Après la demande d’interdiction nationale pendant un an lancée à la suite des incendies de Fontainebleau, une nouvelle pétition réclame désormais un moratoire d’au moins trois ans dans les forêts sinistrées. Plus de 250 000 personnes ont déjà signé ce texte visant notamment la Gironde et les Landes. Les chasseurs rappellent pourtant que les fermetures nécessaires seront décidées localement avec l’État et les scientifiques, en fonction de la situation réelle de chaque massif.
3 ans sans chasse demandés par des écolos de salon !
Les flammes ne sont pas encore totalement éteintes que certains réclament déjà plusieurs années d’interdiction de la chasse. Depuis la mi-juillet, une pétition intitulée « Pas de fusils sur les cendres » connaît une très forte diffusion sur Internet. Initialement lancée après les feux ayant touché la forêt de Fontainebleau, elle est désormais largement relayée à la suite des incendies dévastateurs survenus en Gironde et dans les Landes. Selon France 3, le texte avait recueilli plus de 250 000 signatures. Son auteur demande au gouvernement de suspendre la chasse dans les forêts incendiées et d’instaurer un moratoire d’au moins trois ans, le temps, selon lui, que la végétation et les cycles de reproduction se rétablissent. Une autre pétition, portée par l’association animaliste Futur, avait également obtenu environ 42 000 soutiens. Elle réclame une suspension dont la durée pourrait s’étendre sur plusieurs saisons.
L’émotion légitime ne doit pas remplacer la gestion
Personne ne conteste les conséquences dramatiques des incendies sur la faune sauvage. Les animaux les moins mobiles peuvent périr dans les flammes ou mourir ensuite de leurs blessures. D’autres se retrouvent privés de nourriture, de couvert végétal, de points d’eau ou de zones de repos. Les survivants doivent parfois parcourir plusieurs kilomètres pour retrouver un milieu favorable. Les images d’animaux brûlés ou épuisés, comme celles d’un cervidé secouru et arrosé par des pompiers, provoquent légitimement une forte émotion. Mais cette émotion ne peut pas, à elle seule, définir la gestion de milliers d’hectares pendant plusieurs années. Tous les incendies n’ont pas la même intensité. Tous les massifs ne présentent pas les mêmes habitats, les mêmes populations animales ni les mêmes capacités de régénération. Certaines zones ont été entièrement détruites, tandis que d’autres ont été parcourues plus légèrement par le feu ou disposent de secteurs refuges à proximité. Décider dès maintenant d’une interdiction uniforme de trois ans reviendrait à fixer une réponse définitive avant même que les dégâts aient pu être précisément évalués.
Les chasseurs savent que certains secteurs devront fermer
Henri Sabarot, ancien président de la Fédération régionale des chasseurs de Nouvelle-Aquitaine, ne nie absolument pas la nécessité de suspendre temporairement la chasse dans les zones les plus durement touchées. « Bien sûr que la chasse va temporairement s’arrêter dans les forêts touchées », explique-t-il à France 3. Il juge cependant prématuré de réclamer immédiatement un moratoire général et rappelle que les décisions seront prises en fonction de l’évolution de la situation. « C’est l’environnement, les scientifiques et l’État qui décideront de quand la chasse reprendra », précise-t-il. Cette position est parfaitement cohérente avec ce que les chasseurs répètent depuis le début de la polémique. Lorsque la faune est fragilisée, que les massifs sont dangereux ou que le terrain nécessite une période de repos, les sociétés de chasse savent fermer temporairement certaines zones. Elles n’ont pas besoin d’une pétition nationale pour comprendre qu’on ne chasse pas au milieu des arbres calcinés, des reprises de feu et des animaux encore désorientés.
Trois ans d’interdiction décidés avant toute expertise
La pétition « Pas de fusils sur les cendres » ne demande toutefois pas seulement une suspension immédiate dans les secteurs encore dangereux. Elle réclame un moratoire de trois années au minimum, présenté comme le délai nécessaire pour permettre le retour de la végétation et la reprise des cycles de reproduction. Cette durée semble davantage dictée par une position militante que par une analyse scientifique déjà réalisée sur les massifs concernés. La régénération d’un milieu incendié ne suit pas un calendrier identique partout. Certaines espèces quittent les secteurs brûlés dès le passage du feu et peuvent revenir rapidement lorsque la végétation recommence à pousser. D’autres ont besoin de plusieurs années pour retrouver des habitats convenables. Une fermeture totale de trois ans pourrait donc être justifiée dans certaines zones très dégradées, mais inutile dans d’autres. Elle pourrait même compliquer la restauration forestière si les populations d’ongulés se reportaient massivement sur les secteurs épargnés ou sur les jeunes repousses. La durée d’une éventuelle suspension doit être déterminée massif par massif, et parfois parcelle par parcelle, après un état des lieux précis.
