La saison du sanglier a véritablement débuté samedi 15 août en Corse. À Soccia, Ange-Dominique Manenti, président de la Fédération départementale des chasseurs de Corse-du-Sud, a profité de cette journée d’ouverture pour dresser auprès de France 3 un constat sans ambiguïté : les populations de sangliers continuent d’augmenter et les animaux s’aventurent désormais jusque dans les rues des villages.
Une ouverture toujours très attendue
Le 15 août reste une date particulière pour les chasseurs corses. Après plusieurs mois sans battues, les équipes se retrouvent enfin dans le maquis, même si, comme le rappelle Ange-Dominique Manenti, le travail ne s’arrête jamais complètement durant l’intersaison. Entretien des chemins, nettoyage des postes ou préparation des territoires permettent aux chasseurs de conserver toute l’année ce lien étroit avec le terrain. À Soccia, les conditions étaient particulièrement favorables samedi. Deux après-midi de pluie avaient permis de rafraîchir le maquis avant l’ouverture. « On a chassé deux heures et on s’est très bien amusés. Les chiens ont bien couru, on a pu faire ce qu’on voulait », explique le président. Ailleurs en Corse, plusieurs équipes ont toutefois préféré repousser leur première sortie en raison des fortes chaleurs et du risque d’incendie, notamment dans les secteurs littoraux.
Le sanglier s’adapte à tout
Interrogé sur les conséquences de la sécheresse et des fortes températures, Ange-Dominique Manenti rappelle surtout l’extraordinaire capacité d’adaptation du sanglier. « Le sanglier est vraiment une espèce opportuniste. Elle s’adapte à toutes les situations », souligne-t-il. Lorsque les températures grimpent, les animaux se rapprochent naturellement des ruisseaux, des points d’eau et des cultures. Ils peuvent également gagner les plaines irriguées lorsqu’ils ne trouvent plus suffisamment de nourriture ailleurs. Mais le constat du président de la Fédération départementale des chasseurs est surtout démographique. « On va vers une population de plus en plus importante et qu’on retrouve quasiment aux portes des villages, voire dans les rues des villages. ». Une situation qui illustre parfaitement le défi auquel sont confrontés les chasseurs corses : maintenir une pression suffisante sur une espèce particulièrement prolifique et capable de coloniser des secteurs de plus en plus proches de l’homme.
La chasse anticipée pour protéger les cultures
Avant même l’ouverture générale du 15 août, des possibilités de chasse anticipée étaient prévues entre le 1er juin et le 14 août, comme dans dans beaucoup de départements français, afin de protéger les exploitations agricoles. Ces interventions nécessitent une autorisation préfectorale et permettent notamment aux agriculteurs concernés d’intervenir à l’approche ou à l’affût, ainsi qu’en battue le samedi. Un dispositif particulièrement important pour les chasseurs corses. « Pour nous, fédérations, c’est très important, puisque ça permet de limiter les dégâts aux cultures qui nous coûtent très cher en indemnisation », rappelle Ange-Dominique Manenti. Car derrière la nécessité de réguler les sangliers se trouve également une réalité financière : les dégâts agricoles occasionnés par le grand gibier sont indemnisés seulement par les chasseurs.
La relève toujours présente
La Corse compte aujourd’hui environ 15 000 chasseurs. Si leur nombre diminue progressivement, le président de la Fédération départementale des chasseurs de Corse-du-Sud se veut plutôt rassurant sur l’avenir. Selon lui, cette diminution s’explique surtout par le vieillissement général de la population. En parallèle, environ 300 nouveaux chasseurs seraient formés chaque année au permis. Et sur l’île plus qu’ailleurs peut-être, la chasse continue de se transmettre en famille. « Tout se fait par la transmission… je viens avec Papa, avec Babbò… et c’est ça qui permet de renouveler », explique-t-il. La première journée de la saison en a d’ailleurs apporté une belle illustration. Après seulement deux heures de chasse à Soccia, quatre sangliers avaient été prélevés. L’un d’eux l’a été par un jeune chasseur fraîchement titulaire de son permis. Une ouverture qui résume finalement assez bien les enjeux de la chasse corse aujourd’hui : réguler une population de sangliers toujours plus importante, tout en assurant la transmission d’une pratique profondément ancrée dans la culture de l’île.












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