Trois cerfs décapités pour leurs trophées : halte au braconnage !

Cerfs décapités par des braconniers de trophées

Trois grands cerfs ont été retrouvés morts dans l’Aisne en quelques jours, en pleine période du brame. Les auteurs auraient emporté les têtes ou les bois, abandonnant les carcasses sur place. Un mode opératoire qui fait fortement soupçonner un braconnage destiné à récupérer des trophées. Il faut appeler les choses par leur nom : ceux qui se livrent à de tels actes ne peuvent pas se prévaloir du titre de chasseurs.

Trois grands cerfs abattus en quelques jours

Les découvertes se sont succédé depuis le début du mois de septembre. Un premier cerf a été retrouvé sur le camp militaire de Sissonne. Deux autres animaux ont ensuite été découverts dans le secteur de la forêt de Saint-Gobain, notamment près de Leuilly-sous-Coucy. Dans ces affaires, le même mobile semble se dessiner : récupérer les bois des grands mâles pour en faire des trophées et abandonner le reste de l’animal. Les investigations doivent évidemment encore permettre d’identifier les auteurs et de déterminer précisément les circonstances dans lesquelles chaque animal a été tué. Mais plusieurs sources locales évoquent clairement des actes de braconnage pour les trophées.

Le brame rend les grands mâles particulièrement repérables

Le calendrier n’a évidemment rien d’anodin. De septembre à la mi-octobre environ, les grands cerfs entrent dans la période du brame. Les mâles signalent leur présence par leur puissant raire, se déplacent davantage et se concentrent autour des secteurs fréquentés par les biches. Un spectacle extraordinaire pour celui qui aime la faune sauvage, mais qui rend aussi les animaux beaucoup plus faciles à localiser. L’Office national des forêts, comme les fédération départementales des chasseurs, rappellent d’ailleurs combien cette période est sensible et demandent aux visiteurs de préserver la tranquillité des animaux, dont le comportement et la reproduction peuvent être perturbés par une simple présence humaine. Pour un braconnier à la recherche d’un trophée, le brame peut au contraire devenir une sinistre opportunité.

Abattre un cerf, prendre sa tête et abandonner le corps

Et c’est précisément là qu’il faut cesser d’employer les mots avec légèreté. Abattre clandestinement un grand cerf, lui couper la tête et récupérer ses bois puis laisser sa carcasse sur place n’a rien à voir avec la chasse telle que nous la pratiquons et la défendons. La chasse au grand gibier est réglementée. Pour les animaux soumis à plan de chasse, chaque prélèvement autorisé est associé à un dispositif de marquage. Comme nous le savons tous, le Code de l’environnement impose que l’animal abattu soit marqué sur les lieux mêmes de sa capture avant son transport. Il y a des territoires, des périodes, des modes de chasse autorisés, des attributions, des contrôles et une responsabilité assumée par celui qui prélève l’animal. Et derrière la réglementation existe aussi quelque chose qu’aucun texte ne peut véritablement imposer : une éthique.

Un braconnier n’est pas un chasseur

Il faut le répéter chaque fois que nécessaire. Un braconnier n’est pas « un mauvais chasseur ». Il agit précisément en dehors des règles qui définissent la chasse. Le chasseur prélève un animal dans un cadre légal, participe à la gestion des populations, pose son bracelet lorsque celui-ci est obligatoire et assume l’animal qu’il vient de tuer. Le braconnier, lui, se sert. Dans le cas présent, si les soupçons sont confirmés, il ne s’agissait même manifestement pas de rechercher de la venaison. Les grands cerfs auraient été transformés en simples supports à trophées, leurs corps abandonnés après récupération de ce qui intéressait leurs tueurs. Difficile d’imaginer comportement plus éloigné du respect que les chasseurs doivent et témoignent au gibier.

Jusqu’à plusieurs dizaines de cerfs braconnés chaque année

Le phénomène est malheureusement loin d’être inconnu dans l’Aisne. Selon les informations rapportées localement, entre 10 et 50 cerfs seraient victimes chaque année du braconnage dans le département. Pendant le brame, les secteurs sensibles font l’objet de surveillances renforcées, notamment de la part des agents chargés de la police de la chasse et de la gestion forestière. Les contrôles sont d’autant plus compliqués que ces actes sont généralement commis à des horaires où les massifs sont déserts et où les auteurs disposent parfois d’équipements permettant d’agir rapidement. C’est précisément ce qui rend leur interpellation difficile.

Les chasseurs sont les premiers à vouloir qu’ils soient arrêtés

Il serait également bon que ceux qui utilisent chaque fait de braconnage pour attaquer la chasse comprennent cette évidence : les chasseurs n’ont aucun intérêt à protéger ces individus. Bien au contraire. Un cerf braconné est un animal retiré clandestinement d’une population pourtant gérée par des plans de chasse. C’est un prélèvement qui échappe à toute gestion, tout contrôle et toute traçabilité. C’est aussi le travail des chasseurs, des Fédérations départementales des chasseurs, des forestiers et des gestionnaires qui est piétiné. Et c’est enfin l’image de tous les pratiquants respectueux des règles qui risque d’être salie par quelques individus qui n’en respectent aucune. Alors non, nous ne chercherons aucune circonstance atténuante à ceux qui ont tué ces cerfs si les faits de braconnage sont établis. Qu’ils soient identifiés et sanctionnés. La chasse mérite mieux que des hommes capables d’abattre un animal majestueux en plein brame, d’emporter ses bois comme un bibelot et d’abandonner son corps dans la forêt. Ceux-là ne sont pas des chasseurs. Ce sont des braconniers. Et ceux qui commettent de tels actes, nous assumons pleinement le mot, sont des ordures.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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