Somme : 567 grands cormorans pourront être régulés en eaux libres

Grand Cormoran

Espèce toujours protégée en France, le grand cormoran peut néanmoins faire l’objet de tirs de destruction lorsque sa prédation menace certaines populations de poissons ou provoque des dommages importants aux piscicultures. Dans la Somme, la préfecture vient de fixer à 567 oiseaux le plafond pouvant être prélevé en eaux libres durant la campagne 2026-2027. Une mesure attendue par certains pêcheurs locaux qui alertent depuis longtemps sur la pression exercée par le cormoran, notamment sur une espèce déjà en très grande difficulté : l’anguille.

Une espèce qui reste protégée

Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’autorisation accordée dans la Somme, le grand cormoran n’est évidemment (et malheureusement pour beaucoup de pêcheurs) pas devenu une espèce chassable. Il demeure protégé par la réglementation nationale et par la directive européenne « Oiseaux ». Sa destruction reste donc interdite par principe. Cependant, la forte progression de ses populations observée depuis plusieurs décennies a conduit l’État à prévoir des dérogations lorsque sa prédation provoque des dommages importants aux piscicultures ou menace certaines populations de poissons. Depuis février 2025, un nouvel arrêté national encadre notamment les interventions pouvant être organisées en eaux libres afin de protéger des espèces piscicoles dont l’état de conservation est jugé préoccupant.

Jusqu’à 567 oiseaux dans la Somme

C’est précisément dans ce cadre que la préfecture de la Somme autorise cette année la régulation du grand cormoran. Pour la campagne 2026-2027, le plafond de destruction en eaux libres est fixé à 567 oiseaux. Les opérations devront être concentrées sur les secteurs fréquentés par les cormorans où leur prédation est susceptible d’affecter des populations de poissons particulièrement sensibles. Ce chiffre constitue bien un plafond et non un objectif obligatoire de prélèvement. Un autre contingent existe par ailleurs pour protéger les piscicultures professionnelles et certains étangs exploités de la Haute-Somme. Celui-ci est fixé à 180 grands cormorans pour la même campagne. Les deux dispositifs répondent donc à des objectifs différents et ne doivent pas être confondus.

« Il faut sauver une espèce et les pêcheurs »

Pour les pêcheurs locaux, la mesure était attendue depuis longtemps. En février 2025, Michel Blondin, président des Pêcheurs à la ligne du Ponthieu (PLP), avait notamment tiré la sonnette d’alarme au sujet de l’anguille, dont les populations connaissent depuis plusieurs décennies un effondrement particulièrement préoccupant. « Le cormoran s’est sédentarisé et comme c’est un animal marin, il est capable de plonger pour aller chercher les anguilles qui n’ont aucune chance », expliquait-il alors. Michel Blondin dressait également un constat inquiétant de l’état des cours d’eau locaux : « On le voit, même les hérons n’ont plus à manger dans les cours d’eau, ils sont dans les champs pour se nourrir. ». Et de lancer cet appel : « Il faut sauver une espèce et les pêcheurs. ». La prédation du grand cormoran ne peut évidemment pas être considérée comme l’unique responsable du déclin de l’anguille, qui subit également la dégradation des habitats, les obstacles à la migration, les pollutions ou encore différentes formes de mortalité. Mais sur certains secteurs, la pression exercée par ces oiseaux peut constituer un facteur supplémentaire sur des populations de poissons déjà très fragilisées.

Des interventions très encadrées

Les 567 cormorans ne pourront évidemment pas être tirés librement par tous les chasseurs du département. Dans la Somme, les opérations d’effarouchement et de destruction sont réservées à des personnes expressément autorisées. Peuvent notamment intervenir, sous certaines conditions, les agents de l’Office français de la biodiversité, les lieutenants de louveterie, certains gardes particuliers assermentés, des piégeurs agréés ou encore des membres agréés de structures associatives de pêche. Ces intervenants doivent disposer d’une délégation du détenteur du droit de destruction ainsi que d’une autorisation individuelle délivrée par la Direction départementale des territoires et de la mer. Le cadre national prévoit également que les tirs soient réalisés de jour, à proximité des cours d’eau concernés et dans des conditions strictement définies. Chaque prélèvement doit être déclaré afin de suivre précisément la consommation du plafond attribué.

La Somme est loin d’être seule

La Somme n’est pas le seul département à avoir recours à ces dérogations. Dans l’Aisne voisine, un plafond de 190 grands cormorans a notamment été autorisé pour la campagne 2026-2027 dans le cadre de la protection de certaines populations de poissons. Dans l’Oise, les effectifs hivernants recensés permettraient théoriquement un plafond plus important, mais les autorisations retenues sur les secteurs concernés demeurent inférieures à cette limite, preuve que les plafonds réglementaires ne constituent pas automatiquement des objectifs de destruction. D’autres départements ont également adopté ou préparé des arrêtés permettant des interventions en eaux libres. C’est notamment le cas de la Haute-Marne ou encore de la Haute-Loire, où la protection de poissons comme la truite fario, l’ombre commun, le saumon atlantique, le brochet ou la vandoise peut justifier des opérations ciblées.

Un dispositif spécifique autour des piscicultures

À ces autorisations en eaux libres s’ajoute un second mécanisme concernant la protection des piscicultures. Un arrêté ministériel fixe pour chaque département un plafond annuel applicable pour les campagnes 2025-2026, 2026-2027 et 2027-2028. Les différences sont considérables d’un territoire à l’autre. L’Ain dispose par exemple d’un plafond annuel de 4 200 oiseaux, l’Indre de 3 367, le Loir-et-Cher de 2 125, la Vendée de 1 600, la Moselle de 1 500 ou encore la Saône-et-Loire de 1 000. La Dordogne dispose pour sa part d’un plafond annuel de 100 grands cormorans dans le cadre de la protection des piscicultures.

Une régulation qui doit rester justifiée

Ces autorisations restent toutefois étroitement surveillées sur le plan juridique. Les préfets doivent pouvoir démontrer l’existence de dommages importants ou d’un réel risque pour des populations de poissons menacées, ainsi que l’absence de solution alternative satisfaisante. Des arrêtés ont d’ailleurs déjà été contestés devant les tribunaux administratifs lorsque ces justifications étaient jugées insuffisantes. Le cas de la Somme illustre donc parfaitement le délicat équilibre recherché par la réglementation : le grand cormoran demeure une espèce protégée, mais cette protection n’exclut heureusement plus des interventions ciblées lorsque sa prédation devient susceptible d’aggraver la situation de poissons déjà particulièrement vulnérables.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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