L’ASPAS vient de demander aux préfets de 44 départements de suspendre la chasse dans les territoires touchés par la sécheresse, les canicules ou les incendies. Une nouvelle initiative qui s’inscrit dans une offensive beaucoup plus large : début août, cinq associations réclamaient déjà au gouvernement un moratoire sur la chasse, tandis que la LPO demande désormais le report de l’ouverture anticipée aux oiseaux d’eau. Face à ces demandes nationales, les chasseurs défendent une gestion adaptée à la réalité de chaque territoire. À quelques semaines de l’ouverture générale de la chasse, les demandes de suspension se multiplient. Dernier épisode en date : lundi 17 août, l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) a adressé un courrier recommandé aux préfets de 44 départements métropolitains afin de leur demander de suspendre la chasse dans les territoires qu’elle estime particulièrement touchés par les incendies, les épisodes de canicule et la sécheresse. La Drôme figure parmi les départements concernés.
L’ASPAS interpelle 44 préfets
Comme le rapporte ICI Drôme Ardèche, l’association drômoise s’appuie sur l’article R.424-3 du Code de l’environnement. Celui-ci prévoit qu’en cas de « calamité, incendie, inondation, gel prolongé » susceptible de provoquer ou de favoriser la destruction du gibier, le préfet peut suspendre l’exercice de la chasse sur tout ou partie du département, pour toutes ou certaines espèces. Une précision importante accompagne toutefois cette possibilité : la suspension prévue par cet article est limitée à une période de dix jours maximum, renouvelable. L’ASPAS demande notamment la suspension immédiate de la chasse d’été dans les territoires concernés, accompagnée de larges zones tampons, ainsi que le report de l’ouverture générale tant qu’elle considère la situation climatique comme critique. Dans la Drôme, l’association avance notamment les conséquences potentielles de la sécheresse sur la reproduction du chevreuil. Richard Holding, chargé de communication de l’ASPAS, cite auprès d’ICI Drôme Ardèche des travaux conduits dans la forêt de Chizé, dans les Deux-Sèvres, qui ont notamment étudié les effets des conditions environnementales sur le développement des faons. L’association évoque également les conséquences des incendies sur les animaux disposant de capacités de fuite réduites ainsi que sur les nichées d’oiseaux au sol.
Cinq associations avaient déjà demandé un moratoire
Cette démarche auprès des préfets ne constitue cependant pas une initiative isolée. Le 4 août dernier, cinq associations de protection de la nature avaient déjà adressé un courrier au gouvernement pour réclamer un « moratoire immédiat sur la chasse ». Aux côtés de l’ASPAS figuraient AVES, One Voice, Focale pour le sauvage et le Pôle Grands Prédateurs. Leur demande comprenait notamment la suspension des tirs d’été et le report de l’ouverture générale de la chasse tant que les conditions seraient considérées comme critiques. L’argumentaire est similaire : incendies, sécheresse et canicules auraient suffisamment éprouvé la faune sauvage pour justifier une interruption de l’activité cynégétique. La pression s’exerce donc désormais à deux niveaux : auprès du gouvernement pour obtenir une mesure de portée nationale et directement auprès des préfets afin qu’ils utilisent les pouvoirs dont ils disposent localement.
La LPO veut également repousser l’ouverture au gibier d’eau
La Ligue pour la protection des oiseaux ne figure pas parmi les cinq associations signataires du courrier du 4 août. Elle vient néanmoins de lancer sa propre demande de restriction. Le 17 août, la LPO a demandé au gouvernement de reporter l’ouverture anticipée de la chasse aux oiseaux d’eau, normalement prévue demain, 21 août 2026, jusqu’à l’ouverture générale du 20 septembre. L’association invoque l’assèchement des zones humides et affirme, en s’appuyant sur des données de l’Office français de la biodiversité, que 43 % des cours d’eau seraient actuellement en situation d’assec ou de rupture d’écoulement. Elle estime que les oiseaux se trouvent ainsi concentrés sur les derniers secteurs encore en eau et demande qu’ils ne puissent pas y être chassés avant l’e 20’ouverture générale de septembre. Les initiatives convergent donc vers un même objectif : obtenir une réduction importante de l’activité cynégétique au nom des conditions climatiques de cet été.
Dans la Drôme, les chasseurs contestent une mesure générale
La Fédération départementale des chasseurs de la Drôme conteste cependant la nécessité d’une telle suspension. Elle rappelle auprès d’ICI Drôme Ardèche qu’environ 5 000 hectares ont été parcourus par les incendies cet été dans le département, une superficie qu’elle juge très limitée au regard de l’ensemble des territoires chassables drômois. Et c’est bien là que se situe le cœur du débat. Personne ne conteste qu’un incendie important puisse détruire des habitats, tuer des animaux et contraindre ceux qui ont survécu à quitter temporairement un secteur. De même, une sécheresse exceptionnelle peut conduire les gestionnaires à adapter leurs prélèvements. Mais faut-il pour autant appliquer la même mesure à des territoires dont les situations peuvent être totalement différentes ?
Les chasseurs savent aussi décider de ne pas chasser
Cette question n’est pas nouvelle. Comme nous l’expliquions récemment dans So Chasse, les chasseurs n’attendent pas nécessairement une interdiction administrative pour mettre certains secteurs au repos après un incendie. Des sociétés de chasse suspendent elles-mêmes leurs activités lorsque l’état du milieu l’exige, tandis que les Fédérations départementales des chasseurs peuvent appeler leurs adhérents à adapter les prélèvements aux conditions constatées sur le terrain. C’est toute la différence entre une gestion locale, fondée sur l’état réel des populations et des habitats, et une interdiction uniforme décidée à l’échelle d’un département ou du pays. Protéger temporairement la faune d’un massif réellement ravagé par les flammes relève du bon sens. Considérer en revanche que la sécheresse ou les incendies justifieraient automatiquement de suspendre la chasse sur des territoires parfois très éloignés des zones sinistrées constitue une approche beaucoup plus contestable. Et c’est précisément cette gestion au cas par cas que défendent aujourd’hui les chasseurs.












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