Après le retour de sa chasse la saison dernière sous le régime de la gestion adaptative, la tourterelle des bois devrait de nouveau pouvoir être prélevée en France en 2026-2027. Le projet d’arrêté soumis à consultation publique prévoit même de relever le plafond national à 12 000 oiseaux, contre 10 560 la saison précédente. Une augmentation de près de 14 %, qui s’appuie sur la forte progression observée à l’échelle de la voie migratoire ouest-européenne.
Une ouverture prévue le 5 septembre
La consultation publique consacrée au projet d’arrêté encadrant la chasse de la tourterelle des bois s’est achevée le 19 août après avoir recueilli 9 494 contributions. Le texte n’est donc pas encore l’arrêté définitif, mais sa rédaction actuelle prévoit une ouverture de la chasse de la tourterelle des bois le samedi 5 septembre 2026 sur l’ensemble du territoire métropolitain. Surtout, le plafond national passerait de 10 560 oiseaux lors de la saison 2025-2026 à 12 000 cette année, soit 1 440 possibilités de prélèvements supplémentaires et une hausse d’environ 13,6 %. Ce quota resterait national, non fractionnable et constituerait une limite absolue.
Seulement 71 % du quota réalisé la saison dernière
Cette augmentation ne doit pas laisser croire que les chasseurs français avaient atteint le plafond qui leur était accordé en 2025-2026. L’avis rendu le 17 juillet dernier par le Comité d’experts sur la gestion adaptative, le CEGA, apporte à ce sujet un chiffre désormais consolidé : 7 483 tourterelles des bois ont été prélevées et déclarées en France la saison dernière. Cela représente 71 % du quota national de 10 560 oiseaux. Près de 3 100 possibilités de prélèvement étaient donc encore disponibles lorsque la saison s’est achevée. Ces données sont particulièrement intéressantes puisqu’elles constituent le premier véritable bilan de la reprise de cette chasse après plusieurs années de moratoire.
Une hausse spectaculaire sur la voie migratoire occidentale
La décision envisagée pour 2026-2027 s’appuie avant tout sur les résultats observés à l’échelle de la voie migratoire ouest-européenne. Selon les éléments examinés par le CEGA, la population poursuit son augmentation pour la quatrième année consécutive. Elle aurait atteint environ 2,12 millions de couples reproducteurs en 2025. Depuis la mise en place du moratoire en 2021, la progression atteindrait 46,6 %, avec une croissance moyenne annuelle estimée à 9,6 %. Les données de survie évoluent elles aussi favorablement. Le CEGA fait état d’une augmentation de 10 % de la survie des adultes et de 42 % de celle des juvéniles dans les populations françaises et ibériques baguées. À l’échelle de l’ensemble de la voie migratoire occidentale, le Comité considère ainsi que le quota de 12 000 oiseaux attribué à la France « apparaît compatible avec une chasse durable de l’espèce ».
En France, une situation plus nuancée
Il faut toutefois apporter une précision importante. La spectaculaire progression de 46,6 % ne correspond pas à une hausse équivalente de la population nicheuse française. Le CEGA souligne que le rebond observé à l’échelle de la voie migratoire est principalement porté par la population ibérique. En France, les données disponibles indiquent plutôt une stabilisation des effectifs depuis la mise en place du moratoire. Entre 2021 et 2025, l’évolution estimée est de +3 %, mais cette variation n’est pas statistiquement significative, avec néanmoins la possibilité d’un rebond au cours des deux dernières années. Le CEGA estime donc que les connaissances actuelles ne permettent pas encore d’affirmer que le quota de 12 000 oiseaux est compatible avec une chasse durable lorsqu’on considère uniquement les tourterelles nichant ou migrant par la France. Une réserve qu’il est important de mentionner, mais qui ne remet pas en cause la recommandation européenne établie à l’échelle de la voie migratoire, sur laquelle repose précisément le système actuel de gestion adaptative.
ChassAdapt obligatoire après chaque prélèvement
Si le projet est définitivement adopté, le dispositif mis en place la saison dernière sera reconduit. Chaque tourterelle des bois prélevée devra être enregistrée immédiatement dans ChassAdapt, dès que le chasseur sera en possession de l’oiseau. La Fédération nationale des chasseurs transmettra quotidiennement à l’OFB et au ministère les données enregistrées. Les agents habilités pourront de leur côté vérifier les déclarations grâce à l’application ChassControl. Lorsque le compteur atteindra 12 000 oiseaux, la FNC devra bloquer la possibilité d’enregistrer de nouveaux prélèvements dans ChassAdapt et informer immédiatement les Fédérations départementales des chasseurs. Tout nouvel oiseau prélevé après l’annonce de l’atteinte du plafond constituerait alors une infraction.
Des prélèvements qui vont aussi produire de la connaissance
Le dispositif ne se limite pas à compter les oiseaux tués. Le projet prévoit également la production d’un bilan biologique des prélèvements, notamment par l’analyse de l’âge des tourterelles prélevées. Le CEGA souhaite d’ailleurs renforcer la collecte de données. Lors de la saison 2025-2026, environ un quart seulement des déclarations effectuées dans ChassAdapt étaient accompagnées d’une photographie permettant notamment d’améliorer l’analyse des classes d’âge. Le Comité recommande également de poursuivre les programmes de baguage, de télémétrie et les travaux génétiques permettant de mieux comprendre les liens entre les différentes populations européennes. C’est précisément tout l’intérêt de la gestion adaptative : autoriser un prélèvement lorsque les indicateurs le permettent, mesurer ensuite son effet et adapter les décisions des saisons suivantes à l’évolution réellement observée de la population.
Deux étonnantes coquilles dans le projet d’arrêté
La lecture attentive du projet actuellement publié par le ministère révèle toutefois deux erreurs qui devront évidemment être corrigées avant la publication éventuelle de l’arrêté définitif. Dans son article 2, consacré au suivi des tourterelles des bois, le texte évoque soudain les « spécimens de fuligule milouin prélevés et non-déclarés ». Une formulation manifestement copiée d’un autre projet d’arrêté consacré à cette espèce. Plus étonnant encore, l’article 3 demande à la FNC d’adresser le bilan de la saison cynégétique 2026-2027 « avant le 1er mai 2026 », soit plusieurs mois avant même son commencement. Il faut naturellement lire 2027. Deux coquilles sans conséquence sur l’esprit du texte, mais qui mériteront d’être rectifiées avant sa signature.
La gestion adaptative commence à montrer ce qu’elle peut apporter
Après plusieurs années d’interdiction totale, la saison 2025-2026 avait marqué le retour prudent de la chasse de la tourterelle des bois en France. Un an plus tard, le quota envisagé progresse tandis que le plafond précédent n’a même pas été entièrement consommé. Surtout, les effectifs de la voie migratoire occidentale continuent leur remontée, tout en faisant désormais l’objet d’un suivi beaucoup plus précis. La prudence demeure nécessaire concernant la population française, comme le rappelle lui-même le CEGA. Mais cette situation démontre aussi l’intérêt d’une gestion qui ne raisonne plus uniquement en termes d’interdiction ou d’autorisation définitive. Lorsque les populations progressent, les prélèvements peuvent évoluer. Si les indicateurs venaient à se dégrader, ils devraient à l’inverse être réduits. C’est exactement le principe que les chasseurs défendent depuis longtemps : gérer une espèce à partir des données disponibles, contrôler réellement les prélèvements et faire évoluer la chasse avec l’état des populations plutôt que selon des positions idéologiques figées.












Laisser un commentaire