Forêt et grand gibier : chasseurs et forestiers misent sur la science

Abroutissement de jeunes plants par de grands cervidés

Réunis à Paris le 4 juin dernier, l’Office français de la biodiversité (OFB) et la Fédération nationale des chasseurs (FNC) ont consacré une journée de travail à l’équilibre sylvo-cynégétique. Au cœur des échanges : les Indicateurs de Changement Écologique (ICE), des outils scientifiques qui permettent d’évaluer les relations entre les populations de grand gibier et leur environnement forestier afin d’adapter la gestion des territoires.

Des forêts fragilisées par le changement climatique

La forêt française couvre aujourd’hui près d’un tiers du territoire national, soit 17,6 millions d’hectares. Confrontés aux sécheresses répétées, aux attaques parasitaires et à la multiplication des épisodes de dépérissement, les massifs forestiers traversent une période particulièrement délicate. Dans le même temps, les populations de grands ongulés ont connu une progression spectaculaire au cours des dernières décennies. Les effectifs de cerfs ont notamment fortement augmenté et l’espèce occupe désormais des territoires où elle était autrefois absente. Cette évolution constitue une réussite en matière de gestion de la faune sauvage, mais elle impose également une vigilance accrue afin de préserver le renouvellement naturel des peuplements forestiers.

Les ICE, des indicateurs pour objectiver le débat

C’est précisément pour répondre à ces enjeux qu’ont été développés les Indicateurs de Changement Écologique. Utilisés depuis plus de vingt ans, ces outils permettent d’analyser de manière objective les interactions entre la faune sauvage et les milieux forestiers. Les ICE reposent sur plusieurs critères complémentaires : l’évolution des populations d’ongulés, l’état physique des animaux et l’impact de leur présence sur la végétation. L’intérêt de cette méthode réside dans son approche globale, qui permet d’éviter les impressions ou les ressentis au profit de données mesurables et comparables dans le temps. Aujourd’hui, ces indicateurs sont déjà utilisés dans plus de 86 départements et servent de base à de nombreuses décisions concernant les plans de chasse et la gestion des habitats.

Chasseurs et forestiers autour de la même table

Cette journée a également permis de réunir l’ensemble des acteurs concernés par la gestion des espaces forestiers : OFB, Fédérations nationale et départementales des chasseurs, Office national des forêts, Centre national de la propriété forestière, Institut national de l’information géographique et forestière, chercheurs du CNRS, services de l’État et représentants du monde forestier. Plusieurs retours d’expérience ont été présentés à partir de territoires pilotes où forestiers et chasseurs travaillent ensemble depuis plusieurs années. Ces démarches démontrent qu’une gestion efficace repose avant tout sur le dialogue, le partage des données de terrain et la définition d’objectifs communs. Pour les chasseurs, cette approche présente également l’avantage de rappeler que la régulation des populations de grand gibier ne s’effectue pas au hasard mais s’appuie sur des suivis scientifiques rigoureux réalisés localement tout au long de l’année.

Un futur baromètre national de l’équilibre forêt-gibier

L’OFB et l’INRAE travaillent désormais au développement d’un nouvel outil baptisé « baromètre de l’équilibre sylvo-cynégétique ». Cette plateforme regroupera les données issues des ICE, des suivis cynégétiques et des diagnostics forestiers afin de fournir aux gestionnaires une vision globale de la situation à l’échelle locale. Les nouvelles technologies devraient également prendre une place croissante dans ces dispositifs de suivi, notamment grâce au développement des pièges photographiques et à l’amélioration des méthodes de collecte de données. Au terme de cette journée, un constat s’est imposé à l’ensemble des participants : face aux défis du changement climatique et à l’évolution des populations de grand gibier, la gestion durable des territoires passera plus que jamais par des données objectives, une concertation permanente entre les acteurs et une implication forte des chasseurs sur le terrain.

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