Manche : seuls six gabions autorisés à maintenir leurs mares en eau

Gabion, chasse au gibier d'eau

Alors que la Manche connaît une sécheresse particulièrement sévère, la préfecture vient d’accorder six dérogations permettant le maintien en eau de mares à gabion dans les marais du Cotentin et du Bessin. Une décision qui pourrait sembler paradoxale à quelques jours de l’ouverture du gibier d’eau. Pourtant, sur les 50 demandes déposées, seules six ont été retenues et cette gestion très encadrée de l’eau dans les mares de chasse ne date pas d’hier.

Six autorisations sur cinquante demandes

La Fédération départementale des chasseurs de la Manche avait sollicité des dérogations afin de permettre à certains gabionneurs de pomper de l’eau dans les rivières pour maintenir leurs mares en eau. La Direction départementale des Territoires et de la Mer a finalement donné son feu vert, mardi 11 août, à seulement six dossiers sur les cinquante présentés. Trois mares concernées se trouvent dans la vallée de la Taute et trois autres dans celle de la Douve, au cœur du Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin. Il ne s’agit donc nullement d’une autorisation générale permettant aux propriétaires de gabions de remplir leurs installations à l’approche de l’ouverture de la chasse au gibier d’eau dans les marais d’eau douce, fixée au 21 août.

Des gabionneurs qui entretiennent leurs mares toute l’année

La préfecture précise d’ailleurs que les dérogations ont été accordées aux gabionneurs qui avaient préservé la mise en eau de leurs mares tout au long de l’année, afin notamment de maintenir leur intérêt pour la biodiversité, tout en garantissant l’écoulement des eaux dans le milieu naturel. Ces mares ne sont donc pas de simples plans d’eau artificiellement remplis quelques jours avant l’ouverture pour y attirer les canards. Entretenues toute l’année, elles s’intègrent au réseau de zones humides des marais et peuvent être utilisées par de nombreuses espèces animales. Une réalité souvent occultée lorsque la mare à gabion est réduite à sa seule fonction cynégétique.

Une gestion déjà organisée lors de la sécheresse de 2022

Mais surtout, la décision prise cet été n’est pas une improvisation née à quelques jours de l’ouverture. Le bilan 2022 des sites Natura 2000 des Marais du Cotentin et du Bessin, rédigé par le Parc naturel régional, montre qu’un véritable travail avait déjà été engagé quatre ans plus tôt lors d’un précédent épisode de forte sécheresse. La Fédération départementale des chasseurs de la Manche avait alors réfléchi à un plan collectif de remplissage des gabions. Les besoins en eau avaient été recensés installation par installation puis regroupés par secteur, notamment en fonction de la superficie des mares. Le document Natura 2000 va encore plus loin. Il indique qu’en 2022, dans le cadre de l’arrêté sécheresse, les pompages avaient été conditionnés à la mise en place d’un plan de gestion du remplissage des gabions. Pour les chasseurs engagés dans la démarche, l’inventaire des volumes nécessaires s’accompagnait de règles précises : horaires de pompage, limitation des débits, calendrier de remplissage et désignation d’un référent dans chaque secteur de marais chargé de faire le lien entre la Fédération et les gabionneurs et de contrôler les pratiques. À l’époque, la Fédération départementale des chasseurs indiquait déjà vouloir évaluer ce dispositif afin de pouvoir reconduire annuellement ce mode de gestion de la ressource en eau. Voilà qui replace les six dérogations de cet été dans une toute autre perspective.

Des prélèvements beaucoup plus strictement encadrés en 2026

Dans le contexte actuel, les conditions sont particulièrement restrictives. Les six installations autorisées ne peuvent utiliser que des pompes solaires dont le débit est inférieur à 8 m³ par heure. Les autorisations courent jusqu’au 31 octobre mais peuvent être suspendues à tout moment si l’état de la ressource en eau le nécessite. Le contraste avec 2022 est d’ailleurs révélateur : le plan de l’époque prévoyait notamment une limitation des pompages à 100 m³/h. En 2026, les six dérogations sont accordées avec un débit inférieur à 8 m³/h par pompe solaire, dans un contexte de sécheresse particulièrement tendu. Et surtout, 44 demandes sur 50 n’ont pas obtenu de dérogation. Difficile, dans ces conditions, de parler d’un blanc-seing accordé aux chasseurs pour préparer leur saison.

La mare à gabion ne vit pas seulement pendant la chasse

À quelques jours de l’ouverture du gibier d’eau, voir des chasseurs autorisés à pomper alors que la sécheresse frappe durement le département peut évidemment interpeller. Mais les faits permettent de dépasser cette apparente contradiction. Les six gabionneurs concernés sont précisément parmi ceux qui ont conservé leurs mares en eau tout au long de l’année et la gestion des prélèvements destinés aux mares de chasse fait depuis plusieurs années l’objet d’un travail structuré avec inventaire des besoins, règles de pompage et suivi des pratiques. Les six dérogations accordées cet été montrent surtout qu’en période de sécheresse extrême, le maintien en eau de certaines mares à gabion peut être autorisé lorsqu’il répond à des critères précis et s’inscrit dans une gestion étroitement encadrée de la ressource. Une décision qui rappelle aussi que ces mares, au-delà de leur vocation cynégétique, font pleinement partie du patrimoine humide des marais du Cotentin et du Bessin et peuvent jouer un rôle précieux pour la faune sauvage.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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