Ancien restaurateur issu d’une famille de cuisiniers depuis cinq générations, Jean-Luc Planes est aujourd’hui l’une des figures les plus connues de la chasse de montagne dans les Pyrénées. Fondateur de Catalhunt, guide professionnel depuis plus de vingt ans et habitué des reportages Seasons, il accueille chaque année des chasseurs venus de toute l’Europe pour chasser l’isard, le mouflon, le chevreuil ou le cerf sur des territoires exceptionnels. De ses débuts dans la restauration à la création de Catalhunt, il s’est livré à So Chasse pour nous raconter son parcours guidé par la passion de la montagne, de la chasse et de l’humain!
BSL : Jean-Luc, avant de parler de Catalhunt, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
JLP : Je viens d’une famille de restaurateurs depuis cinq générations. J’ai grandi à Saillagouse, en Cerdagne. Très jeune, j’ai intégré une section sport-études à Font-Romeu grâce au ski. Après la troisième, j’ai finalement choisi l’hôtellerie. J’ai étudié à Perpignan puis à Toulouse avant de travailler dans plusieurs établissements. Vers l’âge de 25 ans, mon père m’a demandé de revenir dans l’entreprise familiale. J’ai repris les cuisines du restaurant Chez Planes à Saillagouse. J’ai eu la chance de travailler avec des cuisiniers exceptionnels et nous avons vécu une formidable aventure professionnelle.

BSL : À quel moment la chasse prend-elle une place plus importante dans votre vie ?
JLP : La chasse a toujours été présente. Les montagnes catalanes, je les parcours depuis que je suis enfant. À un moment de ma vie, après une opération du dos, j’ai pris du recul et je me suis demandé ce que je voulais vraiment faire. J’ai commencé par partager mon temps entre la restauration et la chasse. Pendant plusieurs années, je faisais six mois au restaurant et six mois dans les montagnes. Petit à petit, l’activité de guidage a pris de l’ampleur et j’ai créé Catalhunt il y a 15 ans. Puis un jour, j’ai décidé de me consacrer entièrement à cette passion.
BSL : Au départ vous étiez seul ?
JLP : Oui. Au départ, j’étais seul. Puis un ami m’a fait remarquer qu’une entreprise ne pouvait pas reposer uniquement sur une personne. Si demain il m’arrivait quelque chose, tout s’arrêtait. Je me suis donc entouré d’une équipe de six personnes. Aujourd’hui, plusieurs guides travaillent avec moi. Ce sont des passionnés. Certains ont déjà beaucoup voyagé malgré leur jeune âge et apportent une énergie formidable à l’entreprise.

BSL : Présentez-nous Catalhunt aujourd’hui
JLP : Catalhunt, c’est avant tout une équipe de passionnés qui accompagne des chasseurs sur les plus beaux territoires des Pyrénées. Nous travaillons aujourd’hui sur plus de cinquante territoires répartis entre les Pyrénées-Orientales, l’Ariège et l’Aude. Certains sont des territoires privés où nous bénéficions d’une exclusivité totale. D’autres sont partagés avec des ACCA ou des grands domaines. Cette diversité nous permet de nous adapter aux conditions météorologiques, aux populations de gibier et au niveau physique des chasseurs.



BSL : Quels gibiers proposez-vous à vos clients ?
JLP : Les trois espèces emblématiques sont l’isard, le mouflon et le cerf. Nous rencontrons également régulièrement des chevreuils lors des approches en montagne et il arrive que les chasseurs puissent en prélever. L’isard reste évidemment l’animal emblématique des Pyrénées. C’est lui qui attire le plus de passionnés.
BSL : Vous proposez plusieurs formules de chasse ?
JLP : Oui. Nous organisons des chasses à la journée mais également des séjours en bivouac. Le bivouac est une expérience à part. On part deux jours en montagne avec une nuit sous tente. On marche beaucoup, parfois près de vingt kilomètres dans la journée, on vit au rythme de la montagne et cela crée des souvenirs extraordinaires. L’an dernier, nous avons organisé huit bivouacs. Nous avions envisagé des séjours de trois jours, mais nous nous sommes aperçus que deux jours représentaient déjà un engagement physique important pour beaucoup de chasseurs.

