Le 20 septembre dernier, Luc Besson accusait publiquement les chasseurs d’avoir décapité un cerf retrouvé près de sa propriété dans l’Orne. Trois semaines plus tard, les informations communiquées par le parquet d’Argentan viennent sérieusement malmener son récit. L’animal ne présentait aucune trace de tir et serait mort avant qu’un individu ne lui prélève la tête. Une nouvelle démonstration des dangers de l’accusation sans preuve.
Luc Besson avait déjà désigné ses coupables
Il n’avait fallu que quelques mots et une photographie pour déclencher une nouvelle polémique contre les chasseurs. Le 20 septembre, jour de l’ouverture générale de la chasse dans l’Orne, Luc Besson publiait sur X le cliché d’un cerf décapité, retrouvé à proximité de sa propriété. Le réalisateur ne prenait alors aucune précaution pour désigner les responsables supposés. « Après avoir égorgé un cerf sous les yeux de ma mère, l’année dernière, la chasse est à nouveau ouverte ! Maintenant, ils décapitent les cerfs devant chez moi et laissent pourrir les corps. Et on ose parler de la « noblesse » de la chasse ? ». Le message était limpide : pour Luc Besson, les chasseurs étaient nécessairement responsables de cette nouvelle découverte macabre. Peu importaient les circonstances exactes de la mort de l’animal, son ancienneté ou l’absence de la moindre preuve permettant d’impliquer un chasseur. Le scénario était déjà écrit, les coupables désignés et le procès médiatique lancé. Ne manquait finalement qu’un détail : les faits.
So Chasse avait dénoncé cette accusation précipitée
Dès le 22 septembre, So Chasse avait consacré un article à cette affaire dans lequel nous posions déjà la question de savoir sur quoi reposaient les accusations de Luc Besson. Notre rédaction soulignait alors qu’aucun élément ne permettait d’attribuer aux chasseurs la mort ou la décapitation du cervidé. La découverte de sa dépouille le jour de l’ouverture ne constituait évidemment pas une preuve de leur implication. De son côté, la Fédération départementale des chasseurs de l’Orne avait rapidement contesté les accusations du cinéaste. Elle précisait que le cerf ne présentait aucune blessure par balle et que sa dépouille, déjà en décomposition avancée, avait été signalée à l’Office français de la biodiversité plus d’une semaine auparavant. La fédération évoquait plusieurs causes possibles de mortalité, notamment les conséquences du brame, une collision routière ou encore le grillage situé à proximité immédiate de la carcasse. Des explications autrement plus sérieuses qu’une condamnation collective prononcée sur les réseaux sociaux à partir d’une photographie.
Le parquet confirme l’absence de tir
Les nouveaux éléments communiqués par le parquet d’Argentan donnent aujourd’hui une tout autre dimension à cette affaire. Selon les renseignements recueillis auprès de l’OFB, la dépouille du cerf ne présentait aucune trace de tir. En revanche, sa tête avait effectivement été découpée au couteau. L’hypothèse désormais avancée est celle d’une mort naturelle, suivie d’une décapitation post-mortem par une personne souhaitant récupérer le trophée de l’animal, autrement dit son massacre. Il reste impossible d’affirmer avec certitude ce qui a provoqué la mort du cerf, tout comme d’identifier l’individu qui lui a prélevé la tête. Mais une chose est désormais établie : aucun élément matériel communiqué ne vient accréditer les accusations lancées par Luc Besson contre les chasseurs. Christophe Bogliolo, procureur de la République, précise par ailleurs qu’aucune plainte n’a été déposée et que le parquet n’envisage pas d’investigations. Voilà qui tranche singulièrement avec les accusations fracassantes du réalisateur.
Une précédente affaire ne justifie pas toutes les accusations
Naturellement, Luc Besson pourra toujours invoquer les événements de février 2025, lorsqu’un cerf poursuivi par des chiens avait été achevé à la dague sur la propriété familiale, sous les yeux de sa mère. Dans cette affaire, deux chasseurs avaient été condamnés en première instance, en janvier 2026, notamment pour avoir chassé sans autorisation sur le terrain d’autrui. L’utilisation d’un moyen prohibé avait également été retenue par le tribunal, une qualification qui ne saurait être confondue avec une interdiction générale de servir un animal à la dague. Le jugement a depuis fait l’objet d’un appel. Mais ce précédent ne donne certainement pas au réalisateur le droit de transformer chaque cerf retrouvé mort près de chez lui en nouvelle accusation contre l’ensemble du monde cynégétique. C’est précisément cette confusion que nous dénoncions dès septembre. Les chasseurs ne sauraient être tenus collectivement responsables de tous les événements impliquant des animaux sauvages, simplement parce que leur activité déplaît à une personnalité médiatique. La présomption de culpabilité permanente à l’encontre des chasseurs n’est ni une méthode d’investigation ni une démonstration. C’est un préjugé.
Luc Besson doit désormais des explications aux chasseurs
La situation est aujourd’hui particulièrement embarrassante pour le réalisateur. Lui qui n’avait pas hésité à mobiliser sa notoriété pour dénoncer publiquement les chasseurs se retrouve confronté à des constatations qui ne soutiennent aucunement ses accusations. On peut légitimement s’indigner de la découverte d’un animal décapité. On peut condamner le comportement de celui qui lui a prélevé la tête. Mais encore faudrait-il connaître son identité avant de désigner des responsables. Luc Besson, habitué à maîtriser ses scénarios, semble avoir oublié qu’en dehors des plateaux de cinéma, les faits ne se plient pas aux exigences du récit. Et cette affaire dépasse largement sa seule personne. Elle illustre une mécanique devenue tristement familière : dès qu’un événement peut servir à discréditer la chasse, certains n’attendent ni enquête ni vérification pour jeter l’opprobre sur des centaines de milliers de pratiquants. Le 20 septembre, Luc Besson avait trouvé ses coupables avant même de connaître les circonstances de la mort du cerf. Aujourd’hui, les constatations officielles ne lui donnent aucune raison de maintenir ses accusations. Il serait donc parfaitement légitime qu’il fasse preuve d’autant d’empressement à reconnaître leur caractère infondé qu’il en avait mis à les diffuser. Accuser les chasseurs sans preuve est facile. Reconnaître publiquement qu’on les a accusés à tort demande manifestement davantage de courage.












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