Forêts incendiées : les chasseurs n’ont pas besoin d’une loi pour savoir s’arrêter de chasser

Forêt incendiée

Une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale réclame l’interdiction de la chasse pendant un an après les incendies qui ont frappé plusieurs massifs français. Une demande nationale et uniforme à laquelle les chasseurs répondent qu’ils savent déjà suspendre leurs activités lorsque l’état du terrain et de la faune l’exige. Ils rappellent également leur engagement dans l’entretien des milieux, la prévention des feux et, lorsque les flammes surviennent, aux côtés des pompiers.

Une interdiction nationale pendant un an

Déposée le 15 juillet 2026 sur la plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale, une pétition intitulée « Interdiction de la chasse pendant 1 an : urgence à Fontainebleau et en France face aux feux de forêt » demande l’adoption rapide d’une mesure applicable à l’ensemble du territoire. Son autrice, Sabrina Maubon, une « artiste » visiblement engagée du côté gauche, voire très à gauche, de l’échiquier politique, estime qu’une suspension de la chasse serait nécessaire pour permettre à la faune sauvage de se remettre des incendies et participer à la reconstruction des écosystèmes forestiers. Les conséquences des feux sur les animaux sont évidemment réelles. Certains périssent dans les flammes ou succombent à leurs blessures, tandis que d’autres doivent abandonner leurs zones de remise et trouver de nouvelles ressources alimentaires. Les effets varient toutefois considérablement selon la superficie brûlée, l’intensité du feu, les habitats concernés et les capacités de fuite des différentes espèces. Demander une interdiction nationale d’une année entière revient donc à appliquer la même réponse à un massif parcouru par quelques hectares de flammes et à une forêt ravagée sur plusieurs milliers d’hectares.

« On sait quand il faut arrêter »

Interrogés par La Provence, plusieurs chasseurs de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur contestent la nécessité d’une nouvelle loi. « On n’a pas besoin de loi. On sait quand il faut arrêter », résume Éric, un chasseur de la région. Il rappelle que les sociétés de chasse peuvent décider elles-mêmes de fermer temporairement certains secteurs après un incendie. Michel Ribbe, président de la Société de chasse communale d’Istres depuis dix-huit ans, explique également que les chasseurs se réunissent après les feux afin de déterminer les territoires qui doivent être soustraits à la chasse pendant leur régénération. Cette adaptation locale permet de tenir compte de la situation réelle du massif, plutôt que d’imposer une interdiction automatique et uniforme à tous les territoires français. Éric cite notamment l’exemple du plateau de la Mure, visible depuis Marseille. Après d’importants incendies survenus il y a plusieurs décennies, la chasse y avait été suspendue et des mesures avaient été prises en concertation avec les préfectures, les communes et les Fédérations départementales des chasseurs.

Les animaux ne restent pas forcément dans les secteurs brûlés

Une forêt incendiée ne conserve pas nécessairement les mêmes populations animales qu’avant le passage du feu. « Quand on a un vrai feu, on ne peut rien chasser. Les animaux ne vont pas là où il y a eu un feu, ils cherchent de la nourriture », souligne Éric. Les grands mammifères capables de fuir se reportent généralement vers les secteurs périphériques épargnés. Ils peuvent ensuite revenir progressivement lorsque la végétation repousse et que les ressources alimentaires redeviennent disponibles. L’Office national des forêts indique ainsi qu’après certains incendies, il peut être nécessaire de limiter ou d’interdire temporairement la chasse pour faciliter le retour de la faune. Dans le Vaucluse, l’ONF constatait que les lièvres, les perdrix, les sangliers et les chevreuils avaient regagné les lieux environ deux ans après le sinistre, à mesure que le couvert végétal se reconstituait. Cela ne signifie cependant pas qu’une interdiction générale d’un an serait adaptée partout. La gestion doit dépendre de l’état du milieu, des populations présentes et des objectifs de régénération.

