Au lendemain de notre article consacré à la battue administrative programmée dans le Morbihan à la demande de la SNCF, un nouvel exemple vient rappeler le rôle joué par les chasseurs dans la sécurisation des infrastructures ferroviaires. SNCF Réseau et la Fédération régionale des chasseurs des Hauts-de-France viennent de signer une convention destinée à réduire les collisions avec la faune sauvage. Dans la région, entre 220 et 250 incidents sont recensés chaque année et les animaux ont généré 56 000 minutes de retard en 2025.
De 220 à 250 incidents chaque année dans les Hauts-de-France
La convention a été signée mardi 29 septembre entre SNCF Réseau et la Fédération régionale des chasseurs des Hauts-de-France. Elle officialise une coopération déjà engagée sur le terrain et s’inscrit plus largement dans une démarche associant également l’État et la Région. L’enjeu est loin d’être anecdotique. Sur l’ensemble du réseau ferroviaire régional, lignes classiques comme ligne à grande vitesse, SNCF Réseau recense entre 220 et 250 incidents par an liés à la faune sauvage. Ce chiffre ne comprend pas uniquement les collisions proprement dites. Il intègre également les signalements d’animaux présents sur ou à proximité des voies ainsi que certaines dégradations, comme les galeries creusées sous les infrastructures. Dans la seule ancienne Picardie, près de 70 collisions avec la faune sauvage avaient été recensées l’an dernier selon les éléments communiqués lors de la présentation du partenariat. Sangliers, chevreuils, cerfs et même blaireaux peuvent être concernés. Chaque présence d’un grand animal sur une voie peut entraîner une réduction immédiate de la vitesse des trains, voire l’interruption momentanée de la circulation, le temps de sécuriser le secteur et de vérifier l’état du matériel et des installations.
56 000 minutes de retard en une seule année
Les chiffres régionaux permettent de mesurer très concrètement les conséquences du phénomène. En 2025, les incidents liés aux animaux ont provoqué 56 000 minutes de retard cumulées dans les Hauts-de-France, soit plus de 933 heures. Plusieurs centaines de trains ont été concernés. Plus révélateur encore, le nombre de minutes perdues en raison de la faune sauvage a progressé de 29 % entre 2021 et 2025 dans la région. Cette hausse rejoint une tendance observée à l’échelle nationale. En 2024, SNCF Réseau a recensé 2 562 heurts avec la faune sauvage, contre 1 236 en 2015. Le nombre de collisions a donc plus que doublé en moins de dix ans. À eux seuls, les sangliers représentent 43 % des heurts enregistrés et provoquent en moyenne le retard de 14 trains chaque jour. Plus de 5 000 trains ont ainsi été retardés ou supprimés en 2024 à la suite d’un choc avec un sanglier.
Plus de 300 000 minutes perdues sur le réseau français
Les conséquences financières sont elles aussi loin d’être marginales. En 2024, les collisions avec les animaux ont entraîné 302 343 minutes de retard sur l’ensemble du réseau ferroviaire français. Leur coût direct en matériel et en main-d’œuvre a atteint 2,17 millions d’euros, hors TGV. SNCF précise par ailleurs qu’une seule collision avec un grand animal, sanglier ou cervidé notamment, peut engendrer jusqu’à 150 000 euros de dégâts et plusieurs heures de perturbation sur une ligne. Ces montants ne prennent pas en compte toutes les conséquences indirectes : rames immobilisées, réorganisation des circulations, correspondances manquées, équipes techniques mobilisées ou encore effets en cascade sur d’autres trains. Comme nous l’expliquions hier à propos du Morbihan, une forte concentration de sangliers autour d’une infrastructure ferroviaire peut donc rapidement devenir un véritable problème de sécurité et de régularité.
