La population d’ours poursuit son expansion dans les Pyrénées. Avec au moins 16 oursons issus de neuf portées détectés en 2026, le massif pourrait désormais abriter près de 130 plantigrades. Une progression évidemment jugée satisfaisante par les défenseurs du prédateur, mais qui soulève de sérieuses inquiétudes pour l’élevage de montagne et la sécurité des usagers du massif.
Une population qui ne cesse de progresser
Les derniers relevés de l’Office français de la biodiversité (OFB) confirment une nouvelle année particulièrement favorable à la reproduction de l’ours brun dans les Pyrénées. Selon le dernier numéro de L’Écho des tanières, le bulletin en ligne de l’OFB sur le sujet, consacré aux mois d’août et septembre 2026, au moins 16 oursons issus de neuf portées ont été détectés depuis la sortie d’hivernation. Deux nouvelles portées ont notamment été repérées en Haute-Garonne à la fin de l’été. Le massif pyrénéen pourrait ainsi compter près de 130 ours, même si ce chiffre reste une estimation qui devra être affinée lors du prochain bilan annuel. Au cours des seuls mois d’août et septembre, les équipes du réseau Ours brun ont recueilli 345 indices de présence dans quatre départements français. Les pièges photographiques ont également enregistré 96 séries de photos et vidéos. Ces résultats confirment la dynamique démographique d’une espèce dont les effectifs augmentent régulièrement depuis les opérations de réintroduction. Mais cette multiplication des grands prédateurs pose une question fondamentale : jusqu’où peut-on poursuivre cette expansion sans compromettre les activités humaines traditionnelles de la montagne ?
Les ours gagnent du terrain vers l’ouest
L’autre enseignement du suivi concerne les déplacements d’individus depuis les Pyrénées centrales vers la partie occidentale du massif. Les analyses génétiques ont notamment permis d’identifier un mâle né en 2024 dans le Val d’Aran, en Catalogne, jusque dans la vallée d’Aspe, à Urdos, dans les Pyrénées-Atlantiques. Un autre mâle, né en 2020 dans ce même secteur espagnol, a été détecté dans les Hautes-Pyrénées, à Saint-Lary-Soulan et Tramezaïgues. Ces déplacements témoignent de la capacité de dispersion des plantigrades et pourraient renforcer le noyau occidental de population. Pour les défenseurs de l’ours, il s’agit évidemment d’une excellente nouvelle. Pour les éleveurs et les habitants des territoires concernés, cette progression signifie aussi que de nouveaux secteurs peuvent être confrontés à la présence permanente d’un prédateur capable de s’attaquer aux troupeaux. Car derrière les cartes de répartition et les statistiques de reproduction, il y a des bergers, des exploitations agricoles, des estives et des familles qui vivent de la montagne.
Des centaines de brebis victimes chaque année
La progression des effectifs ne saurait faire oublier la réalité de la prédation. Selon les chiffres officiels communiqués par les pouvoirs publics, 289 attaques sur le bétail pour lesquelles la prédation par l’ours n’a pas été écartée ont été recensées en 2025 dans les Pyrénées françaises. Au total, 510 ovins ont été prédatés, contre 554 en 2024. Les dommages ont certes légèrement diminué ces dernières années malgré l’augmentation du nombre d’ours. Mais ces chiffres restent considérables pour les éleveurs qui subissent les attaques. D’autant que les conséquences ne se limitent pas aux animaux directement tués. La dispersion des troupeaux, le stress des bêtes, les difficultés de surveillance et les contraintes supplémentaires de protection pèsent également sur le travail quotidien des bergers. Les dispositifs de protection, les chiens de défense et les opérations d’effarouchement représentent autant de contraintes imposées à une activité pastorale qui existait bien avant les programmes modernes de réintroduction. Et si les associations favorables à l’ours se félicitent de voir croître les populations de plantigrades, ce sont bien les professionnels de l’élevage qui doivent assumer une grande partie des difficultés de cette cohabitation.