BSL : Vos chasseurs viennent principalement de France ?
JLP : Nous recevons bien sûr beaucoup de Français, mais aussi des Belges, des Suisses, des Espagnols et des Américains. Avant les événements géopolitiques récents, nous accueillions également des chasseurs russes. La montagne pyrénéenne attire des passionnés du monde entier.

BSL : Beaucoup de chasseurs connaissent le chamois. Quelles sont les différences avec l’isard ?
JLP : L’isard est le cousin pyrénéen du chamois mais il existe plusieurs différences. Il est généralement plus petit et sa robe présente des caractéristiques particulières. Pour nous, Pyrénéens, l’isard est vraiment un animal emblématique. Je suis passionné par cette espèce depuis toujours.
BSL : Qu’est-ce qui distingue aujourd’hui Catalhunt des autres structures de chasse ?
JLP : Je pense que c’est avant tout l’humain. Bien sûr, nous sommes là pour faire chasser. Mais nous sommes surtout là pour faire vivre une expérience. Nous allons chercher les chasseurs à leur hébergement, nous passons la journée avec eux et le soir nous partageons le repas dans notre club de chasse. J’ai créé ce lieu parce qu’après une journée en montagne, les restaurants sont souvent fermés lorsque nous rentrons. Aujourd’hui, c’est devenu un véritable lieu de rencontre. Nous cuisinons beaucoup de gibier. Les chasseurs apportent parfois des spécialités de leur région, des pâtés en croûte ou des produits locaux. Cela crée une ambiance conviviale et authentique. Quand je vois que près de 70 % de nos chasseurs reviennent, je me dis que nous sommes sur la bonne voie.
BSL : On sent que la découverte du territoire est aussi importante que la chasse.
JLP : Absolument. Nous sommes les ambassadeurs des Pyrénées-Orientales. Nous avons un département exceptionnel entre mer et montagne. Au printemps, il m’arrive de marcher dans la neige le matin sur les hauteurs du Canigou et de me retrouver quelques heures plus tard au bord de la Méditerranée. Peu de territoires offrent une telle diversité. Nous racontons aussi l’histoire du territoire, du Canigou, du Carlit, de la Catalogne. Les chasseurs repartent avec des souvenirs qui dépassent largement le cadre de la chasse.

BSL : Quelle place accordez-vous à vos guides ?
JLP : Une place essentielle. Sans eux, rien ne serait possible. Je leur demande avant tout d’être passionnés et investis. Nous faisons un métier de service. Parfois il faut porter le sac à dos du chasseur, parfois sa carabine. L’important est que la personne passe un moment exceptionnel. Certains de mes guides n’ont pas encore 20 ans mais ils ont déjà beaucoup voyagé et possèdent une énergie incroyable. Quand on partage deux ou trois jours avec quelqu’un en montagne, il se crée forcément une relation particulière. Beaucoup de nos chasseurs deviennent des amis.
BSL : Quel est aujourd’hui votre taux de réussite sur les approches ?
JLP : Il est très élevé parce que nous avons beaucoup de territoires et des guides extrêmement investis. Nous mettons tout en œuvre pour offrir les meilleures chances possibles aux chasseurs. Ensuite, bien sûr, il reste toujours la part de la montagne, de l’animal et du tir.
BSL : Comment qualifieriez-vous l’état des populations de gibier aujourd’hui ?
JLP : Concernant le cerf, nous observons une progression très importante des effectifs dans certains secteurs. Dans certaines zones, nous sommes même dépassés par les populations de cervidés. Pour l’isard et le mouflon, il faut rester vigilant. Nous avons observé certains phénomènes sanitaires qui méritent d’être étudiés plus précisément, notamment la langue bleue chez le mouflon et une forte présence de tiques sur certains secteurs à isards. Sur certaines zones de basse altitude, nous avons constaté des animaux portant plusieurs centaines de tiques et des femelles semblant produire moins de jeunes. Nous allons d’ailleurs mettre en place des prélèvements et des analyses pour mieux comprendre ces évolutions observées sur le terrain.

