À 27 ans, Simon Chasse TV mène de front ses études de kinésithérapie et son activité de créateur de contenu consacré à la chasse. Présent sur YouTube, Instagram et TikTok, il cherche à montrer une autre image de la chasse sur les réseaux sociaux, en s’intéressant aussi à tout ce qui gravite autour de la pratique. Du permis de chasser au Brevet Grand Gibier, en passant par la découverte des métiers de l’univers cynégétique, il entend notamment toucher un public jeune et donner envie à de nouveaux chasseurs de découvrir cette passion.
LS : Pouvez-vous nous raconter comment est née votre chaîne et ce qui vous a donné envie de montrer la chasse sur Internet ?
Simon Chasse TV : À la base, je regardais moi-même les vidéos de plusieurs créateurs de contenu autour de la chasse, notamment Feliew, Julien Chasse Passion ou Chasse HD. Un jour, je me suis dit : pourquoi ne pas faire un peu comme eux ? Sauf que j’ai voulu être présent sur plusieurs plateformes. J’utilise aussi bien TikTok, Instagram que YouTube, avec des contenus différents selon les réseaux. Sur TikTok, par exemple, je fais principalement des vidéos autour de lieux à découvrir. Je vais me promener dehors pour présenter des endroits sympathiques qui peuvent permettre de faire un pique-nique, une balade ou simplement de profiter d’un endroit en famille. Cela m’a permis d’attirer une communauté différente de celle d’Instagram, où je fais vraiment du contenu chasse, avec des photos de grand gibier, de petit gibier, etc. Sur YouTube, je propose davantage des vidéos de mes actions de chasse. Cette année, j’ai aussi un nouveau projet : me mettre dans la peau de professionnels qui travaillent dans l’univers de la chasse pendant une journée. Par exemple, je vais passer une journée dans une armurerie pour montrer le métier. Je veux aussi expliquer comment passer le permis de chasser, ce qu’il faut apprendre ou encore s’il y a un manuel à acheter. L’objectif est vraiment de montrer tout ce qu’il y a autour de la chasse et de pousser notamment les jeunes à s’intéresser à cet univers.
LS : Vous avez également passé récemment le Brevet Grand Gibier. Pourquoi était-ce important pour vous ?
SCTV : J’ai passé le Brevet Grand Gibier il y a environ trois semaines et j’ai obtenu la médaille d’or. C’est quelque chose que je recommande fortement. C’est vraiment très intéressant et très complet. Le livre permet d’apprendre énormément de choses. Je trouve ça vraiment enrichissant. J’ai également proposé de m’occuper, à la fin de mes études, des réseaux sociaux pour donner un coup de jeune à cette communication. Je pense notamment que cela peut permettre d’attirer davantage de jeunes vers le Brevet Grand Gibier.

LS : Vous cherchez donc à montrer une image de la chasse qui dépasse la seule notion de tir ?
SCTV : Oui, clairement. Sur les réseaux sociaux, la chasse est parfois assez mal vue et on retrouve souvent des images qui donnent l’impression qu’un chasseur est uniquement là pour tirer et tuer. Or ce n’est pas du tout ce que je veux montrer. Par exemple, je vais bientôt publier une vidéo qui contient uniquement des images de chasse, mais dans laquelle je n’ai effectué aucun tir. Cela montre aussi qu’un chasseur n’est pas uniquement là pour tirer. Comme on dit souvent, ne pas tirer est aussi un acte de chasse. Je pense que c’est important de montrer toute cette partie-là, parce qu’elle est beaucoup moins visible sur les réseaux.
LS : Vous êtes également étudiant en kinésithérapie. Comment arrivez-vous à concilier vos études et votre activité de créateur de contenu ?
SCTV : J’ai 27 ans et je suis actuellement en cinquième année de kinésithérapie. Pour l’instant, je mène ce projet en parallèle de mes études. Cela me prend forcément du temps et je suis donc parfois un peu moins présent, même si j’essaie de l’être au maximum pour ma communauté. C’est ma dernière année d’études et cela représente quand même beaucoup de travail personnel. Je travaille notamment depuis chez moi, donc j’essaye de m’organiser au mieux pour pouvoir continuer à développer le projet.
LS : Vous avez commencé par Instagram avant de développer YouTube et TikTok ?
SCTV : Oui. Au départ, j’avais mon compte Instagram mais je publiais simplement quelques photos de temps en temps. Je n’avais pas forcément avoir de véritable projet derrière. C’est vraiment à partir de 2025 que j’ai décidé de me consacrer davantage au projet et de développer les contenus. J’ai commencé à investir dans du matériel. Une GoPro, une caméra embarquée sur ma carabine, une DJI Pocket pour réaliser des vlogs et également un petit drone pour faire des plans aériens. Je peux par exemple filmer une séquence où le drone me suit lorsque je vais me poster. Je n’ai pas de monteur et personne ne vient spécialement m’aider, je fais tout de A à Z. Avec les études à côté, c’est forcément compliqué. Mon objectif est de de sortir au maximum une vidéo tous les deux mois. Cela peut être davantage si j’ai le temps.

