Périgueux : chasseurs et agriculteurs face aux anti-chasse

Barbecue des chasseurs face aux anti-chasse Périgueux

Samedi 10 octobre, une vingtaine de militants de One Voice et du Parti animaliste se sont rassemblés à Périgueux pour réclamer la fin de la chasse. Mais la Coordination rurale de Dordogne et plusieurs chasseurs avaient décidé de leur répondre. Entre barbecue de sanglier, dégâts agricoles considérables et débat sur l’autorégulation de la faune, la confrontation a révélé le fossé séparant certaines revendications animalistes des difficultés rencontrées dans les campagnes.

Du sanglier au barbecue face aux anti-chasse

La Coordination rurale de Dordogne avait choisi une réponse particulièrement symbolique à la mobilisation de One Voice et du Parti animaliste. Dès 11 heures, une trentaine d’agriculteurs et de chasseurs se sont installés devant la préfecture, sur les allées Tourny, avec un brasero et du sanglier au menu. À 14 heures, ils ont rejoint les militants anti-chasse rassemblés place André Maurois. Une dizaine de policiers encadraient ce face-à-face, au cours duquel les échanges ont été parfois tendus, mais sans affrontements physiques. Les opposants à la chasse avaient initialement prévu une marche dans les rues de Périgueux. Selon leurs déclarations, la préfecture leur avait finalement demandé de rester sur place pour prévenir les débordements. Bruno Battail, représentant du Parti animaliste en Dordogne, a déploré l’arrivée des contre-manifestants et estimé que son rassemblement aurait dû pouvoir se dérouler sans confrontation. Mais les agriculteurs et les chasseurs présents entendaient précisément faire entendre leur propre expérience de la gestion de la faune sauvage.

La Coordination rurale refuse les leçons

Pour Justin Losson, coprésident de la Coordination rurale de Dordogne, cette mobilisation animaliste constituait une provocation de trop. « On est attaqués à longueur de temps par ces partis qui veulent nous imposer leurs idées. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. ». Le responsable agricole a insisté sur la nécessité de défendre ensemble la chasse et le monde rural. Son intervention met en lumière une question centrale : quelle place les opposants à la chasse accordent-ils aux contraintes concrètes des exploitants agricoles dans leur projet d’interdiction ? Car supprimer la chasse ne ferait disparaître ni les sangliers, ni leurs besoins alimentaires, ni les dommages qu’ils peuvent occasionner aux cultures. Toute proposition de transformation radicale de la gestion du grand gibier doit donc répondre à une interrogation simple : qui interviendrait, comment, à quel coût et avec quels résultats ? Sur ce terrain, les convictions morales ne suffisent pas. Il faut des solutions applicables.

Cinq hectares de maïs perdus : la réalité agricole

L’un des témoignages les plus frappants de cette journée est venu de Carole, agricultrice à Cubjac. « On a semé six hectares de maïs, on n’a pu en récupérer qu’un cette année. Les sangliers ont tout détruit. ». Cinq hectares perdus sur six. Derrière ce chiffre, il y a du travail, des semences, des dépenses de mécanisation et une récolte qui ne sera pas au rendez-vous. Voilà une conséquence très concrète de la pression exercée par les sangliers sur certaines exploitations. Face à cette situation, Carole a rappelé son besoin de l’intervention des chasseurs pour limiter les dégâts et continuer à cultiver ses terres. Son témoignage ne constitue évidemment pas une statistique départementale. Il n’en illustre pas moins une réalité que toute réflexion sérieuse sur la gestion du sanglier doit prendre en compte. Les populations de sangliers peuvent prospérer dans des territoires offrant des ressources alimentaires abondantes. Leur reproduction et leur capacité d’adaptation compliquent la maîtrise des effectifs, tandis que les dégâts agricoles peuvent devenir considérables localement. Dans ce contexte, réclamer la suppression de la chasse sans expliquer précisément comment limiter ces dommages laisse entière la question des conséquences pour les agriculteurs.