Les chasseurs vont aider à repérer les secteurs sensibles
C’est précisément sur ce terrain que la Fédération régionale des chasseurs doit apporter son expertise. Le partenariat prévoit notamment un partage des connaissances sur la faune sauvage, ses habitats et ses déplacements. L’objectif est d’identifier plus précisément les secteurs à risque et de déterminer les mesures les plus adaptées pour réduire les incidents. Les fédérations pourront également contribuer à la surveillance extérieure de certains ouvrages et au travail sur les corridors écologiques empruntés par les animaux. La connaissance du terrain détenue par les chasseurs constitue ici un atout évident. Avec près de 2 900 kilomètres de voies ferrées traversant plus de 1 000 communes des Hauts-de-France, le réseau ferroviaire coupe ou longe une multitude de massifs forestiers, plaines agricoles, zones humides et couloirs naturels utilisés par la grande faune. La Fédération régionale regroupe cinq fédérations départementales et près de 117 000 chasseurs, dont la présence sur le terrain permet de disposer d’informations particulièrement fines sur les déplacements des animaux. Le président de la FNC de la Fédération régionale, Willy Schraen, souligne d’ailleurs que cette connaissance des espèces doit permettre d’identifier les secteurs sensibles et de construire des solutions conciliant sécurité, biodiversité et continuités écologiques.
Clôtures, échappatoires et effarouchement sonore
La chasse n’est évidemment qu’un élément d’un dispositif beaucoup plus large. SNCF Réseau agit également sur la végétation autour des voies afin de les rendre moins attractives pour les sangliers et les cervidés. Des clôtures et des dispositifs anti-intrusion sont installés dans certains secteurs, tandis que des ouvrages de franchissement sont aménagés pour faciliter le passage des animaux sans qu’ils ne pénètrent directement sur les voies. Des échappatoires sont aussi créées afin de permettre aux animaux déjà entrés dans une emprise clôturée d’en sortir. SNCF Réseau expérimente également des avertisseurs sonores destinés à éloigner la faune avant l’arrivée d’un train. La signature de la convention a d’ailleurs été accompagnée de la présentation d’un dispositif de type Strail Grid, conçu pour limiter l’accès de la faune aux voies.
Dans la Somme et l’Oise, la régulation fait déjà partie des solutions
Le communiqué de SNCF Réseau confirme également un point particulièrement intéressant pour nous : le gestionnaire travaille déjà avec les services de l’État, notamment dans la Somme et dans l’Oise, afin d’identifier les secteurs les plus sensibles et les actions permettant de mieux maîtriser les populations de sangliers. Les schémas départementaux de gestion cynégétique permettent notamment la mise en œuvre d’opérations de régulation dans les emprises ferroviaires, en concertation avec SNCF Réseau. Autrement dit, les chasseurs ne sont pas simplement consultés pour apporter des informations naturalistes. Lorsque la situation l’exige, la régulation effective des animaux fait partie de la réponse apportée au risque ferroviaire.
Du Morbihan aux Hauts-de-France, le même constat
La concomitance avec l’affaire de Nostang, que nous évoquions hier, est particulièrement parlante. Dans le Morbihan, une battue administrative organisée pour réduire la présence de sangliers près des voies a entraîné l’annulation du Trail de la Ria d’Etel. Dans les Hauts-de-France, SNCF Réseau choisit cette fois de formaliser directement son partenariat avec les chasseurs pour prévenir les mêmes difficultés. Derrière deux événements différents se dessine donc une même réalité : l’augmentation de certaines populations de grande faune et leur présence à proximité des infrastructures ferroviaires obligent SNCF Réseau à chercher des solutions concrètes. Clôtures, aménagements, effarouchement et surveillance ont leur rôle à jouer, mais la connaissance du terrain et, lorsque cela devient nécessaire, la régulation cynégétique font également partie de la « boîte à outils ». Et lorsqu’un sanglier peut à lui seul immobiliser une rame, provoquer des dizaines de milliers d’euros de dégâts et perturber la régularité d’une ligne, le partenariat signé dans les Hauts-de-France montre une nouvelle fois que les chasseurs peuvent rendre des services qui dépassent très largement le seul cadre de la pratique de leur passion.











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