Cannelle et Caramelles : deux affaires qui rappellent le danger
La présence croissante d’ours pose également la question de la sécurité des personnes fréquentant la montagne, qu’il s’agisse de chasseurs, de bergers, de forestiers ou de randonneurs. Deux affaires particulièrement médiatisées méritent d’être rappelées, tant leurs circonstances ont parfois été éclipsées par l’émotion suscitée par la mort des animaux. Le 1er novembre 2004, en vallée d’Aspe, l’ourse Cannelle, dernière femelle connue de souche pyrénéenne, était abattue par René Marquèze lors d’une battue aux sangliers. Mais il serait profondément trompeur de présenter cet événement comme le simple tir d’un chasseur sur une espèce protégée. L’ourse, accompagnée de son petit, avait auparavant chargé un autre participant à la chasse, contraint de tirer en l’air pour l’éloigner. René Marquèze s’était ensuite retrouvé lui-même confronté à l’animal qui le poursuivait. Il avait fait feu en affirmant avoir agi pour sauver sa vie. Le chasseur avait été relaxé pénalement, même si sa responsabilité civile avait ensuite été retenue en raison des circonstances ayant précédé la confrontation.
Le 20 novembre 2021, en Ariège, l’affaire Caramelles avait révélé de manière encore plus brutale la dangerosité potentielle d’une rencontre avec une ourse accompagnée de ses petits. Alors qu’il participait à une battue aux sangliers près de Seix, un chasseur âgé de 78 ans avait été violemment attaqué par le plantigrade. Mordu à la cuisse et blessé aux jambes, il avait tiré sur l’animal qui l’agressait, le tuant. En mai 2025, le tribunal correctionnel de Foix l’avait condamné à quatre mois de prison avec sursis, la chasse s’étant déroulée dans un secteur où elle n’était pas autorisée. Le chasseur avait annoncé faire appel. Ces deux affaires rappellent une réalité biologique incontestable : un ours brun, particulièrement lorsqu’il protège ses petits, peut représenter un danger mortel pour un être humain. Les attaques demeurent, pour l’heure, rares, mais leur gravité potentielle interdit de traiter cette question avec désinvolture, la situation japonaise en est une preuve. Et contrairement aux chasseurs, les randonneurs ne disposent généralement d’aucun moyen de défense efficace en cas de confrontation violente.
La montagne doit-elle devenir un sanctuaire pour prédateurs ?
Avec au moins 16 nouveaux oursons détectés cette année, la question de l’avenir de l’ours dans les Pyrénées devient chaque année plus pressante. Nous ne pouvons que constater la réussite démographique des programmes de réintroduction. Mais cette réussite ne peut constituer à elle seule une politique raisonnable de gestion de la faune sauvage. Combien d’ours le massif peut-il accueillir sans multiplier les conflits avec l’élevage ? Quelles garanties apporter aux habitants et aux professionnels qui travaillent quotidiennement dans les secteurs colonisés ? Et quelles réponses concrètes proposer lorsque des individus deviennent particulièrement problématiques ? Ces questions méritent autre chose que les discours enthousiastes accompagnant chaque nouvelle naissance. La préservation de la biodiversité ne doit pas se transformer en une politique qui imposerait aux populations rurales de subir les conséquences de décisions prises loin de leurs montagnes. Pour So Chasse, une évidence s’impose : la sécurité des personnes, la pérennité de l’élevage pastoral et le maintien des activités traditionnelles doivent primer sur une politique d’expansion du grand prédateur sans objectif clairement défini de maîtrise des effectifs. Une montagne vivante n’est pas un sanctuaire réservé aux ours. C’est d’abord un territoire où des hommes et des femmes doivent pouvoir continuer à vivre, travailler et circuler en sécurité. Découvrez, les images des ours des Pyrénées filmés en août et septembre 2026 par les appareils automatiques du réseau Ours brun, auquel participe la FDC 31,coordonnées par l’Office français de la biodiversité, dans cette vidéo:












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