Au Nord des Deux-Sèvres, Gilles et Sophie de Puineuf gèrent le Domaine de la Maisonnette, une propriété familiale où la chasse est développée commercialement depuis 35 ans. Avec de très nombreuses journées de chasse organisées chaque année, des hébergements sur place et un chiffre d’affaires annuel d’environ 400 000 euros, le domaine fait travailler directement plusieurs salariés, mais aussi de nombreux artisans et prestataires locaux. Les gérants sont revenus sur le fonctionnement du domaine pendant le colloque du 29 septembre sur l’économie de la chasse à l’Assemblée nationale.
Plusieurs activités sur un même domaine
Au Domaine de la Maisonnette, la chasse s’inscrit dans une histoire familiale qui remonte à cinq générations. Le domaine comprend notamment une forêt de 550 hectares et environ 200 hectares de plaine. Une grande partie y est évidemment consacrée à la chasse. Gilles et Sophie de Puineuf ont progressivement développé cette activité. Ils proposent à la fois du petit et du grand gibier. « On a vraiment développé la chasse depuis 35 ans », expliquent-ils. L’activité représente aujourd’hui 70 jours de chasse par an, de la fin du mois d’août à la fin mars. Le domaine dispose également de chambres d’hôtes et de gîtes. Grâce à cela, le site peut accueillir des chasseurs venus pour plusieurs jours et propose différents niveaux de séjour. Cette organisation nécessite une présence permanente. « Aujourd’hui on a 2,5 personnes qui sont permanentes, et on a l’équivalent d’une personne, un saisonnier ». À cela s’ajoutent les personnes mobilisées ponctuellement pour les journées de chasse et l’accueil des clients.
Un chiffre d’affaires annuel d’environ 400 000 euros
L’activité de chasse représente aujourd’hui une part importante de l’économie du domaine. « On est sur 400 000 € », indiquent Gilles et Sophie de Puineuf lorsqu’ils évoquent le chiffre d’affaires annuel généré par la chasse. Derrière cette somme se trouvent de nombreux postes de dépenses. Ces derniers permettent de faire fonctionner le domaine tout au long de l’année : personnel, entretien du territoire, cultures, véhicules, maintenance, assurance, restauration ou encore énergie. Une partie de ces dépenses reste directement liée aux journées de chasse. L’activité nécessite aussi des investissements et du travail en dehors des périodes où les fusils sont présents sur le territoire. Le domaine fonctionne ainsi comme une véritable entreprise. Des salariés permanents, un saisonnier, des équipements, des véhicules et des infrastructures d’accueil. Les chasseurs qui viennent sur place ne paient donc pas seulement une journée de chasse : selon la formule choisie, ils peuvent également dormir sur place, prendre leurs repas et prolonger leur séjour.

Des artisans et des entreprises locales qui bénéficient de l’activité
L’impact économique dépasse toutefois largement les personnes qui travaillent directement au Domaine de la Maisonnette. Lorsqu’on leur demande quelles entreprises seraient immédiatement touchées si l’activité venait à disparaître, Gilles et Sophie de Puineuf citent notamment « les artisans locaux, c’est-à-dire le garagiste, et tout ce qui touche aux repas », ainsi que les différents professionnels qui interviennent autour du domaine. Cette activité génère également des besoins réguliers en matière d’entretien du territoire, des miradors, des volières anglaises, de véhicules et d’équipements. Le fonctionnement d’une chasse organisée sur plusieurs dizaines de journées suppose en effet de maintenir les infrastructures, de préparer les territoires et d’assurer l’accueil des groupes. Selon la formule choisie et la durée du séjour, le budget dépensé par les chasseurs peut varier fortement : « Si on chasse devant soi ou non, on a un budget qui va fonctionner de 300 euros par jour à 1 000 euros, suivant si les gens restent dormir ou arrivent la veille ». Une partie de ces dépenses bénéficie donc directement à l’hébergement et à la restauration, mais aussi aux professionnels locaux qui interviennent autour du domaine.
Une activité qui repose aussi sur l’accueil des chasseurs
L’hébergement constitue justement l’un des éléments importants du modèle développé par le domaine. Les chasseurs ne viennent pas nécessairement uniquement pour une journée. Certains arrivent la veille, restent sur place et profitent des infrastructures du domaine. Pour le petit gibier, les propriétaires ont également développé différentes formules. « On a mis un tarif de groupe », expliquent-ils, avec notamment des groupes pouvant réunir une douzaine de personnes. Le domaine cherche ainsi à proposer plusieurs formats. Des formats prévus surtout pour des chasseurs venant en famille ou des groupes souhaitant maîtriser leur budget. Pour les propriétaires, cette capacité à associer chasse, hébergement et restauration constitue une partie essentielle du fonctionnement économique du site.

Un domaine dépendant à cette activité
Au-delà des chiffres, les propriétaires soulignent surtout la dépendance du domaine à cette activité. Interrogés sur les conséquences qu’aurait un arrêt de la chasse, ils sont directs : « Cela remet en cause le fonctionnement de la société ». La question se pose notamment autour du maintien des infrastructures et du parc de chasse où sont organisées certaines chasses. Les propriétaires expliquent être actuellement engagés dans des discussions avec les autorités concernant la poursuite de ce fonctionnement. Le domaine avait notamment expérimenté des clôtures électriques autour de la forêt, mais celles-ci ne se sont pas révélées suffisamment efficaces. Dans ce contexte, la pérennité de l’activité cynégétique conditionne aussi celle d’une partie de l’organisation économique construite autour de la propriété depuis plusieurs décennies.
Une chasse professionnelle intégrée dans un tissu économique local
Le cas du Domaine de la Maisonnette illustre ainsi une réalité plus large évoquée pendant le colloque : une chasse organisée commercialement ne se limite pas aux recettes liées aux journées de chasse. Elle mobilise du personnel, de l’hébergement, de la restauration, des véhicules, de l’entretien et une multitude de prestataires. Les chasseurs eux-mêmes peuvent dépenser plusieurs centaines d’euros sur une journée, voire davantage lorsqu’ils restent dormir sur place. À l’échelle du domaine, les 400 000 euros de chiffre d’affaires annuel donnent une idée du poids économique de cette activité, mais l’essentiel se trouve aussi dans les dépenses qu’elle entraîne autour d’elle. Garagistes, artisans, restaurateurs, fournisseurs et autres prestataires participent ainsi indirectement à une économie qui repose sur la présence régulière des chasseurs.
À l’échelle nationale, le cas de la Maisonnette permet surtout d’entrevoir le poids d’une économie encore mal mesurée. La France compterait environ 300 chasses professionnelles. Si toutes n’ont évidemment ni la taille ni les 400 000 euros de chiffre d’affaires annuel du domaine vendéen, une extrapolation prudente permet d’estimer que ces entreprises pourraient représenter directement de l’ordre de 100 millions d’euros d’activité chaque année. Et leur véritable impact va bien au-delà : salariés, saisonniers, éleveurs de gibier, agriculteurs, artisans, garagistes, restaurateurs, hébergeurs ou fournisseurs bénéficient à leur tour de cette activité. Un ruissellement particulièrement présent dans les territoires, qui reste aujourd’hui difficile à isoler dans les 4,2 milliards d’euros dépensés chaque année par les chasseurs français.











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