surtout les compétences humaines que développent les réservistes qui nous intéressent. La réserve vient compléter les qualités que chacun possède déjà. C’est un engagement gagnant pour la personne, pour son employeur, pour les administrations et, plus largement, pour toute la société. Le réserviste devient un véritable trait d’union entre le monde civil et les forces armées ou de sécurité.

BSL : Un réserviste intervient-il uniquement lors des crises ou participe-t-il également aux missions du quotidien ?

FXP : Il participe pleinement aux missions du quotidien en fonction de sa disponibilité et des besoins. Les réservistes sont régulièrement engagés sur le terrain mais suivent également des périodes de formation afin de rester opérationnels. L’objectif est justement d’anticiper pour être prêt à intervenir lorsque la situation l’exige.

BSL : Quels sont les avantages accordés aux réservistes, notamment pour les salariés ?

FXP : La loi prévoit déjà que l’employeur ne peut pas s’opposer à dix jours d’activité dans la réserve. Ensuite, les conventions signées avec la Garde nationale permettent souvent d’aller beaucoup plus loin, jusqu’à vingt ou trente jours, avec un maintien de rémunération par l’entreprise en complément de la solde versée au réserviste. Les employeurs y trouvent également leur intérêt, car les collaborateurs reviennent avec davantage de maturité, de sens des responsabilités, de cohésion et de capacité à travailler en équipe.

BSL : Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux chasseurs qui hésiteraient à franchir le pas ?

FXP : Je leur dirais que leur état d’esprit correspond pleinement à celui de la réserve opérationnelle. Les chasseurs connaissent leurs territoires, savent s’engager au service du collectif et possèdent un véritable sens des responsabilités. Aujourd’hui, la résilience nationale repose de plus en plus sur cet esprit d’entraide entre citoyens. Cette charte est donc avant tout une invitation à ceux qui souhaitent mettre leurs compétences au service de la Nation.

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Baudouin est journaliste spécialisé dans le monde de la chasse depuis plus de quinze ans et rédacteur en chef de So Chasse. Titulaire d'une carte de presse, il a publié plus de 5 000 articles et réalisé plus de 1 500 reportages vidéo consacrés à la chasse, à la faune sauvage, aux chiens, aux armes, à la réglementation et aux territoires. Il a notamment interviewé plusieurs candidats à l’élection présidentielle en 2017 et 2022 sur leur vision de la chasse et de la ruralité. Ses reportages l’ont également conduit en Italie, en Espagne, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, au Bénin et au Mozambique. Chasseur depuis son plus jeune âge, il pratique aussi bien l’approche, l’affût, la battue que la chasse du petit gibier avec son springer. À travers So Chasse, il défend un journalisme de terrain fondé sur l’expérience, la vérification des faits et la rencontre avec les acteurs du monde cynégétique.

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