Avec 17 salariés et près de 30 000 références en stock, Land Service, spécialiste indépendant dans les pièces détachées pour les Land Rover, travaille avec une clientèle largement rurale. Lors du colloque, Thomas de Villefranche a détaillé le poids des chasseurs dans son activité, mais aussi les retombées de cette pratique sur les garagistes, les équipementiers et tout un tissu économique local.
Une clientèle chasse qui peut représenter jusqu’à 70 % des ventes
Land Service est une entreprise familiale indépendante créée il y a 41 ans dans le Val-d’Oise. Spécialisée dans les pièces détachées automobiles pour les Land Rover, elle dispose aujourd’hui d’environ 30 000 références en stock et travaille avec des clients partout en France. Une partie importante de cette clientèle est directement liée à la chasse. « On a à peu près, sur l’ensemble de la gamme des Land Rover plus classiques et un peu modernes, 30 % de notre clientèle qui est vraiment en chasse. On affine sur le Defender, qui est quelque chose de vraiment codé chasse : on est à 70 % de notre clientèle chasseur », explique Thomas de Villefranche. Le Defender occupe en effet une place particulière dans l’imaginaire automobile lié à la chasse, mais aussi dans la réalité des territoires ruraux. « C’est une voiture qu’on voit partout. C’est un véhicule de franchissement qui circule dans toute la ruralité française », rappelle-t-il. Une implantation qui permet à Land Service d’être présent auprès de chasseurs dans de nombreux territoires, mais aussi de travailler avec tout un réseau de professionnels qui entretiennent ces véhicules.

1,2 milliard d’euros dépensés chaque année pour les véhicules
Pour Thomas de Villefranche, la place de la chasse dans le secteur automobile dépasse largement le seul marché des véhicules neufs. « C’est vraiment un marché à part entière », affirme-t-il. Selon les données évoquées lors du colloque, les chasseurs consacreraient environ 1,2 milliard d’euros par an à l’achat de véhicules, soit 29 % de leurs dépenses. Et ce chiffre ne comprend pas toutes les dépenses liées à leur utilisation. « Il y a aussi l’entretien, le carburant, l’assurance, les péages, tout ce qui découle de l’utilisation de la mobilité pour se rendre à la chasse », détaille Thomas de Villefranche. Il distingue notamment les longs trajets pour rejoindre les territoires de chasse et les déplacements plus courts, entre le rendez-vous, le poste et les différents secteurs d’une journée de chasse. Cette mobilité génère un marché particulier, avec une clientèle qui conserve souvent ses véhicules pendant de nombreuses années. Les Defender classiques en constituent un exemple particulièrement parlant : selon les données citées pendant son intervention, environ 36 000 seraient encore immatriculés en France et leur âge moyen atteindrait 23 ans, contre 11,8 ans pour l’ensemble du parc automobile français. « Donc ce sont des voitures qui durent », résume-t-il.
Des véhicules soumis à des contraintes particulières
L’utilisation d’un véhicule pour la chasse implique aussi un niveau d’usure différent. « Pour un véhicule ordinaire, on parle d’un statistique normal, on se base sur une étude de la SRA, où on est à environ 730 euros de dépense par an en réparation pour une voiture de plus de 10 ans. Pour un véhicule de chasse, d’après notre expérience terrain, on rajoute 20 % de plus », explique Thomas de Villefranche. À cette dépense d’entretien s’ajoute tout un marché de l’équipement et de l’aménagement : protection de la carrosserie, éclairage, solutions de rangement, transport des chiens ou encore adaptation du véhicule aux déplacements tout-terrain. « Il y a un grand marché de l’accessoire, destiné à adapter le véhicule à la pratique de la chasse sur les territoires », souligne-t-il. Les chasseurs recherchent notamment des solutions permettant de charger et d’arrimer leur matériel, de transporter des personnes ou encore d’adapter leur véhicule au transport des chiens et du gibier. Pour Land Service, cette évolution des usages se traduit directement dans le choix des produits proposés et des références distribuées.
Une économie qui fait travailler les garagistes ruraux
Derrière l’achat d’une pièce détachée, c’est toute une chaîne économique qui est mobilisée. « Quand un client, un chasseur, nous commande une pièce pour son Defender, il fait travailler nos 17 salariés, et toute une chaîne en amont de fournisseurs, fabricants, grossistes, qui produisent des pièces », explique Thomas de Villefranche. À cette chaîne industrielle s’ajoutent les transporteurs, les garagistes et les artisans qui interviennent directement sur les véhicules. Land Service travaille notamment avec des garages multimarques implantés dans les territoires ruraux. « Nous, on travaille vraiment avec des garagistes multimarques, en zone rurale, c’est le cœur de notre métier », précise-t-il. Cette économie repose aussi sur la longévité des véhicules. « Ça fait durer des voitures entre 25 et 30 ans, plutôt que de les remplacer tous les 5 ans, tous les 10 ans. C’est une forme d’économie circulaire et pour nous, ça a vraiment du sens », estime Thomas de Villefranche. Une logique qui concerne les Defender mais aussi d’autres 4×4 anciens encore utilisés dans les campagnes françaises.
Quand la chasse permet aux garages de lisser leur activité
Pour les garagistes ruraux, la chasse représente également un flux d’activité qui ne se superpose pas forcément aux périodes habituelles de réparation automobile. «Quand on est garagiste typiquement on a des clients qui disent : il me faut ma voiture pour Noël, il me faut ma voiture pour les vacances, il me faut la voiture pour le ski. C’est toujours les mêmes périodes le plus souvent à la dernière minute ! Avec les chasseur on retrouve plus souvent des phrases du genre : je vous la laisse du moment qu’elle soit prête pour la prochaine chasse », résume Thomas de Villefranche. Cette spécificité permet notamment de programmer certains travaux sur des périodes plus calmes. « On peut, par exemple, poser la voiture après la saison de chasse, du moment qu’on la rend en début septembre, il n’y a pas de problème. Et ça, pour les garagistes, c’est du revenu, ils peuvent planifier leur activité sur le long terme, du moment qu’ils ont de la place en parking », explique-t-il. À ses yeux, cette organisation constitue un élément important du tissu économique rural. « Au final, ce milieu-là, il est très touché si la chasse disparaît », affirme-t-il. Pour Land Service lui-même, l’enjeu est évidemment très concret : « Nous de notre côté, on ne peut pas minorer 30 % de notre activité», conclut Thomas de Villefranche. Derrière les véhicules utilisés pour aller chasser, c’est donc toute une filière de pièces, d’entretien, de réparation, de transport et d’équipement qui participe à l’économie de la chasse.











Laisser un commentaire