L’autorégulation de la faune mise à l’épreuve

Autre échange révélateur, celui rapporté par Nicolas, chasseur au Pizou, en Dordogne. Une militante lui aurait expliqué que la faune sauvage s’autorégule. Une affirmation qui l’a laissé particulièrement perplexe. « C’est un dialogue de sourds, je parlais avec une dame, elle me disait que la faune s’auto-régule, mais elle vit où cette dame ? ». La question mérite effectivement d’être posée. Dans un écosystème, les populations animales sont soumises à différents facteurs naturels de régulation. Mais l’existence de ces mécanismes ne signifie nullement que les effectifs se stabilisent à un niveau compatible avec les activités humaines ou la préservation de certains milieux. Le sanglier constitue un exemple particulièrement parlant. Omnivore, opportuniste, doté d’une importante capacité de reproduction, il bénéficie dans de nombreux secteurs de ressources alimentaires abondantes, notamment agricoles. Ses effectifs peuvent alors exercer une pression importante sur les cultures, les équipements et certains habitats naturels. La régulation naturelle ne se confond donc pas avec l’absence de dégâts. C’est précisément la limite d’une vision selon laquelle il suffirait de laisser faire la nature pour résoudre les difficultés rencontrées sur le terrain. La gestion de la faune sauvage doit tenir compte de l’état des populations, des caractéristiques des territoires et des dommages constatés, plutôt que de reposer sur un principe unique appliqué indistinctement partout.

Interdire la chasse, mais pour la remplacer par quoi ?

Cette confrontation soulève une contradiction pratique à laquelle les projets d’interdiction générale de la chasse doivent nécessairement répondre. Certains opposants dénoncent le prélèvement d’animaux comme une activité de loisir. Mais les chasseurs interviennent également dans la limitation des dégâts agricoles et la gestion des populations de grand gibier. Or, si la chasse était supprimée, la nécessité de gérer certaines populations animales ne disparaîtrait pas pour autant. Faudrait-il multiplier les interventions administratives ? Confier la régulation à des professionnels rémunérés ? Généraliser des méthodes non létales, lorsque celles-ci sont techniquement possibles et suffisamment efficaces ? Ces pistes méritent d’être examinées sérieusement. Encore faut-il en évaluer le coût, les limites et les conditions de mise en œuvre. La question devient particulièrement pressante pour une exploitation qui vient de perdre l’essentiel d’une récolte. Il est facile de proclamer un principe général. Il est autrement plus difficile de garantir qu’il permettra de protéger concrètement les cultures, les élevages et certains espaces naturels.

Un désaccord jusque sur le partage des forêts

La sécurité a également occupé une place importante dans les discussions. Sarah, une participante qui ne se présente pas comme totalement opposée à la chasse, a réclamé au moins une journée sans chasse, expliquant son inquiétude lorsqu’elle se promène avec des enfants. Cette question mérite naturellement d’être distinguée du débat sur l’interdiction générale de la chasse. La sécurité des personnes constitue une obligation fondamentale, tandis que la cohabitation entre chasseurs, promeneurs, propriétaires et autres usagers des espaces naturels suppose des règles précises et leur respect. Rémi Dumaure, président de la chambre d’agriculture de Dordogne, a réagi en rappelant que d’autres activités comportent également des risques et en interrogeant les participants sur la propriété des espaces forestiers, à plus de 75 % privés sur le territoire national. Le débat n’a guère permis de rapprocher les positions. Il révèle néanmoins la nécessité de discuter à la fois des risques réels, des droits des différents usagers et des responsabilités de chacun.

La réalité des campagnes ne disparaît pas avec les slogans

Au terme de cette journée, les positions des deux rassemblements restent profondément éloignées. Les militants animalistes ont exprimé leur opposition à la chasse, tandis que les agriculteurs et les chasseurs ont défendu son rôle dans la gestion des territoires. Mais le face-à-face de Périgueux a surtout mis en évidence une exigence incontournable pour tout projet visant à supprimer cette pratique : démontrer comment ses différentes fonctions pourraient être remplacées. Les témoignages de Cubjac et du Pizou donnent une dimension concrète à cette interrogation. Les sangliers continueraient à se reproduire, à rechercher leur nourriture et à fréquenter les parcelles agricoles, indépendamment des décisions prises sur la chasse. Les dégâts constatés dans certaines exploitations imposent donc des réponses opérationnelles, adaptées aux territoires et évaluées sur leurs résultats. C’est sur cette question que les propositions des opposants à la chasse doivent être jugées : non seulement sur leurs intentions, mais aussi sur leur capacité à répondre aux réalités de la gestion de la faune sauvage. Car dans les campagnes de Dordogne, les conséquences d’une politique de gestion du grand gibier se mesurent aussi en hectares détruits, en récoltes perdues et en difficultés supplémentaires pour ceux qui vivent, où plutôt survivent, du travail de leur terre.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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