Haine anti-chasse : quand les mots finissent par devenir des menaces

Anti-chasse menaçants

Quelques semaines après les propos très controversés de Sandrine Rousseau appelant notamment à se tenir « face » aux chasseurs « physiquement », une battue de régulation organisée dans l’Oise a déclenché un véritable déferlement de messages hostiles sur les réseaux sociaux. Insultes, souhait de voir un sanglier charger un chasseur, allusions à des automobilistes qui pourraient les « frôler », appel à « réguler » les chasseurs : à Neuilly-en-Thelle, le maire a fini par monter au créneau. On peut aimer la chasse. On peut la détester. On peut souhaiter qu’elle évolue, la contester ou même militer pour son interdiction. C’est le débat démocratique. Mais lorsque certains en arrivent à souhaiter qu’un chasseur soit attaqué par un animal ou suggèrent de mettre volontairement sa sécurité en danger sur le bord d’une route, nous ne sommes plus vraiment dans le débat. C’est précisément ce qui vient de se produire dans l’Oise.

Une simple annonce de prévention

Dimanche 13 septembre, une battue administrative aux sangliers était organisée à Neuilly-en-Thelle. L’ouverture générale de la chasse n’interviendra dans l’Oise que le 20 septembre. Cette opération particulière avait donc pour objectif de réguler des sangliers responsables de dégâts répétés dans les cultures, notamment les maïs. Des interventions nocturnes de lieutenants de louveterie avaient déjà eu lieu sans suffire à résoudre le problème. En amont, l’association locale de chasse avait publié un message sur les réseaux sociaux afin d’informer la population des secteurs concernés et d’appeler automobilistes et promeneurs à la vigilance. Une démarche qui relève normalement de la prévention et de la sécurité. Elle va pourtant provoquer un torrent de réactions.

« Régulons les chasseurs »

Dans les commentaires apparaissent rapidement les traditionnels « tueurs », « assassins sanguinaires » ou « fachos ». Mais certains internautes vont beaucoup plus loin. L’un espère qu’un sanglier chargera les chasseurs. Un autre évoque l’idée de « frôler » des hommes présents au bord de la route. Un troisième écrit : « Régulons les chasseurs, la nature s’en portera d’autant mieux. ». À tel point que Denis Jacob, maire de Neuilly-en-Thelle, décide d’intervenir publiquement. L’élu rappelle un principe qui devrait pourtant aller de soi : chacun est libre d’être pour ou contre la chasse. Mais cette liberté ne saurait justifier l’insulte, l’intimidation ou des propos pouvant être compris comme des appels à s’en prendre physiquement à des personnes.

Un maire qui refuse de laisser passer

Denis Jacob apporte alors clairement son soutien aux chasseurs de sa commune. Il évoque un « déferlement » de commentaires agressifs et parfois inquiétants et estime que l’appel à la confrontation physique est irresponsable. La situation est prise suffisamment au sérieux pour que les forces de l’ordre soient mobilisées à l’occasion de la battue du 13 septembre. Finalement, aucun opposant ne se présentera et l’opération se déroulera sans incident, comme l’a confirmé la commune de Neuilly-en-Thelle après la battue. Tout est bien qui finit bien, pourrait-on dire. Pas tout à fait. Car les mots, eux, restent.

Quelques semaines après la polémique Rousseau

Difficile de ne pas replacer cet épisode dans le climat particulièrement tendu qui entoure cette rentrée cynégétique. Le 23 août dernier, lors de l’UniREVcité organisée par le mouvement REV d’Aymeric Caron, Sandrine Rousseau avait appelé les militants environnementaux à se rendre dans les forêts et les campagnes pour « empêcher » la chasse. La députée écologiste avait également appelé à être présents « debout, face à eux, physiquement ». Ces déclarations avaient entraîné une très vive réaction de la Fédération nationale des chasseurs, qui a annoncé une action judiciaire. Plusieurs Fédérations départementales des chasseurs se sont ensuite associées à cette démarche. Sandrine Rousseau a, de son côté, estimé que cette polémique permettait aux chasseurs de détourner le débat de la question de l’état de la faune sauvage. Il serait naturellement hasardeux d’établir un lien de causalité entre les déclarations d’une députée et les commentaires écrits quelques semaines plus tard par des internautes dans l’Oise. Mais leur proximité dans le temps pose au moins une question : jusqu’où peut-on faire monter la température autour d’une activité légale, malheureusement aussi clivante dans nos sociétés occidentales déconnectées de la réalité de la nature, sans finir par créer un climat délétère ?

La chasse peut être combattue, les chasseurs doivent être respectés

Les chasseurs n’ont jamais demandé à être à l’abri de la critique. Ils savent parfaitement que leur pratique divise et qu’elle continuera probablement longtemps de susciter des débats passionnés. Mais il existe une différence fondamentale entre écrire « je suis opposé à la chasse » et espérer qu’un sanglier blesse celui qui la pratique. Entre manifester contre une battue et suggérer qu’on pourrait « frôler » ses participants avec une voiture. Entre combattre une activité légalement et s’en prendre à ceux qui la pratiquent. À Neuilly-en-Thelle, le maire a eu le mérite de tracer cette limite très clairement. Et peut-être serait-il temps que chacun en fasse autant. Parce qu’à force de transformer systématiquement le chasseur en ennemi plutôt qu’en contradicteur, certains semblent finir par oublier qu’avant d’être chasseurs, ceux qu’ils insultent ou menacent sont tout simplement des hommes et des femmes.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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