La régulation peut aussi protéger les jeunes forêts
Présenter l’absence totale de chasse comme une condition automatiquement favorable à la reconstruction de la forêt est une vision particulièrement simpliste. Après un incendie, les chevreuils, cerfs et sangliers survivants se concentrent souvent dans les zones qui ont échappé aux flammes. Cette concentration peut augmenter fortement la pression exercée sur la végétation restante et sur les cultures situées à proximité. Lorsque les premières pousses réapparaissent, les ongulés peuvent également consommer les jeunes plants et compromettre la régénération naturelle du massif. C’est précisément pour cette raison que l’Office national des forêts travaille régulièrement avec les chasseurs sur l’équilibre sylvo-cynégétique. Une population animale excessive peut empêcher les arbres de grandir, ruiner des plantations coûteuses et retarder durablement la reconstruction du couvert forestier. Dans certains secteurs, la chasse devra donc probablement rester suspendue. Dans d’autres, une régulation adaptée pourrait redevenir nécessaire bien avant trois ans pour éviter que les jeunes pousses ne soient systématiquement abrouties.
Les chasseurs présents pendant et après les incendies
Henri Sabarot rappelle également que les chasseurs n’ont pas attendu ces pétitions pour agir. « Ils sont sur le terrain aux côtés des pompiers », souligne-t-il. Lors des gigantesques incendies de Gironde de 2022, les chasseurs avaient déjà participé à la surveillance des massifs, à la détection des reprises de feu et à l’appui logistique des équipes engagées. Leur connaissance des chemins, des points d’eau, des pistes forestières et des accès difficiles constitue une aide précieuse lorsque des milliers d’hectares doivent être surveillés. Ils peuvent également mettre à disposition des véhicules tout-terrain, guider les secours et signaler rapidement les nouveaux départs de feu. Cette mobilisation se poursuit souvent longtemps après le retrait des principaux moyens de lutte. Les reprises peuvent survenir plusieurs jours après le passage des flammes et les territoires brûlés doivent rester sous surveillance permanente. Il est donc particulièrement injuste de laisser croire que les chasseurs attendraient uniquement la prochaine ouverture pour revenir tirer au milieu des cendres.
Willy Schraen dénonce une demande idéologique
Interrogé par La Dépêche du Midi, Willy Schraen s’est montré beaucoup plus offensif que les représentants régionaux. Le président de la Fédération nationale des chasseurs a qualifié l’idée d’un report général de l’ouverture de « ridicule » et de demande « idéologique d’écolos qui n’y connaissent rien ». La formule est brutale, mais elle traduit l’exaspération d’un monde cynégétique une nouvelle fois accusé de vouloir chasser partout, quelles que soient les circonstances. Le débat ne porte pourtant pas sur la nécessité de protéger les animaux survivants dans les zones dévastées. Sur ce point, chasseurs, forestiers, scientifiques et services de l’État peuvent parfaitement s’entendre. La véritable question est de savoir qui doit décider de la durée et de l’étendue des fermetures : des pétitionnaires réclamant trois années d’interdiction depuis Internet, ou les acteurs chargés d’évaluer concrètement les dégâts sur le terrain.
Des décisions locales plutôt qu’un slogan national
Les incendies ayant touché la Gironde et les Landes constituent une catastrophe écologique, humaine et économique majeure. Des mesures exceptionnelles seront évidemment nécessaires. Les zones dangereuses devront rester interdites au public. Certains territoires de chasse devront être fermés pendant plusieurs mois, voire davantage lorsque l’état de la faune et de la végétation l’exigera. Les plans de chasse devront également être adaptés à l’évolution des populations. Mais aucune durée sérieuse ne peut être décidée avant la fin des incendies, l’évaluation des dommages et les premiers suivis scientifiques. Le slogan « Pas de fusils sur les cendres » est efficace pour récolter des signatures. Il ne constitue pas pour autant une politique de gestion de la faune sauvage et des forêts. Les chasseurs n’ont aucun intérêt à poursuivre leur activité dans un territoire détruit et vidé de ses animaux. Ils savent s’arrêter lorsque les circonstances l’imposent. Ils savent aussi que, dans certaines zones, la régulation redeviendra indispensable pour permettre à la forêt de repousser. La reconstruction des massifs girondins et landais exigera du temps, de la compétence et une coopération étroite entre l’État, les scientifiques, les forestiers, les propriétaires, les collectivités et les chasseurs. Elle mérite mieux qu’un moratoire arbitraire de trois ans décidé sous le coup de l’émotion.












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