Le président de l’ACCA de Pollestres, dans les Pyrénées-Orientales, a provoqué une vive polémique en évoquant des « cartouches remplies de gros sel » à destination de ceux qui viendraient perturber l’ouverture de la chasse. Des propos évidemment impossibles à défendre, qu’il a rapidement retirés avant de présenter ses excuses. Mais derrière ce dérapage se dessine aussi un climat de plus en plus délétère, fait d’insultes, de menaces et d’appels à la confrontation dont les chasseurs sont eux-mêmes régulièrement la cible.
Une publication qui va beaucoup trop loin
Tout commence à Pollestres, près de Perpignan, à l’occasion de l’ouverture générale de la chasse dimanche 13 septembre. Francis Lampe, président de l’association communale de chasse agréée de la commune, publie alors sur Facebook un message destiné à ceux qui auraient l’intention de venir perturber les chasseurs. Après avoir assuré que ces derniers n’étaient « pas des gens violents », il écrit avoir prévu le cas : « Personnellement, j’ai quelques cartouches remplies de gros sel. Vous risquez rien, par contre vous allez avoir très mal aux fesses. Et pendant beaucoup de temps. ». Même présentée comme une plaisanterie, la formule est évidemment particulièrement malheureuse. Menacer, même sur le ton de la boutade, d’utiliser une arme contre ceux qui viendraient perturber une chasse est précisément le type de réaction que le monde cynégétique doit éviter, a fortiori lorsqu’elle émane du président d’une ACCA. La publication a depuis été supprimée.
Le maire de Pollestres condamne les propos
L’affaire prend rapidement de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Jean-Charles Moriconi, maire de Pollestres, dit avoir reçu durant le week-end des dizaines de messages émanant aussi bien de chasseurs que de non-chasseurs. L’élu prend soin de préciser que sa réaction ne vise pas les chasseurs dans leur ensemble, mais estime que les propos tenus par Francis Lampe peuvent être perçus comme « une menace ou une intimidation ». « Chacun a le droit d’avoir ses convictions, ses passions et ses pratiques. Mais chacun doit également respecter les autres et la loi », rappelle-t-il. Le maire indique également avoir saisi le président de la Fédération départementale des chasseurs des Pyrénées-Orientales et demandé une réaction concernant le président de l’ACCA.
« C’est une grosse connerie »
Francis Lampe n’a toutefois pas cherché à s’enfermer dans son erreur. Quelques heures après la réaction du maire, il retire sa publication et présente publiquement ses excuses. « Cela a pris une ampleur que je n’aurais pas crue. Je me rends compte qu’effectivement, c’est une grosse connerie », reconnaît-il. Contacté par Actu Perpignan, le président de l’ACCA parle d’une « boutade », d’un « moment de torpeur » et d’un coup de colère. Surtout, il affirme ne posséder aucune cartouche chargée au gros sel et assure qu’il n’aurait jamais mis sa menace à exécution. « Je m’excuse profondément », déclare-t-il. Très affecté par la polémique, Francis Lampe n’écarte désormais même plus la possibilité de quitter ses fonctions, voire d’arrêter la chasse.
Un dérapage qui ne surgit pas de nulle part
Reconnaître la gravité de ses propos ne doit cependant pas conduire à ignorer le contexte dans lequel ils ont été écrits. Francis Lampe affirme recevoir régulièrement insultes et menaces de mort. Selon son témoignage, son message est intervenu après de nouvelles menaces et dans le climat particulièrement tendu qui suit les déclarations de Sandrine Rousseau sur l’ouverture de la chasse. Le 23 août, lors de l’UniREVcité organisée près de Tours, la députée écologiste avait appelé ses sympathisants à se rendre dans les forêts et les campagnes afin d’« empêcher » la chasse et à être « debout, face à eux, physiquement » devant les chasseurs. Des propos qui ont entraîné une plainte de la Fédération nationale des chasseurs ainsi que plusieurs initiatives judiciaires. La Fédération départementale des chasseurs de l’Ariège ainsi que celle des Landes, notamment, ont rejoint la plainte de la FNC, estimant que cet appel risquait d’alimenter « un climat de confrontation » à l’approche de l’ouverture. Francis Lampe explique précisément avoir réagi sous le coup de cette tension. Cela n’excuse évidemment pas les mots employés. Mais cela permet de comprendre comment, à force d’invectives et de provocations de nos opposants, on finit par créer les conditions du dérapage que chacun prétend ensuite dénoncer.
Les menaces contre les chasseurs existent aussi
Car les chasseurs ne sont pas seulement ceux auxquels on demande constamment de mesurer leurs paroles. Ils sont eux aussi régulièrement la cible d’une violence verbale parfois particulièrement brutale. Baudouin de Saint-Léger, notre rédacteur en chef, en fait lui-même régulièrement l’expérience. Il a été menacé de mort à plusieurs reprises en raison notamment de son engagement en faveur de la chasse, dont une nouvelle fois la semaine dernière. Ces derniers jours encore, une publication Facebook le visant personnellement mettait en cause son appartenance sociale et associait son image à ce que son auteur qualifiait de « psychopathologie » de la chasse. Dans les commentaires figuraient également plusieurs attaques personnelles et des menaces de mort à peine voilées faisant référence à Robespierre et la Terreur eu égard à son patronyme aristocratique. Ce type de propos n’autorise évidemment personne à répondre par une menace armée. Mais il serait tout aussi malhonnête de prétendre que la violence du débat ne fonctionnerait que dans un sens.
La seule réponse possible : ne pas tomber dans le piège
Le paradoxe est que, le matin même de cette ouverture, Willy Schraen adressait sur Sud Radio un message exactement inverse aux chasseurs. Interrogé sur les conséquences possibles de l’appel de Sandrine Rousseau à aller physiquement au-devant des chasseurs, le président de la Fédération nationale des chasseurs disait craindre des confrontations et lançait cet avertissement : « Surtout ne répondez pas. ». Il évoquait également une « montée de la violence vis-à-vis des chasseurs » constatée depuis plusieurs semaines. C’est probablement là que se trouve la seule position raisonnable. Les déclarations de Francis Lampe étaient une erreur. Il l’a reconnu sans chercher à la maquiller, a retiré son message et s’est excusé. Mais condamner ce dérapage ne doit pas faire oublier le contexte général dans lequel il intervient. Appeler des militants à venir « physiquement » faire face à des chasseurs, insulter ces derniers sur les réseaux sociaux ou les menacer n’est pas davantage acceptable. À quelques mètres d’hommes et de femmes qui portent légalement des armes dans le cadre de leur pratique, transformer une opposition politique à la chasse en confrontation physique serait surtout d’une irresponsabilité totale. Les chasseurs ont donc tout intérêt à ne pas répondre aux provocations. Et ceux qui les combattent auraient sans doute tout autant intérêt à ne pas les provoquer.












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