LS : Votre contenu est aujourd’hui largement consacré au grand gibier. Pourquoi cette orientation ?
SCTV : Je suis en Picardie, dans la Somme, et la population de petit gibier a beaucoup diminué. J’avais donc progressivement perdu un peu le fil de cette chasse. Comme il y avait moins de gibier, j’y allais moins et j’étais forcément moins intéressé. À l’inverse, le sanglier et le grand gibier sont très présents dans notre département. On a donc commencé à pratiquer davantage cette chasse et on accroche très rapidement au grand gibier. Je suis donc resté principalement sur cette chasse. Mais j’ai envie de me diversifier. J’ai notamment fait l’ouverture du petit gibier et j’ai réalisé quelques images. Une vidéo sur cette chasse va arriver sur ma chaîne. Je vais essayer de montrer davantage les perdrix, les bécasses ou encore les lièvres, parce qu’on voit finalement assez peu de contenu consacré au petit gibier sur YouTube. Dans certaines régions, notamment dans le Sud, les pratiques peuvent être différentes et les gens connaissent moins certaines chasses au petit gibier. Je trouve donc intéressant de montrer cette diversité.
LS : Vous avez également choisi de réduire la durée de certaines journées de chasse au petit gibier. Pourquoi ?
SCTV : Chez nous, la chasse en plaine est normalement prévue sur quatre dimanches, mais nous avons décidé de la faire sur trois. La population est en déclin et je pense qu’il vaut mieux laisser le gibier tranquille pour qu’il puisse se reproduire et permettre au territoire de retrouver progressivement une population plus importante. C’est aussi cela que je veux montrer dans mes contenus : la chasse ne se résume pas forcément à prélever du gibier. Il y a aussi toute une réflexion autour du territoire et de la manière dont on le gère.
LS : Vous présentez la chasse comme une passion, mais aussi comme une manière de vivre la nature. Qu’est-ce qu’elle vous apporte ?
SCTV : Je suis dans le milieu de la chasse depuis tout petit. Mon père chasse, mon grand-oncle chasse et mes grands-parents chassaient également. J’ai donc grandi dans une famille où la chasse était présente et on m’a transmis cette passion. Pour moi, c’est aussi un véritable moment de déconnexion. En dehors de mes études, cela me permet de me ressourcer, de penser à autre chose et de profiter de la nature. Je vis à Amiens, donc je suis dans un environnement urbain, et le week-end, cela me fait du bien de retourner à la campagne, d’être dans la végétation et de prendre l’air. C’est aussi quelque chose que je partage énormément avec mon père. C’est un lien qui est vraiment ancré dans notre famille. Toute ma vie, je pourrai dire que j’ai chassé avec mon père et, demain, j’aimerais pouvoir transmettre cela à mes propres enfants.

LS : Pourquoi est-il important, selon vous, de défendre et de promouvoir la chasse aujourd’hui ?
SCTV : Je pense que beaucoup de chasseurs craignent aujourd’hui que certaines décisions politiques puissent remettre en cause leur passion. Pour moi, la chasse existe depuis très longtemps et elle fait partie de l’histoire de l’homme. Je pense aussi qu’il faut expliquer son rôle dans la régulation des populations animales. Le sanglier, par exemple, peut se reproduire très rapidement. Si on arrête toute régulation, je pense qu’il pourrait y avoir des conséquences importantes sur les territoires et les populations.
LS : Est-ce aussi ce que vous cherchez à faire avec vos vidéos auprès des personnes qui ne chassent pas ?
SCTV : Oui, j’ai des amis qui ne sont absolument pas issus du milieu de la chasse et qui, à la base, ne s’y intéressent pas forcément. Mais le fait que je sois leur ami et que je me lance dans les vidéos les pousse à regarder ce que je fais. Je pense donc que je peux toucher une communauté qui ne serait pas forcément allée chercher du contenu chasse par elle-même. C’est particulièrement vrai sur TikTok, où j’ai pu toucher des personnes qui ne viennent pas du tout du milieu cynégétique. J’ai d’ailleurs regardé récemment les statistiques de mes réseaux sociaux et ma principale tranche d’âge se situe entre 18 et 30 ans. Cela montre que des jeunes viennent regarder mes contenus. Je pense que le fait d’être moi-même jeune joue aussi.
LS : La chasse est régulièrement critiquée sur les réseaux sociaux. Quelle est votre première réaction lorsque vous découvrez un commentaire très négatif ?
SCTV : Je me dis surtout qu’il n’y a pas forcément de réflexion derrière ce qui est écrit. Je lis les commentaires sur mes réseaux et, lorsque je vois certaines critiques, je préfère rester assez passif. Je trouve que répondre en insultant ne sert absolument à rien. Si quelqu’un m’insulte et que je réponds calmement, proprement, sans l’insulter à mon tour, il n’y a finalement plus vraiment de discussion possible pour lui. J’ai déjà eu des personnes qui m’ont traité d’abruti ou qui m’ont dit d’aller travailler alors qu’elles ne me connaissent absolument pas. Elles ne connaissent ni mon parcours, ni mes études, ni ma vie. Je préfère donc répondre sans rentrer dans leur jeu.