Trop d’ongulés peuvent empêcher la forêt de repousser

La pétition présente la protection des animaux comme une condition nécessaire à la reconstruction des forêts. Mais cette reconstruction dépend avant tout d’un équilibre entre la végétation et les populations animales. L’ONF travaille ainsi avec les chasseurs pour restaurer l’équilibre sylvo-cynégétique, c’est-à-dire rendre compatible la présence des cerfs, chevreuils et sangliers avec le renouvellement naturel des peuplements forestiers. Lorsque les ongulés sont trop nombreux, leur consommation des jeunes pousses peut empêcher les arbres de se développer. L’Office considère même la chasse comme un préalable indispensable à la plantation des forêts de demain dans les secteurs où la pression des ongulés est excessive. Sans diminution de certaines populations, les jeunes arbres plantés ou issus de la régénération naturelle risquent d’être abroutis avant d’avoir pu se développer. À Fontainebleau, environ 2 000 hectares, soit près de 10 % du massif, ont été touchés par les incendies de juillet 2026. Une telle catastrophe nécessite évidemment des mesures exceptionnelles et une fermeture temporaire des zones dangereuses. Elle ne permet cependant pas de conclure que toute chasse devrait être interdite pendant une année dans l’ensemble du pays.

Les chasseurs participent aussi à l’entretien des territoires

Les chasseurs ne se contentent pas de prélever des animaux. Les sociétés de chasse et les Fédérations départementales des chasseurs participent régulièrement à l’entretien des chemins, des points d’eau, des lisières et des milieux ouverts. Ces interventions peuvent jouer un rôle important dans la prévention des incendies. Le débroussaillement réduit la quantité de végétation susceptible d’alimenter les flammes, ralentit la propagation du feu et facilite l’accès des véhicules de secours. Les pouvoirs publics le présentent comme l’une des mesures les plus efficaces pour protéger les forêts, les habitations et les personnes. Les chasseurs disposent également d’une connaissance très précise des pistes, des accès, des points d’eau et des zones difficiles à atteindre. Cette présence régulière sur le terrain peut permettre de repérer rapidement un départ de feu et de guider les secours dans des secteurs où chaque minute compte.

Aux côtés des pompiers lorsque les flammes frappent

Lors des grands incendies de Gironde de l’été 2022, les chasseurs ont été officiellement associés au dispositif de surveillance des massifs après le passage du feu. La préfecture de la Gironde avait alors annoncé que les sapeurs-pompiers, les militaires, les personnels de la Défense des forêts contre les incendies, l’ONF, l’OFB, les chasseurs et les riverains resteraient mobilisés jour et nuit pour surveiller les secteurs sinistrés. Les acteurs forestiers avaient également épaulé les pompiers dans la surveillance, le traitement des lisières et la réalisation de travaux permettant de contenir les incendies. Les chasseurs ne se substituent évidemment pas aux sapeurs-pompiers, seuls formés et équipés pour combattre directement les flammes. Ils peuvent néanmoins leur apporter une aide précieuse grâce à leur connaissance du terrain, à leurs véhicules tout-terrain et à leur capacité de mobilisation locale. Cette réalité contraste avec l’image d’un monde de la chasse qui chercherait à poursuivre ses activités sans se préoccuper de la détresse des animaux ou de la destruction des milieux naturels. Aujourd’hui encore, face au mégafeu qui ravage le département leur implication est reconnue et saluée de tous.

Fermer lorsque cela est nécessaire, réguler lorsque cela s’impose

Après un incendie majeur, une suspension locale de la chasse peut être parfaitement justifiée. Certains secteurs doivent rester fermés pour protéger une faune fragilisée, éviter de déranger les animaux réfugiés dans les dernières zones préservées ou garantir la sécurité du public face aux chutes d’arbres et aux sols instables. Mais, dans d’autres territoires, la régulation des ongulés peut rapidement redevenir nécessaire pour protéger les jeunes repousses et les plantations. L’ONF rappelle régulièrement que les chevreuils et les sangliers présents en trop grand nombre compromettent la régénération forestière. Sans intervention, leurs populations peuvent également aggraver les dégâts agricoles, les collisions routières et les dégradations autour des massifs. La bonne réponse ne réside donc pas dans une interdiction nationale et automatique, mais dans des décisions prises massif par massif, en concertation avec les préfectures, l’ONF, les communes, les propriétaires forestiers et les Fédérations départementales des chasseurs. Les chasseurs savent interrompre leurs activités lorsque les circonstances l’exigent. Ils savent aussi entretenir les territoires, restaurer les habitats, surveiller les massifs et soutenir les pompiers. Les exclure pendant un an de toutes les forêts françaises ne protégerait pas nécessairement la nature. Dans certains secteurs, cela pourrait même rendre sa régénération plus difficile.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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