Louis Aragon écrivait que « la femme est l’avenir de l’homme ». Nous ne nous risquerons pas à trancher cette vaste question. Mais à regarder les chiffres des nouveaux permis de chasser, une autre pourrait bientôt se poser : la femme serait-elle aussi l’avenir de la chasse ? Le monde cynégétique reste très majoritairement masculin. Pourtant, lentement mais sûrement, les lignes bougent. En Isère, les femmes ne représentent encore qu’environ 3 % des 15 000 chasseurs du département. Mais elles constituent désormais 18 % des quelque 450 nouveaux permis formés chaque année. Une proportion qui change sérieusement la physionomie de la relève.
En Isère, près d’un nouveau permis sur cinq est féminin
Invitée d’ICI Isère à l’occasion de l’ouverture générale de la chasse, Danielle Chenavier, présidente de la Fédération départementale des chasseurs de l’Isère, a livré des chiffres particulièrement intéressants. Les effectifs départementaux continuent de s’éroder légèrement, avec 150 à 200 chasseurs perdus chaque année. Dans le même temps, environ 450 nouveaux permis sont formés annuellement. Et parmi eux, les femmes occupent une place de plus en plus importante. « Au niveau des femmes, nous sommes à 3 % d’effectifs actuels », explique Danielle Chenavier. Mais surtout, ajoute-t-elle, « sur ces permis, en moyenne, nous avons 18 % de femmes ». Autrement dit, si les chasseresses restent encore très minoritaires parmi les pratiquants actuels, leur proportion est six fois plus importante parmi ceux qui arrivent. La tendance dépasse d’ailleurs largement les frontières de l’Isère.
Une progression visible dans toute la France
La dernière grande étude sociologique publiée par la Fédération nationale des chasseurs, portant sur la saison 2022-2023, évaluait à 3,3 % la part des femmes parmi les 963 571 chasseurs ayant validé leur permis. Cela peut sembler peu. Mais leur nombre avait déjà progressé de 25 % en moins de dix ans et, surtout, les femmes représentaient alors 13 % des candidats au permis de chasser. Les chiffres donnés aujourd’hui par l’Isère montrent donc que cette dynamique pourrait encore s’accélérer. Et le phénomène n’est pas réservé aux Alpes. En Dordogne, par exemple, 76 femmes figuraient parmi les 404 candidats ayant réussi l’examen du permis de chasser durant la saison 2024-2025. De la femme de chasseur qui décide un jour de franchir le pas à la jeune femme qui découvre seule la pratique, les profils se diversifient. Et avec eux disparaît progressivement l’image d’une chasse qui serait exclusivement une affaire d’hommes.
Trois femmes président déjà une Fédération départementale
Cette féminisation commence également à atteindre les responsabilités cynégétiques. Sur les 94 Fédérations départementales des chasseurs recensées par la FNC, trois sont actuellement dirigées par des femmes. Danielle Chenavier préside la Fédération départementale des chasseurs de l’Isère. Claire Thieriot est à la tête de celle de la Creuse. Enfin, Evelyne Guillon préside la Fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire. Trois sur 94, cela reste évidemment très peu. Mais leur présence à ces postes aurait encore semblé singulière il y a quelques décennies. Evelyne Guillon a d’ailleurs franchi une étape supplémentaire cette année en étant désignée par la Fédération nationale des chasseurs pour siéger au Conseil économique, social et environnemental pour la mandature 2026-2031. Et au-delà des présidences, les femmes sont désormais présentes dans les conseils d’administration, les services techniques, les équipes administratives et les directions des fédérations.
Une évolution dont la chasse aurait tort de se priver
Il ne s’agit évidemment pas d’opposer chasseurs et chasseresses, encore moins d’imaginer que les femmes devraient remplacer les hommes. La chasse n’a rien à gagner à ce genre de caricature. En revanche, alors que ses effectifs historiques vieillissent et diminuent progressivement, elle a tout intérêt à ouvrir grand ses portes à tous ceux qui souhaitent découvrir cette passion, hommes comme femmes, ruraux comme citadins, enfants de chasseurs comme parfaits néophytes. Car derrière le pourcentage encore modeste des chasseresses se cache peut-être l’un des principaux réservoirs de renouvellement de la chasse française. En Isère, 3 % des chasseurs sont aujourd’hui des femmes. Mais 18 % des nouveaux permis sont féminins. Ce sont finalement ces deux chiffres qu’il faut retenir. Ils racontent moins ce qu’est la chasse aujourd’hui que ce qu’elle pourrait devenir demain. Alors, la femme est-elle l’avenir de l’homme ? Nous laisserons cette affirmation à Aragon, meilleur poète que visionnaire politique. Mais pour l’avenir de la chasse, les chasseresses semblent en tout cas bien décidées à prendre leur part.












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