Comment la chasse fait-elle vivre les métiers d’art français ?

Reprise en début d’année par Daphné de Roquefeuil, son mari et sa belle-sœur, la maison Alexandre Mareuil perpétue à Bordeaux un savoir-faire de maroquinerie historiquement lié à la chasse et à la nature. Lors du colloque consacré à l’économie de la chasse à l’Assemblée nationale, Daphné de Roquefeuil a présenté les dix salariés de l’atelier, les métiers qui interviennent dans la fabrication d’une mallette ou d’un fourreau, mais aussi les perspectives de diversification et d’exportation de cette maison française.

Une maison de maroquinerie entre chasse et art de vivre

Alexandre Mareuil est une maison française de maroquinerie historiquement spécialisée dans l’univers de la chasse et de la nature. Daphné de Roquefeuil, son mari et sa belle-sœur ont repris la maison en début d’année. Ils ont des parcours complémentaires ; Daphné de Roquefeuil possède une formation en école de commerce et a notamment travaillé huit ans chez L’Oréal dans le marketing, avant de rejoindre un groupe familial bordelais dans le négoce international. Son mari est entrepreneur dans la rénovation, amoureux des belles pierres, et sa belle-sœur vient du secteur de l’événementiel dans le luxe. Installée à Bordeaux, l’entreprise compte aujourd’hui dix salariés et fabrique entre 2 000 et 2 500 pièces par an. La chasse représente environ 50 % de son activité, avec des fourreaux, des mallettes, des cartouchières ou encore des sacs de battue. La maroquinerie représente 30 % et les produits liés à l’art de vivre les 20 % restants.

Un savoir-faire artisanal qui repose avant tout sur les hommes

Daphné de Roquefeuil insiste sur la place centrale des artisans dans le fonctionnement de l’entreprise. Dans le prix de revient d’un produit, la matière ne représente ainsi qu’environ 30 %, contre 70 % pour le travail humain et le temps consacré à sa fabrication. « Toute la valeur et tout notre savoir-faire repose sur les hommes, sur les artisans qui sont dans notre atelier », explique-t-elle. La fabrication s’organise autour de plusieurs étapes. Le coupeur commence par sélectionner les peaux en fonction du produit à réaliser, puis les découpe et les prépare pour obtenir l’épaisseur souhaitée. Vient ensuite la teinture, avec une exigence particulière portée aux tranches du cuir. Les maroquiniers et les couturiers prennent ensuite le relais pour l’assemblage, le piquage et le montage. Un quatrième savoir-faire concerne enfin le métier de malletier, qui constitue une expertise développée par la maison au fil des années.

Une mallette fait travailler toute une chaîne de métiers

La fabrication d’une mallette sur mesure illustre particulièrement bien cette économie des métiers d’art. Alexandre Mareuil intervient en effet au milieu d’une chaîne déjà amorcée par les armuriers, notamment lorsqu’il s’agit de rénovation ou de création d’une arme. Graveurs et autres artisans peuvent également intervenir en amont. La mallette elle-même commence par une base en bois réalisée avec l’intervention d’un menuisier. Alexandre Mareuil prend ensuite en charge le travail du cuir ou de la toile, ainsi que l’aménagement intérieur et extérieur. L’entreprise a fait le choix de travailler avec des fournisseurs français pour ses matières et notamment avec des tisseurs et des tanneurs français. Pour Daphné de Roquefeuil, cette organisation repose sur un ensemble de petites entreprises, souvent familiales, dont la disparition peut fragiliser toute la chaîne. « Quand il y en a un qui disparaît, c’est finalement tout le rouage et toute la chaîne de valeur qui est fragilisée », souligne-t-elle.

La transmission des savoir-faire reste un enjeu majeur

Cette fragilité concerne notamment les métiers de la maroquinerie. Daphné de Roquefeuil explique que les entreprises françaises font face à une demande importante de maroquiniers. Selon les chiffres qu’elle a présentés lors du colloque, environ 1 200 maroquiniers seraient recherchés chaque année, alors que les écoles en forment environ 750. La formation ne peut toutefois pas se limiter à l’enseignement théorique. « Le métier de maroquinier, ça ne s’apprend pas que sur les bancs de l’école », rappelle-t-elle. La transmission au sein des ateliers est donc essentielle pour permettre aux jeunes de compléter leur formation par l’expérience. Alexandre Mareuil accompagne actuellement deux jeunes dans son atelier et compte dans son équipe deux personnes en reconversion professionnelle. Une manière de contribuer directement à la transmission d’un savoir-faire artisanal dont dépend une partie de son activité.

Daphné de Roquefeuil a repris la société Alexandre Mareuil en début d’année avec son mari et sa belle-sœur. ©Jean-Christophe Marmara

La chasse contribue au maintien de savoir-faire spécialisés

Pour Daphné de Roquefeuil, la chasse joue un rôle particulier dans le maintien de ces métiers. Elle cite notamment le cas de certains ateliers spécialisés dans la malletterie qui ont disparu en Italie ou en Angleterre. Si cette disparition permet à Alexandre Mareuil de récupérer certaines commandes, elle illustre surtout la fragilité de savoir-faire très spécialisés. « Quand la personne part à la retraite, s’il n’y a pas de reprise, elle disparaît », résume-t-elle. L’activité cynégétique permet ainsi de maintenir une demande pour des produits qui nécessitent des compétences particulières, tout en faisant travailler en parallèle des menuisiers, des tanneurs, des tisseurs, des graveurs, des armuriers ou encore des maroquiniers.

L’export devient indispensable pour les mallettes haut de gamme

La maison cherche également à développer ses marchés internationaux. Aujourd’hui, environ 70 % des mallettes fabriquées par Alexandre Mareuil pour les armes partent à l’export. Cette orientation s’explique notamment par la clientèle étrangère qui continue à investir dans des armes haut de gamme et souhaite les accompagner de produits à la hauteur de ces pièces. Le Royaume-Uni, l’Autriche, l’Allemagne et le Moyen-Orient figurent parmi les marchés cités par Daphné de Roquefeuil. « En France, on sent que le développement sera limité », explique-t-elle. L’entreprise entend donc poursuivre son développement à l’international, notamment sur des marchés comme les États-Unis et le Royaume-Uni.

Un savoir-faire qui se diversifie

Alexandre Mareuil ne souhaite toutefois pas dépendre exclusivement de l’univers cynégétique. Le savoir-faire développé autour de la mallette et de la maroquinerie de chasse peut selon Daphné de Roquefeuil être transposé à de nombreux autres secteurs. L’entreprise travaille ainsi sur des mallettes destinées au vin et au cognac, mais aussi sur des coffrets et des produits liés à d’autres univers comme le caviar ou les montres. « Il est très facilement transposable dans tous les secteurs d’activité », estime-t-elle. Cette diversification permet à la maison de conserver son identité tout en ouvrant de nouveaux débouchés à un savoir-faire historiquement construit autour de la chasse.

La chasse comme vitrine du savoir-faire français

Pour Daphné de Roquefeuil, cette dimension internationale peut également servir de vitrine aux métiers d’art français. Les clients étrangers associent les produits de maroquinerie haut de gamme à un certain art de vivre français, auquel la maison cherche à contribuer par le choix des matières et la qualité de fabrication. « Les marques françaises reflètent vraiment le savoir-faire et l’art de vivre à la française », souligne-t-elle. Alexandre Mareuil entend donc poursuivre son développement sur plusieurs fronts, avec la chasse comme point d’ancrage historique, la maroquinerie comme cœur de métier et les métiers d’art comme véritable colonne vertébrale de son activité.

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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