Corse : les sangliers viennent manger dans la gamelle du chat !

Sangliers en Corse

Du Nebbiu au Cap Corse, les sangliers ne se contentent plus de fréquenter les oliveraies et les cultures. Ils pénètrent désormais presque chaque nuit dans les jardins, détruisent les potagers, renversent les murs et s’approchent parfois jusqu’aux terrasses des habitations.

Les sangliers corses s’invitent dans les zones d’habitation

En Corse, les sangliers semblent avoir progressivement intégré les espaces habités à leur territoire. Dans plusieurs communes du Nebbiu et du Cap Corse, les riverains interrogés par Corse Matin racontent des visites devenues presque routinières. À Macinaggio, une laie accompagnée de quatre marcassins revient ainsi régulièrement vers 23 heures. Les animaux s’approchent suffisamment des maisons pour venir manger directement dans la gamelle laissée dehors pour le chat. Cette proximité peut paraître insolite. Elle s’accompagne pourtant de dégâts importants et d’une inquiétude grandissante chez les habitants.

Des oliveraies entièrement retournées

Dans le Nebbiu, Christelle exploite une propriété comprenant une dizaine d’hectares d’oliviers. L’année dernière, les sangliers ont retourné la terre au pied des arbres et multiplié les dégâts sur l’ensemble de l’exploitation. Une tentative de culture du safran a également été abandonnée après que les animaux ont déterré et consommé tous les bulbes. Pour protéger une telle superficie, les clôtures classiques se révèlent insuffisantes. L’installation d’un dispositif électrique sur plusieurs hectares représenterait toutefois un investissement et un entretien particulièrement lourds. Les sangliers s’attaquent également au système d’irrigation. Entre juin et septembre, l’oléicultrice estime devoir consacrer une dizaine de matinées supplémentaires à la réparation des conduites et des installations endommagées.

Des animaux jusque sur les terrasses

Les dégâts matériels ne sont pas la seule préoccupation. Certains animaux s’approchent des habitations et refusent parfois de quitter les lieux immédiatement. Christelle explique avoir déjà éprouvé de la peur en sortant sur sa terrasse. Elle devait alors crier pour repousser les sangliers présents dans son potager, avec la crainte qu’un animal puisse charger s’il se sentait acculé. À Macinaggio, la laie et ses marcassins qui viennent manger dans la gamelle du chat ont également réussi à démonter une partie d’un mur en pierre sèche. Dans la même commune, Émilie constate elle aussi des passages presque quotidiens, généralement à heure fixe. Les sangliers déterrent les pieds de courgettes, fouillent le potager et endommagent régulièrement la clôture familiale.

Un chasseur contraint d’abandonner une partie de son jardin

À Tomino, Pierre observe cette situation depuis une dizaine d’années. Lui-même chasseur, il n’est pourtant pas davantage épargné par les incursions nocturnes. Les sangliers ont renversé plusieurs portions de murs en pierre sèche, déplacé des blocs pesant parfois une vingtaine de kilos et labouré de jeunes plantations. Face à la répétition des dégâts, Pierre a fini par renoncer à cultiver environ un tiers de son jardin, soit une cinquantaine de mètres carrés. Les passages seraient particulièrement nombreux durant les mois d’avril et de mai, avant de devenir moins fréquents pendant l’été. En attendant l’ouverture de la chasse, il envisage à son tour l’installation d’une clôture électrique. Une dépense devenue presque incontournable pour continuer à protéger les parties encore cultivées de sa propriété.

Sécheresse et incendies poussent les animaux vers les maisons

À Biguglia, près de la route du Lancone, Jean-Baptiste fait remonter les premières incursions importantes à l’incendie qui avait ravagé le secteur d’Ortale en 2017. Le feu avait détruit une partie des ressources disponibles dans le maquis. Privés de nourriture et de points d’eau, les sangliers étaient alors descendus vers la plaine et les zones habitées. Les épisodes de sécheresse prolongée pourraient également expliquer une partie de ces déplacements. En période de forte chaleur, les jardins arrosés, les bassins, les cultures et les gamelles destinées aux animaux domestiques constituent autant de ressources facilement accessibles. Jean-Baptiste avait renforcé son grillage avec du treillis soudé pour empêcher les sangliers d’entrer. Une solution qui n’a pas suffi, les animaux finissant toujours par découvrir ou créer un nouveau passage.

Une cohabitation qui montre ses limites

Ces témoignages recueillis dans plusieurs secteurs de Haute-Corse décrivent une situation désormais bien installée. Les sangliers se sont habitués à fréquenter les abords des villages, parfois à quelques mètres seulement des portes et des fenêtres. Les habitants tentent de protéger leurs terrains avec des grillages, des clôtures électriques ou des murs renforcés. Ces dispositifs restent néanmoins coûteux, difficiles à entretenir et souvent insuffisants face à des animaux puissants et déterminés. Cette présence croissante jusque dans les propriétés privées rappelle aussi l’importance de la régulation. La chasse demeure l’un des rares moyens disponibles pour contenir les populations, même si les interventions deviennent naturellement plus complexes à proximité immédiate des habitations.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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