LS : Vous avez l’impression d’être davantage attaqué sur certaines plateformes ?
SCTV : Oui, cela dépend vraiment de l’endroit où je publie. Je me fais plus facilement attaquer sur Facebook que sur Instagram. Je pense notamment que les algorithmes ne fonctionnent pas de la même manière. Ma page Facebook peut être suivie par des personnes qui ne viennent que pour commenter ou critiquer mes publications. Mais je pars toujours du principe qu’il ne faut pas insulter sur les réseaux sociaux. On peut ne pas être d’accord, mais cela ne sert à rien de tomber directement dans l’agressivité.
LS : Selon vous, qu’est-ce que les non-chasseurs comprennent le moins bien dans la chasse ?
SCTV : Je pense que la vraie question qu’ils se posent est : pourquoi chasser ? Pourquoi tuer un animal ? C’est probablement le principal point d’incompréhension. Je pense qu’ils ne comprennent pas forcément le rôle que peut avoir la chasse dans la régulation des populations. Lorsqu’on voit des sangliers se rapprocher des villes, certaines personnes peuvent être très inquiètes et se demander pourquoi ils sont là. Il y a donc parfois un décalage entre la vision de l’animal sauvage et la compréhension de ce que représente la gestion de ses populations. Après, il y a évidemment des chasseurs différents. Personnellement, je considère qu’un animal prélevé doit être respecté. Pour moi, on ne tue pas un animal pour ensuite le jeter. Il faut valoriser le gibier, notamment en l’utilisant pour l’alimentation.
LS : Quel rôle les créateurs de contenu peuvent-ils jouer pour attirer de nouvelles générations de chasseurs ?
SCTV : Je pense que le premier rôle est déjà d’informer. Beaucoup de gens ne savent pas réellement comment fonctionne la chasse. Les créateurs peuvent montrer que la chasse n’est pas uniquement le fait de tuer. C’est aussi être dans la nature, découvrir des paysages, se ressourcer et apprendre énormément de choses. Quand on vit en ville, retourner à la campagne le week-end peut faire beaucoup de bien. Cela permet aussi d’acquérir une certaine culture générale. Apprendre à reconnaître une fleur, une plante, un insecte ou un animal, c’est intéressant. Et je pense que cela peut donner envie à certains jeunes de découvrir cet univers. Les jeunes attirent les jeunes. Si plus de personne dans ma tranche d’âge commencent à créer du contenu autour de la chasse, je pense que cela permettra de toucher une communauté similaire.

LS : Vous souhaitez justement aller plus loin que les vidéos classiques de chasse. Quels sont vos projets ?
SCTV : Justement, je veux montrer les métiers qui se rapprochent le plus de cette pratique. Je ne pense pas que ce type de contenu soit encore très développé dans ce domaine. L’idée est de ne pas proposer uniquement des vidéos de battue, mais de montrer tout ce qui gravite autour de la chasse : qu’est-ce que la chasse, comment passe-t-on le permis, qu’est-ce qu’il faut apprendre, qu’est-ce que le Brevet Grand Gibier, à quoi servent les différentes formations, comment travaille un armurier… Je veux vraiment montrer tout cet environnement que les gens ne connaissent pas forcément.
LS : Où aimeriez-vous emmener votre chaîne dans les prochaines années ?
SCTV : Mon objectif est surtout de pouvoir continuer à faire des vidéos le plus longtemps possible. J’ai toujours chassé depuis que je suis petit et la création de contenu ne me demande finalement pas beaucoup plus de temps que celui que je consacre déjà à la chasse. Si je peux continuer à faire des vidéos à 40, 50 ou 60 ans, je le ferai avec plaisir. Évidemment, le montage et toute la partie technique prennent du temps, mais le reste est directement lié à une passion que j’ai déjà. J’aimerais surtout réussir à faire grandir la chaîne et continuer à proposer des contenus différents. Le concept de passer une journée dans la peau d’un professionnel peut notamment me permettre de me différencier et, surtout, de montrer que la chasse ne se résume pas à la battue. Mon objectif est de faire découvrir tout ce qu’il y a autour de cette pratique et de donner envie aux gens, notamment aux jeunes, de mieux comprendre cet univers.











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