Après son dérapage, Francis Lampe démissionne : « N’arrêtez pas la chasse »

Démission du Pdt de l'ACCA Pollestres

Le président de l’ACCA de Pollestres, Francis Lampe, a finalement démissionné après la polémique provoquée par son message évoquant des « cartouches remplies de gros sel » à destination de ceux qui viendraient perturber l’ouverture de la chasse. Une décision prise après l’appel à son départ du président de la Fédération départementale des chasseurs des Pyrénées-Orientales. Très affecté, le désormais ex-président envisage même d’arrêter de chasser. Il a fait une erreur, il l’a reconnue et en assume aujourd’hui les conséquences. Mais renoncer à sa passion serait probablement aller beaucoup trop loin.

Francis Lampe quitte la présidence

L’hypothèse était déjà évoquée lundi. Elle est désormais devenue réalité. Francis Lampe n’est plus président de l’ACCA de Pollestres. Le chasseur a confirmé sa démission à ICI Roussillon après la vive polémique provoquée par sa publication Facebook mise en ligne à la veille de l’ouverture générale de la chasse dans les Pyrénées-Orientales. Dans ce message depuis supprimé, il répondait à ceux qui auraient souhaité venir perturber l’ouverture en affirmant avoir « quelques cartouches remplies de gros sel », ajoutant que les éventuels perturbateurs auraient « très mal aux fesses pendant beaucoup de temps ». Nous l’écrivions dès mardi matin : même formulée sur le ton de la plaisanterie, cette menace était impossible à défendre. Lorsqu’on préside une association de chasseurs, évoquer l’utilisation d’une arme contre des opposants, même sous forme de boutade, constitue nécessairement une faute. Francis Lampe semble aujourd’hui l’avoir parfaitement compris.

« Je suis très, très, très, très mal »

Dimanche, le maire de Pollestres, Jean-Charles Moriconi, avait condamné les propos. Lundi, Jean-Pierre Sanson, président de la Fédération départementale des chasseurs des Pyrénées-Orientales, est allé plus loin en demandant la démission de Francis Lampe. « Les menaces évoquées à l’encontre de personnes susceptibles de venir perturber cette journée sont inacceptables. Qu’elles aient été formulées sur le ton de la plaisanterie ou de la provocation ne change rien à leur nature », a-t-il déclaré. Francis Lampe en a tiré les conséquences. Mais derrière la démission apparaît désormais surtout un homme profondément affecté par l’ampleur prise par cette affaire. « C’était du quatrième degré, une boutade, une farce pour répondre à Madame Rousseau. Je n’avais pas du tout l’intention d’appliquer mes propos », explique-t-il à ICI Roussillon. Et d’ajouter : « Je me sens très, très, très, très mal parce que je me rends compte de l’ampleur que ça a pris. Je tiens à présenter mes excuses auprès des gens qui ont pu être choqués, ce n’était vraiment pas le but. »

Il reconnaît son erreur et en assume les conséquences

Il serait difficile de lui reprocher aujourd’hui de chercher à minimiser sa responsabilité. Dès que la polémique a éclaté, Francis Lampe a supprimé sa publication. Il a reconnu avoir fait « une grosse connerie », présenté ses excuses et expliqué qu’il ne possédait en réalité aucune cartouche chargée de gros sel. Il démissionne désormais de ses fonctions. « L’erreur est faite. J’aurais dû réfléchir à deux fois avant de faire ce genre de bêtise. Mais je ne pensais pas que les gens me prendraient au pied de la lettre. Maintenant, j’en assume les conséquences », reconnaît-il encore. On pourra considérer que cette démission était nécessaire. D’autres penseront qu’elle constitue déjà une sanction extrêmement lourde pour une mauvaise plaisanterie qui n’a jamais été suivie du moindre passage à l’acte. Mais une chose est certaine : Francis Lampe n’est pas en train d’expliquer que tout le monde a mal compris ses propos et que lui seul aurait raison. Il reconnaît son erreur.

Des menaces reçues après la polémique

Il ne faudrait pas pour autant oublier ce qui entoure cette affaire. Francis Lampe affirme avoir lui-même reçu des menaces depuis le déclenchement de la polémique. Il décrit également un quotidien devenu de plus en plus tendu pour certains chasseurs. « On nous insulte, on nous crève les pneus, on n’est plus sereins », témoigne-t-il. C’était précisément l’un des points que nous soulevions dans notre précédent article. Une menace proférée par un chasseur reste une menace et doit être condamnée. Mais les insultes, intimidations, dégradations et menaces visant les chasseurs ne deviennent pas davantage acceptables sous prétexte qu’elles proviennent du camp opposé. Les déclarations de Francis Lampe sont d’ailleurs intervenues dans un contexte particulièrement inflammable, quelques semaines après les propos de Sandrine Rousseau appelant ses sympathisants à aller « physiquement » au-devant des chasseurs pour s’opposer à l’ouverture. Cela n’excuse rien. Mais faire comme si cette tension n’existait pas serait tout aussi artificiel.

Francis, n’arrêtez pas de chasser

Car une phrase prononcée par Francis Lampe nous paraît aujourd’hui plus triste encore que sa démission. « J’envisage même d’arrêter de chasser. ». Alors permettons-nous cette fois de sortir légèrement de notre rôle habituel. Non, Francis. N’arrêtez pas de chasser. Vous avez écrit une connerie. Vous l’avez reconnue. Vous avez supprimé votre message. Vous vous êtes excusé. Vous avez perdu votre fonction de président et vous en assumez les conséquences. Cela suffit probablement à comprendre la leçon. La chasse n’est pas responsable de cette publication et des années passées à pratiquer une passion ne s’effacent pas pour quelques lignes écrites sous le coup de la colère et de la provocation. À force d’être insulté, provoqué ou parfois directement menacé, un homme peut finir par répondre trop vite et employer des mots qu’il regrettera quelques heures plus tard. Cela ne rend pas ces mots acceptables. Cela rappelle simplement qu’un chasseur reste un être humain. Et s’il existe une leçon à tirer de cette affaire pour tous les autres, elle est probablement celle que Willy Schraen donnait lui-même le matin de l’ouverture : face aux provocations, « surtout ne répondez pas ». Francis Lampe l’a appris de la manière la plus brutale. Qu’il laisse donc derrière lui la présidence de son ACCA si telle doit être la conséquence de son erreur. Mais qu’il ne laisse pas également derrière lui les chiens, les copains, les matins dans la campagne et une passion qui a probablement occupé une bonne partie de sa vie. Parce qu’alors, oui, ceux qui rêvent de faire disparaître les chasseurs de nos campagnes auraient obtenu bien davantage qu’une démission.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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