BSL : Le loup impacte-t-il déjà les populations dans votre secteur ?
JLP : Pour l’instant, son impact reste limité dans les Pyrénées-Orientales. Nous observons quelques individus mais nous ne sommes pas dans la situation que connaissent certaines régions alpines. Cela dit, je pense que la situation va évoluer dans les prochaines années et qu’il faudra rester très attentif.
BSL : Vous évoquez souvent la nécessité pour les chasseurs de mieux défendre leur pratique. Pourquoi ?
JLP : Parce que je pense que la chasse va devoir évoluer. Demain, nous devrons être capables d’apporter davantage d’arguments scientifiques, de participer encore plus à la conservation des espèces et d’expliquer ce que nous faisons. Nous allons devoir démontrer notre utilité en matière de gestion de la faune sauvage et de conservation. Je suis convaincu que la chasse devra investir davantage dans les études sanitaires, le suivi des populations et la conservation des espèces. Il faudra être capable de démontrer concrètement notre rôle.

BSL : Vous êtes également très attaché à la valorisation de la venaison
JLP : C’est un sujet essentiel. La viande de gibier est probablement l’une des viandes les plus naturelles qui existent. Pourtant, en France, nous avons encore beaucoup de retard. C’est dommage car nous disposons d’une ressource locale de très grande qualité qui mériterait d’être davantage valorisée auprès du grand public. Il faudrait réussir à mieux valoriser cette ressource tout en respectant les exigences sanitaires indispensables.
BSL : Pour les chasseurs qui ne sont pas de grands sportifs, la chasse en montagne reste accessible ?
JLP : Oui, parce que nous adaptons toujours les territoires aux capacités physiques des chasseurs. Nous disposons de secteurs allant d’environ 500 mètres d’altitude à plus de 2 500 mètres. Cette diversité nous permet d’accueillir aussi bien des chasseurs très sportifs que des personnes qui découvrent la montagne ou souhaitent vivre une expérience plus accessible.
BSL : Comment gérez-vous les mauvaises conditions météorologiques ?
JLP : Nous faisons tout pour maintenir les sorties. Les chasseurs ont souvent parcouru des centaines de kilomètres pour venir. Grâce à la diversité de nos territoires, nous trouvons généralement des solutions pour continuer à chasser dans de bonnes conditions.

BSL : Les chasseurs qui viennent en avion peuvent-ils disposer d’une arme sur place ?
JLP : Oui, nous mettons des armes à disposition lorsque c’est nécessaire. Nous utilisons également du matériel moderne comme les jumelles thermiques, les bipieds ou les modérateurs de son. Ces outils permettent d’observer davantage d’animaux et surtout de réaliser des tirs plus précis et plus éthiques lorsque le moment du prélèvement arrive.
BSL : Finalement, quelle est la philosophie de Catalhunt ?
JLP : Elle est très simple : nous ne vendons pas seulement une chasse. Nous faisons découvrir une montagne, un territoire, une culture et une passion. Beaucoup de nos chasseurs repartent avec un trophée, mais ce n’est pas forcément ce dont ils parlent le plus quelques années plus tard. Ce dont ils se souviennent, ce sont les bivouacs, les histoires racontées autour du feu, les paysages et les rencontres. C’est cela que nous essayons de transmettre chez Catalhunt.
Catalhunt – Jean-Luc Planes
Téléphone : 06 09 09 35 04
Email : [email protected]












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